30.01.2008
Impressions d'arrivant... en Prison
Aujourd’hui, j’ai envie de faire le point sur les premières sensations que l’on ressent lorsque l’on « tombe » (rentre) en prison, et, en particulier, sur cet environnement nouveau : sensations réfléchies et partagées par plusieurs détenus avec lesquels j’en ai parlé.
Le plus surprenant ce sont toutes les portes, en fait, c’est ce qui choque (traumatise) le plus. Ainsi pour aller du « parloir » à ma cellule, il y a 8 portes (pour 200 m maxi). Pour ceux qui viennent me voir (parloir), il y en a 6 (pour 30 m maxi).
Ici, les portes s’ouvrent électriquement et se referment de même, et il y a donc, chaque fois, un « clac! » retentissant, et comme une 2ème porte ne peut être ouverte si la précédente n’est pas fermée, tu es sans cesse en train d’entendre et d’attendre les « clac ! » d’ouverture et de fermeture. Et toutes ces opérations se font « de visu » par l’opérateur (un surveillant).
Ainsi, quand tu es en cellule, tu vis la circulation dans le couloir au rythme des « clac! ».
Même l’ouverture (manuelle, à clef) des cellules voisines est entendue (bruyamment). Ainsi, tu prévois les « visites » (en fait, tu es très rarement « surpris ») et tu connais les sorties. La nuit, ce sont les seuls bruits que l’on entend, lors des rondes : une toutes les 2 heures ==+ aussi, il vaut mieux ne pas être malade la nuit ou avoir de mauvaises idées… En effet, entre deux rondes, on a tout le temps de mourir… et il y a des suicides...
Outre ce « clac! », le passage de chaque porte ne se fait pas sans difficulté (contrainte), il faut attendre la disponibilité ou le bon vouloir du surveillant qui actionne (de visu), éventuellement se faire connaître à chaque point « stratégique » et dire le motif du déplacement. Puis il y a les blocages (de mouvement) nécessités par des mouvements collectifs (plusieurs étages, ou par étage, pour les promenades ou sport /ou/ par le passage d’un détenu particulièrement protégé, surveillé et en tout cas accompagné /ou/ les prioritaires : les gradés et le personnel « civil » (souvent féminin), travailleurs sociaux, intervenants, personnel d’entreprises extérieures (qui viennent pour des travaux). Bref, cela fait que pour les 8 portes (mon exemple), il faut au moins 5 à 10 minutes pour faire les 200 m. Par expérience, si on voyage beaucoup, comme moi, on sait qu’il faut éviter certaines heures (sport surtout qui provoque six blocages par jour de 10 à 15 minutes…, c’est long en raison du manque d’organisation et d’un minimum de discipline…).
Mais, comme on s’amuse à le dire ici, on a le temps…
Encore une sensation forte, à l’arrivée, mais on ne le comprend que par la suite, et cette fois, en positif.
Et cela est peut-être du à une idée d’architecte.
En effet, en prison, il y a, bien sûr, des barreaux, beaucoup de barreaux, sur chaque ouverture (fenêtres) ou passage (portes), mais ici, ces barreaux sont horizontaux, contrairement à l’image de barreaux verticaux, attachée aux prisons. Cette sensation «inhabituelle » et cette vision « agréable » font que l’impression de prison est un peu estompée. Cela peut te sembler un détail, mais crois-moi, c’est terriblement important pour le moral : le fait de « casser » l’image ancrée dans notre subconscient.
Paradoxalement, le seul endroit où les barreaux sont verticaux, est l’entrée de l’infirmerie… un endroit qui, en théorie, devrait être plus « ouvert » et sécurisant.
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Rajout :
Ah oui ! les portes… le clac, l’attente, c’était galère.
Un barreau reste un barreau. A y réfléchir, ce que tu dis sur les barreaux horizontaux, c’est peut-être juste, mais moi, j’avais pas fait la différence.
De Alex, le 27.01.07
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A travers : « 1019 jours de détention… ou la vie en prison, vue du dedans, comme si vous y étiez… » (index des notes sur la journée du 7 janvier)
Clémence et Paul Denis tentent de vous faire vivre le quotidien d’un détenu « moyen », pas inculte, mais pas VIP, non plus (vous avez l’intégral de ce bouquin, complété par vos questions / remarques et mes réponses…).
