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26/12/2008

Pourquoi ce blog...?

1019 jours de détention
ou
La vie en prison,
vue de « dedans »,
comme si vous y étiez…



A travers 300 pages, Clémence et Paul Denis nous mènent dans la vie quotidienne que partagent 64.000 détenus pour 49.000 places.
Tous ne sont pas logés à la même enseigne.
On peut passer du taudis au palace (ou presque).

Ce témoignage ne pouvait être fait que de l’intérieur, pendant un temps de détention… long.

Il reprend les échanges épistolaires entre un père (la soixantaine) et sa fille (un quart de siècle). Il a pour but de faire connaître, à celui qui veut le savoir,… ce que vit un détenu « moyen »… pas inculte, mais pas VIP, non plus.
Ce document se veut descriptif, pas polémique, rien que réaliste.
Les auteurs en ont fait une suite, plus constructive, plus polémique…

Extrait de l’avant-propos.

Pour le prévenu ou le condamné, pour la famille de celui-ci, pour les intervenants en leur faveur, le passage du mur d’enceinte et de la porte d’entrée d’une prison n’est pas un acte simple, il est toujours chargé d’appréhension.
Pour le prévenu et le condamné, pour leur famille, la prison est un monde à part, hors du lieu et hors du temps.

Le but de ce blog est de vous le faire découvrir « de l’intérieur ».

J’ai écrit, sans chercher à faire du sensationnel, juste pour expliquer, pour faire comprendre, pour permettre d’imaginer à celui qui est « dehors », la vie de « dedans ».
J’ai essayé d’être concret, réaliste, positif, sans pour cela masquer ce qui y est désagréable.
Je ne prétends pas être « objectif »…

Je décris les lieux et les événements, comme je les ressens, comme je les vois, et il est bien évident qu’un autre détenu pourrait en faire une description toute autre… Je pense que les deux versions mériteraient « attention ».
Ce blog n’est que le reflet de ma détention et de ce qu’une large majorité de détenus vivent au quotidien.
Je pense n’avoir trahi personne et j’ai trop en mémoire des situations catastrophiques pour prétendre que la prison est un lieu joli où il est agréable d’y vivre.

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Ma Prison…
ou quelques questions qui fâchent…
et des solutions proposées…


Il est devenu banal de dire qu’il faut réformer la Justice et le système carcéral actuels.
Les technocrates et beaucoup de gens bien intentionnés proposent des solutions.
Mais sont-elles adaptées à la réalité ? Permettez-moi d’en douter.
En effet, ce qui est proposé est certes le fruit d’une réflexion, mais en aucun cas, il ne se rapproche du vécu…
Aussi, me semble-t-il utile que les réformateurs tiennent compte (s’appuient) de ce que ceux qui ont eu affaire avec la Justice pensent du régime actuel, et, de leurs propositions d’amélioration…
C’est ce que ce blog leur propose.
A travers : « 1019 jours de détention… ou la vie en prison, vue du dedans, comme si vous y étiez… », Clémence et Paul Denis avaient tenté de vous faire vivre le quotidien d’un détenu « moyen », pas inculte, mais pas VIP, non plus.

A travers ces pages, Paul Denis poursuit sa réflexion, il ne se considère plus comme un détenu, mais comme un observateur qui très souvent est devenu un confident.
A travers des exemples et du vécu, il essaie de comprendre l’objectif de la mise en prison et surtout si cette prison a une quelconque utilité : en effet, si son but est de punir, ne doit-elle pas aussi « améliorer » l’être humain fautif en lui permettant de mieux « repartir »… !

Qui est Paul Denis ?


Nous pouvons le considérer comme un français moyen, de bonne famille.
Il a été dans les affaires, comme chef d’entreprise. Ces affaires n’ont pas toujours été bonnes et n’ont pas plu à tout le monde…Ce qui lui a valu d’être « en relation », plusieurs fois, avec la Justice française. Il fut souvent entendu, plusieurs fois écouté, rarement compris.Ce qui lui a permis de passer par la case « Prison », pendant 34 mois…

Aujourd’hui, pour des raisons dont vous parlera ce livre, malgré son âge « avancé », il ne peut jouir d’une retraite « complète »…
Aujourd’hui, il est militant du Groupe Mialet qui milite pour une Autre Justice…., de La Ligue des Droits de l’Homme, section Moselle, d’une association qui s’occupe de l’Accueil des Familles qui vont visiter leur « prisonnier », d’une association d’insertion et de suivi professionnel.

Il aime réfléchir, écrire et faire part de ses impressions et idées, il souhaite que tout cela facilite et améliore la vie de tout un chacun.
Il te dédie ses livres, pour te faire découvrir le monde carcéral et les rouages de la Justice…

Ce blog n’a aucun but mercantile.

Il souhaite vous faire découvrir/rappeler, sans polémique aucune, les conditions matérielles de détention en Maison d’Arrêt et en Centre de Détention.
C’est l’échange de correspondance entre un père et sa fille, inquiète de ce que la prison allait faire subir à son père.
Si vous pensez qu’il peut intéresser quelques unes de vos relations familiales, amicales ou professionnelles, n’hésitez pas à leur faire connaître de blog.
Si l’on veut que cela bouge, il faut que la vérité soit affichée et qu’ensemble, nous exigions des améliorations des conditions de détention des détenus en France.
Vous pouvez mettre ce blog dans vos favoris en faisant Ctrl + D, lorsque vous êtes dessus.
Paul Denis

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Ce blog est repris, au jour le jour, sous un autre titre, vous pouvez le retouver sous :


http://34moisdeprison.blog50.com/


Paul Denis
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A travers : « 1019 jours de détention… ou la vie en prison, vue du dedans, comme si vous y étiez… » (index sur la journée du 7 janvier)
Clémence et Paul Denis tentent de vous faire vivre le quotidien d’un détenu « moyen », pas inculte, mais pas VIP, non plus (vous avez l’intégral de ce bouquin en début de blog, complété par vos questions / remarques et mes réponses…).
Nota : Sur la journée du 14 janvier, vous trouverez un lexique des mots qui méritent une explication et/ou un commentaire…
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Ma Prison… ou quelques questions qui fâchent… et des solutions proposées…
A travers ces pages, Paul Denis poursuit sa réflexion, il ne se considère plus comme un détenu, mais comme un observateur qui très souvent est devenu un confident.
Vous trouverez ci-dessous, les dates de parution de mes articles…sur la journée du 17 mai 2007.
……
Les bouquins de Paul DENYS n’ont pas encore trouvé d’éditeur.
Si vous désirez avoir leur version papier, vous pouvez acquérir (l’un ou l’autre ou les deux) en envoyant, par volume, un chèque de 17 € (frais d’envoi compris) à Ligue des Droits de l'Homme (LDH 57), 3 rue Gambetta à 57000 METZ. Pour 10 €, je peux vous l’envoyer par e-mail (150 pages A4 ou 220 pages A4).

24/12/2008

Une Journée-type...en Prison

Une journée type :

Le temps passe, mais je sais que cela va durer un certain temps, je prends mon mal en patience et m’occupe…
Je vais essayer de m’astreindre à une correspondance régulière avec toi et te raconter un peu comment nous vivons, ici.
Je suis, pour le moment, dans une cellule pour 4, mais nous ne sommes que trois et mes co-locataires sont corrects et sympas.
Pour te distraire et parce que je ne sais pas trop quoi t’écrire, mais j’éprouve le besoin de t’écrire, aujourd’hui, je vais te décrire une de nos journées.

Ici, chaque jour, ressemble à un jour de vacances... il n'y a rien à faire...
A 7 heures, un surveillant (gardien) vient voir si nous sommes toujours en vie.
Vers 7 h 30, on nous propose de l'eau chaude, pour agrémenter le mélange café + chicorée qui nous a été distribué, la veille.
Le dimanche, nous avons parfois du chocolat et de la confiture (en étui individuel - hôtel).
C'est à cette heure-là aussi, que nous donnons nos courriers et bons de cantine (nous en reparlerons).
Vers 8 h 30 - 9 h : on émerge, nous nous levons et déjeunons.

Trois fois par semaine, c'est la douche (douche individuelle, d'une propreté acceptable). Les autres jours, c'est la toilette, le plus souvent avec eau chaude que je récupère à l'office (salle de service). En cellule, nous n'avons que de l'eau froide (que l'on peut chauffer avec un thermoplongeur - appelé ici Toto - pour le café ou la toilette ou la lessive).
Pour ceux qui le souhaitent, à partir de 8 h, il y a travail ou activités ou sport ou école.
Pour moi, vers 10 h, je suis opérationnel (à peu près propre, lit fait) et je commence à lire (3 livres par semaine), à écrire, et ce, jusqu'à 11 h 15.
J'ai oublié de te dire que nous avons la TV (louée 41 Euros/mois) avec Canal +, en clair tout le temps, Ciné-Cinémas, en fait : 16 chaînes.
Vers 11 h 30, le repas de midi arrive et nous est remis, en cellule, à chacun + une baguette de pain (pour la journée). Ce repas peut être amélioré si on cantine (nous en reparlerons).
De 12 h 15 à 13 h 15 : promenade (nous en reparlerons).
A partir de 14 h, activités pour les amateurs et/ou école.
Pour moi : lecture ou TV ou activité (partie de Tarot avec d'autres "vieux") et ce, jusqu'à 17h 15.
A 17 h 30 : repas du soir et nuit.

Pour compléter ceci, il faut dire que nous regardons toutes sortes de jeux télévisés. Le soir, à 20h30, nous sommes couchés et nous regardons un programme, choisi démocratiquement - nous sommes 3 en cellule.
Encore une précision, la TV reste allumée du matin jusque tard dans la nuit.
Comme la fatigue de la journée n'est pas excessive, en général, je vois le 1er programme en soirée, et souvent le deuxième, si son intérêt est assez grand...
Bref les vacances, ou peut-être plutôt, une journée d'hôpital (sans maladie) et dans un espace réduit (nous en reparlerons).

Tu vois, pas de surprises, chaque journée ressemble à la précédente et à la suivante. Le temps passe...

Je soumets à ton analyse, une phrase inspirée de l'Etranger d'Albert Camus, qui résume la situation de tout "détenu" : "C'est l'histoire d'un homme banal, innocent, que la justice prend pour un criminel. Tout cela, parce qu'il refuse de mentir et d'entrer dans son jeu" (phrase affichée sur notre panneau d'affichage).

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Je sais que cela t’inquiète, aussi, je vais te parler de la "bouffe" (comme on dit ici).
Ce n'est pas pire qu'à la "caserne", mais ceci n'est pas une bonne référence.
C'est en fait, très inégal, certains plats sont bons, d'autres sont immangeables. Il n'y a aucun équilibre, toutes les viandes baignent dans une sauce (toujours la même ou presque), mais je ne la mange jamais (trop grasse, trop insipide).
En principe, il y a une entrée (salade diverse ou petite charcuterie), un plat (viande et légumes verts ou pomme de terre, riz, pâtes, souvent des frites (2 x par semaine - difficilement mangeables).
Pour compléter cela, très souvent, nous avons hamburger, knack, saucisse, viande bouillie), en dessert : fromage, yaourt ou fruit.
Pour ceux qui ont connu l’armée ou la vie en collectivité, ces repas sont dans la bonne moyenne.
Bref, tout cela est assez banal, quelconque, rarement bon, souvent mangeable pour quelqu'un comme moi qui ne suis pas trop difficile. Pour certains, c'est l'enfer, ils ne mangent rien. Pendant un mois, j'ai relevé les menus, il n'y en a pas plus de 15 différents.
D’après une source d’information, dite bien informée, le prix de la journée (les 3 repas) serait de 3 €uros. Cela me semble peu… mais parfois beaucoup pour certains jours…
Au niveau présentation, cela nous est apporté (en cellule) en barquettes plastiques pelliculées. Le tout est chaud et transporté dans des armoires roulantes chauffées.
A ce niveau-là, on ne peut pas se plaindre, cela semble propre et hygiénique (gants jetables, vêtements adéquats blancs).
Pour la quasi-totalité des détenus, il y a la nécessité de "cantiner", parce que ce qui est servi, ne plaît pas et/ou n'est pas suffisant en quantité ou manque de diversité.
"Cantiner" veut dire acheter. En fait, on peut cantiner pratiquement de tout, il suffit d'avoir de l'argent et que ce ne soit pas dangereux (ainsi, nous avons des couteaux qui ne coupent pas).
Les livraisons sont hebdomadaires, mais la distribution des bons se fait, à jour fixe, la veille du ramassage.
Ainsi, chaque jour, nous sont distribuées une ou plusieurs listes de produits alimentaires et non alimentaires qui regroupent tout ce que tu peux avoir ou vouloir de consommable.
De la famille, on ne peut recevoir que du linge et/ou des livres. Tout le reste doit être acheté, sur place, à des prix proches de ceux que l'on trouve dans les grandes surfaces.
Il y a même des produits surprenants comme des journaux (quotidiens, hebdomadaires ou mensuels) de tout bord ou des produits frais comme pâtisserie (chaque semaine), beurre, salade, viande fraîche, laitages ou des plats cuisinés (en boîte). Certains ont un frigo (loué 9,15€/ mois).
L'arrivée des victuailles venant des familles est exceptionnelle : 5 kgs à Noël, en une ou 2 fois.
Ces cantines nous sont livrées, à jour prévu, en cellule avec un bon de livraison qui donne le détail des prix et le solde restant du pécule disponible + un récapitulatif mensuel.
Au niveau "cuisson", c'est un peu la galère, mais est vendu un réchaud à alcool solidifié (certains établissements vendent des plaques chauffantes). En fait, moi, je "cuis" au bain-marie, c'est plus long, mais aussi efficace (sans odeur).
Il y a 9 listes + 1 liste "exceptionnelle" sur laquelle on peut faire des demandes "exceptionnelles" qui passent à la "censure" et qui parfois arrivent. Ce peut être des baskets (de marque) et des vêtements de sport, et même des produits protéinés et vitaminés (pour les sportifs), ou des produits audio et CD.
Tout cela est donc bien organisé, et fonctionne relativement bien.
Cela occupe 3 surveillants et 4 auxi (détenus) + ceux qui réceptionnent et préparent (pesage des fruits).
En principe, ces marchandises ne doivent pas circuler de cellule en cellule, mais il existe une certaine entraide : "on dépanne", surtout en ce qui concerne le tabac qui se donne, se prête, se rend, se roule.
Bref, c'est une demande permanente et celui qui ne fume pas (comme moi) est un zombie.
Il y a aussi les profiteurs - toujours les mêmes.
Pour finir ce chapitre "gamelle" et "cantine", on peut dire que l'on peut ne manquer de rien, mais pour certains, c'est dur..., surtout s'il n'y a pas d'aide (possible) de la famille.

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A travers : « 1019 jours de détention… ou la vie en prison, vue du dedans, comme si vous y étiez… » (index sur la journée du 7 janvier)
Clémence et Paul Denis tentent de vous faire vivre le quotidien d’un détenu « moyen », pas inculte, mais pas VIP, non plus (vous avez l’intégral de ce bouquin en début de blog, complété par vos questions / remarques et mes réponses…).
Nota : Sur la journée du 14 janvier, vous trouverez un lexique des mots qui méritent une explication et/ou un commentaire…
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Ma Prison… ou quelques questions qui fâchent… et des solutions proposées…
A travers ces pages, Paul Denis poursuit sa réflexion, il ne se considère plus comme un détenu, mais comme un observateur qui très souvent est devenu un confident.
Vous trouverez ci-dessous, les dates de parution de mes articles…sur la journée du 17 mai 2007.
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Les bouquins de Paul DENYS n’ont pas encore trouvé d’éditeur.
Si vous désirez avoir leur version papier, vous pouvez acquérir (l’un ou l’autre ou les deux) en envoyant, par volume, un chèque de 17 € (frais d’envoi compris) à LDH 57 (Ligue des droits de l'Homme), 3 rue Gambetta à 57000 METZ. Pour 10 €, je peux vous l’envoyer par e-mail (150 pages A4 ou 220 pages A4).

22/12/2008

Le premier Jour... en Prison

Premier jour :

Ta « bonne » résolution de m’écrire me réjouit, mais il faut que tu saches que le courrier suit le trajet suivant avant de t’arriver et/ou de m’arriver :
Quand je t’écris, le courrier part à 7 h de ma cellule, « ouvert » c’est-à-dire non collé. Comme je suis « prévenu », il transite chez le Juge d’Instruction qui a « un droit de regard » pour les besoins de l’instruction… et qui l’expédie… quand il a le temps. En pratique, il faut compter de 7 à 10 jours. Pour le courrier que je reçois, il arrive à la prison qui le fait transiter par le Juge d’Instruction qui le re-expédie à la prison, qui me le remet « ouvert », vers 11h30.
Lorsque je serai « condamné », puisque la vérification se fera sur place, cela ira donc plus vite.
Continuons notre visite.

Je vais te présenter ma nouvelle "résidence".
On peut y être pour quelques jours, quelques mois, quelques années...
En arrivant, ce qui impressionne, c'est le nombre de portes : 4 pour arriver à "l'accueil", pour faire 15 m.
A l'accueil (le greffe), passage obligé à toute entrée ou sortie, m'ont quitté mes accompagnateurs (la police). Là, c'est de nouveau, état-civil, signes particuliers, photo, empreintes digitales et/ou empreintes biométriques.

Depuis 2004, la prise d’empreintes digitales (toute la main) sans encre, avec relais informatique et donc photo + signes particuliers est mise en place et sert à tous les déplacements (sorties de l’établissement) et lors de contact avec les gens de l’extérieur (parloir) pour éviter la substitution d’individu…
C’est au greffe que t’est attribué un numéro d'écrou que tu gardes jusqu'à ta sortie (si on doit y revenir, c'est un numéro nouveau). Pour moi : 37876. En fait, c'est un numéro chronologique et par comparaison avec un ancien et un nouvel entrant, je me suis rendu compte qu'il y avait une centaine d'entrées par mois (au 01/11/02 - la moyenne est passée à 115 sur 10 mois). Et comme le nombre total de détenus ne varie que de 10 à 20 par mois, on peut considérer qu'il y a aussi une centaine de sorties (libération ou transfert vers un autre lieu) - cela fait beaucoup de "mouvements"..., plus de 200... par mois.
Après cette première étape, c'est la "fouille" (qui a lieu chaque fois que tu vas être ou as été en contact avec l'extérieur). Il s'agit de se déshabiller entièrement et les vêtements sont palpés. Ce qui est recherché, ce sont les stupéfiants (sous toutes leurs formes) et/ou un objet pouvant être dangereux et/ou les téléphones portables. Tu te rhabilles et on te prend ce qui ne t'est pas indispensable, une liste en est faite. On ne te laisse que montre, alliance, médaille religieuse. Tes papiers d'identité sont pris. A priori, les piercings ne sont pas tolérés - personne n'en a. J'ai oublié de te dire que l'argent que tu as sur toi est pris à l'accueil, il est mis sur ton compte individuel (pécule) qui est à ta disposition pour "cantiner".
Il n'y a aucune circulation d'argent. Ainsi, ayant été incarcéré 2 jours avant la mise en circulation de l'euro... à ce jour, je n'en ai jamais vu (en vrai)...

A la fouille, on appelle aussi ce lieu « vestiaire », tu reçois ton paquetage (comme à l'armée), c'est-à-dire housse de matelas, draps, couvertures (2), affaires de toilette de première nécessité : brosse à dents, dentifrice, crème à raser, rasoirs jetables, papier hygiénique, savon, serviette et gant de toilette + vaisselle (assiette, verre, bol, cuillère à soupe et à café, fourchette, couteau qui ne coupe pas...).
A l'accueil, avaient été donnés également 2 livrets sur la vie en prison et une série d'étiquettes que tu vas distribuer dans les premiers jours, dans tous les services où tu vas passer. Est également faite, une carte d'identité interne avec photo et empreinte digitale...
Après la fouille, tu es amené, avec ton gros paquetage informe et difficile à porter, au centre de la détention, sorte de PC, charnière de toutes les directions, c'est là que j'ai appris l'étage et le n° de ma cellule.
J'y suis allé et je m'y suis installé.
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Rajout :

Ah oui, les portes, c’était galère, il faut tout le temps attendre et cela fait un bruit terrible qui me reste en mémoire, 3 ans après…, un clac pas possible que l’on entend toute la journée et même la nuit, lors des rondes. Moi, j’étais, un moment, près de l’entrée de l’unité, aussi, c’était quasi permanent, le boucan…
Je me rappelle de mon arrivée, la première fois, et je t’avoue que la fouille, j’ai pas aimé. Me retrouver à poils devant le mec de la fouille, un peu trop soupçonneux et curieux, j’ai pas aimé qu’on me prenne pour un gars pas clair et dangereux… et entièrement à poils, jambes écartées, courbé, on te fait toussé…bref, j’ai appris plus tard pourquoi, mais la première fois, ça frappe…

De Alex, le 17/01/07
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Cellule pour 2
:
Ma cellule : une cellule comme celle de tout le monde… la seule différence, c’est que j’y suis « seul » (privilège de l’écrivain que j’ai été pendant 14 mois) et qu’en général, ils sont deux…
Pour poursuivre (compléter) ma chronique de la vie de tous les jours, je vais te décrire cet univers restreint : ma cellule.
Elle fait 2,20 x 4m : donc un petit 9 m². On y entre par une porte de 2 m x 0,60, munie d’une serrure extérieure du type « chambre forte » : deux pênes cylindriques, manœuvrés par une clef (un passe) qui fait un bruit caractéristique (dont nous reparlerons une autre fois), pas de poignée, et munie d’un œilleton qui permet, en théorie, de regarder dans la cellule, sans déranger, la lumière (plafonnier) peut être actionnée de l’extérieur et de l’intérieur.
En rentrant, si on commence la visite par la droite, on tombe sur le coin « hygiène », avec WC et un lavabo (eau froide) de 1 m x 1,50. L’eau s’actionne avec un bouton poussoir, pour des raisons qu’on imagine, et qui évitent que le robinet coule tout le temps… Le WC n’a pas de chasse d’eau, mais un bouton-poussoir (efficace). Un détail surprenant : par économie, je pense, il n’y a qu’un siphon pour deux cellules : résultat, il est très facile de communiquer avec les occupants de la cellule voisine, par le lavabo… Inconvénient : certains utilisent le lavabo comme caisse de résonance et mettent leur combi-CD-Radio sur le lavabo ==+ musique boum-boum amplifiée et donc pénible. Il est vrai que je l’ai fait remarquer, et cela cessa.
Reprenons la description : L’espace « toilettes » est carrelé, sol et murs. Depuis très peu de temps, l’espace toilettes-lavabo est fermé par une cloison en panneaux et une porte (qu’on ne peut pas ouvrir à 90° - et qui bute sur le lavabo… !).
A noter qu’on nous donne comme matériel d’entretien : pelle, balayette, serpillière, balai-brosse WC, pas de poubelle (débrouille-toi), chaque mois, on nous distribue des doses de 250 ml : produit de vaisselle + lessive liquide + produit nettoyage (type Cif) + éponge grattante + eau de Javel + 1 savon + produit de lavage sol.
Dans le prolongement de l’espace hygiène, un petit espace de 0,50 m. J’y ai mis ma réserve de produits (précédemment cités) + 1 carton pour le linge sale + en hauteur, un sèche-linge (type balcon ou radiateur – 4 barres) sur lequel je mets ma serviette de bains + torchon de vaisselle et mon linge + pantalon (spécial promenade = que je mets uniquement en promenade, car mine de rien, à marcher pendant 1 heure, je prends une suée, aussi, je me suis fait deux tenues : une de travail et une de promenade).
On arrive au lit qui doit faire 1,90 x 0,80. Il s’agit d’un lit métallique superposé avec matelas en mousse, au demeurant assez confortable + un oreiller, en mousse également. J’utilise le lit de dessus, comme lieu de stockage de la couverture qui m’est inutile en cette saison, de certains papiers, courriers, rangés par pile, etc… bref c’est un peu le bazar organisé. En fait, le lit du dessus ne me gêne pas, bien au contraire, car en plus, il me masque le globe de la lumière, ainsi je peux regarder la TV, en laissant la lumière allumée, sans être gêné par elle. Le lit s’appuie au mur extérieur.
A son côté, la fenêtre qui est grande 1 m x 1,50, divisée en 9 parties vitrées dont la moitié coulissante, donc équipée de 8 barreaux non visibles (en tant que tels), car le tout est habillé dans un châssis alu. En fait, le lit + 0,30 + la fenêtre = la largeur de la cellule.
Au pied de la fenêtre, j’ai mis ma table de 60 x 75 avec 2 casiers. Sur ma table, j’ai mis mon système de chauffage de l’eau pour le café + un présentoir « maison » qui me permet d’avoir, sous la main : 1 mini-poubelle + 1 boîte de Cicona (pour le café du matin) + 1 bocal de Maxwell (c’est ce que je bois dans la journée et le soir) + 1 petit espace où je mets mon courrier en attente d’une réponse + 1 mini-présentoir (que je me suis fait, avec des étuis de tubes) avec tubes de mayonnaise + concentré de tomates + moutarde. C’est sur ce présentoir que j’ai collé les photos « de Noël » que vous m’avez envoyées. Sur le côté de l’armoire (côté gauche de la table), j’ai affiché, un calendrier et les cartes postales que j’ai reçues. Bref, c’est mon petit coin à moi, décoration perso, qui m’est toute personnelle et qui est à l’abri des regards indiscrets (de l’entrée, l’armoire masque ma table).
Puis, une armoire de 60 x 60, hauteur utile 1,60, puis le frigo 60 x 60 et au-dessus, fixé au mur, le support TV + TV (41 € par mois), incliné légèrement, pour permettre une bonne vision lorsqu’on est couché sur le lit (je me suis acheté une télécommande). En fait, quand je lis, je lis également couché, mi-assis, avec un coussin (bricolé) dans le dos, à contre-jour, par rapport au plafonnier… je n’ai pas le choix.
A cela, s’ajoutent deux chaises.
Une utilisée comme chaise (et la nuit, comme table de nuit), une qui est utilisée comme valet de chambre (la nuit) et de desserte (près de la porte) le reste de la journée, car même si je ne suis pas là, ma porte est ouverte un certain nombre de fois pour m’apporter quelque chose (pain – 1 baguette par jour), produits de cantine, courrier, etc…) ou pour l’échange (draps et serviette de toilette).
Le sol est en dalflex de 30 x 30. Au niveau énergie, chauffage par le sol (pas terrible, on m’a déjà prévenu) et un bloc électrique (près de la porte d’entrée – à gauche), comprenant la seule prise de courant de la pièce + l’interrupteur + 1 interphone (qui ne marche pas). La hauteur de la cellule doit être de 2,50 m. Elle est peinte en bleu très clair. Le tout est propre et sans odeur, ce qui n’est pas le cas de toutes les cellules de la maison, crois-moi…
Ceci est donc la cellule de base (le frigo est facultatif et se loue … 9,15 €/mois).
Une précision très importante à te donner : cet espace est prévu pour deux détenus et pour des détenus qui restent au pire 24 h/24 ensemble, au mieux 18h/24, s’ils participent au maximum d’activités, soit 3 h le matin, et 3 h l’après-midi. Tout ce qui est cité, est pour 2 : 1 table, 1 armoire, coin hygiène…
Tu peux imaginer l’intimité lorsqu’il n’y avait pas de cloison…
Tu peux imaginer les sources de conflit possible, dans un tel espace « réduit ».
Mais tel n’est pas mon cas, puisque ma qualité de bibliothécaire-écrivain me donne le « privilège » d’être seul.
Ce n’est pas un luxe, certains jours, je suis content de me retrouver au calme…
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Rajout d’Alex :
Wouah ! cette description, je vois la cellule comme si j’y étais encore.
C’est juste pour les lavabos. Nous, on discutait par les lavabos avec la cellule d’à côté.
J’ai connu avant les cloisons et je dois dire qu’aller au chiot devant les potes, c’est quand même gênant… même si on a appris l’habitude de mettre toute fausse pudeur de côté. .. Il faut quand même un minimum de respect et d’intimité dans ces moments là, et ça, la prison te le donne pas ! Eh écrivain, t’étais super organisé… tu avais su te créer un chez toi, et comme personne te gonflait, tu t’étais fait une vie cool… ou presque… car la prison reste la prison, même si tu as su t’y adapter.



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A travers : « 1019 jours de détention… ou la vie en prison, vue du dedans, comme si vous y étiez… » (index sur la journée du 7 janvier)
Clémence et Paul Denis tentent de vous faire vivre le quotidien d’un détenu « moyen », pas inculte, mais pas VIP, non plus (vous avez l’intégral de ce bouquin en début de blog, complété par vos questions / remarques et mes réponses…).
Nota : Sur la journée du 14 janvier, vous trouverez un lexique des mots qui méritent une explication et/ou un commentaire…
……..
Ma Prison… ou quelques questions qui fâchent… et des solutions proposées…
A travers ces pages, Paul Denis poursuit sa réflexion, il ne se considère plus comme un détenu, mais comme un observateur qui très souvent est devenu un confident.
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Les bouquins de Paul DENYS n’ont pas encore trouvé d’éditeur.
Si vous désirez avoir leur version papier, vous pouvez acquérir (l’un ou l’autre ou les deux) en envoyant, par volume, un chèque de 17 € (frais d’envoi compris) à LDH 57 (Ligue des droits de l'Homme), 3 rue Gambetta à 57000 METZ. Pour 10 €, je peux vous l’envoyer par e-mail (150 pages A4 ou 220 pages A4).

 
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