Nota : Sur la journée du 14 janvier, vous trouverez un lexique des mots qui méritent une explication et/ou un commentaire…
……..
Ma Prison… ou quelques questions qui fâchent… et des solutions proposées…
A travers ces pages, Paul Denis poursuit sa réflexion, il ne se considère plus comme un détenu, mais comme un observateur qui très souvent est devenu un confident.
Vous trouverez, sur la journée du 17 mai les dates de parution de mes articles…
……
Les bouquins de Paul DENYS n’ont pas encore trouvé d’éditeur.
Si vous désirez avoir leur version papier, vous pouvez acquérir (l’un ou l’autre ou les deux) en envoyant, par volume, un chèque de 17 € (frais d’envoi compris) à TOP SERVICES, 7 Bld d’Alsace à 57070 METZ. Pour 10 €, je peux vous l’envoyer par e-mail (150 pages A4 ou 220 pages A4).
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03:10 Publié dans Ambiance, Vie privée, en Prison , Description des lieux (la prison) , Justice, Réglementation , Vie quotidienne en Prison | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : Justice, Prison, Maison d'Arrêt, Centre de détention
28.01.2008
En cellule de 2... en Prison
Ce que tu me racontes m’intéresse bien, et me permet de vivre un peu avec toi, ou pour le moins, de t’imaginer, tout au long de tes journées, dans ce cadre maudit.
De dehors, on n’imagine pas toute cette organisation, mais il est vrai qu’il faut bien que cela soit organisé et réglementé si on ne veut pas que ce soit la pagaille.
J’ai cru comprendre que ton service était apprécié de tes co-détenus, ce doit être une satisfaction pour toi, de te savoir « utile ».
J’ai ouï-dire que tu avais maintenant une cellule où tu es seul. Cela te convient-il ? Il faut que tu me racontes ta nouvelle installation.
Cellule pour 2 :
En quittant le quartier « Jeunes adultes » (JA), j’ai rejoint le lieu de séjour de la majorité des détenus et j’ai pris possession d’une cellule comme celle de tout le monde… la seule différence, c’est que j’y suis « seul » et qu’en général, ils sont deux…
Pour poursuivre (compléter) ma chronique de la vie de tous les jours, je vais te décrire cet univers restreint : ma cellule.
Elle fait 2,20 x 4m : donc un petit 9 m². On y entre par une porte de 2 m x 0,60, munie d’une serrure extérieure du type « chambre forte » : deux pênes cylindriques, manœuvrés par une clef (un passe) qui fait un bruit caractéristique (dont nous reparlerons une autre fois), pas de poignée, et munie d’un œilleton qui permet, en théorie, de regarder dans la cellule, sans déranger, la lumière (plafonnier) peut être actionnée de l’extérieur.
En rentrant, si on commence la visite par la droite, on tombe sur le coin « hygiène », avec WC et un lavabo (eau froide) de 1 m x 1,50. L’eau s’actionne avec un bouton poussoir, pour des raisons qu’on imagine, et qui évitent que le robinet coule tout le temps… Le WC n’a pas de chasse d’eau, mais un bouton-poussoir (efficace). Un détail surprenant : par économie, je pense, il n’y a qu’un siphon pour deux cellules : résultat, il est très facile de communiquer avec les occupants de la cellule voisine, par le lavabo… Inconvénient : certains utilisent le lavabo comme caisse de résonance et mettent leur combi-CD-Radio sur le lavabo ==+ musique boum-boum amplifiée et donc pénible. Il est vrai que je l’ai fait remarquer, et cela cessa.
Reprenons la description : L’espace « toilettes » est carrelé, sol et murs. Depuis très peu de temps, l’espace toilettes-lavabo est fermé par une cloison en panneaux et une porte (qu’on ne peut pas ouvrir à 90° - et qui bute sur le lavabo… !).
A noter qu’on nous donne comme matériel d’entretien : pelle, balayette, serpillière, balai-brosse WC, pas de poubelle (débrouille-toi), chaque mois, on nous distribue des doses de 250 ml : produit de vaisselle + lessive liquide + produit nettoyage (type Cif) + éponge grattante + eau de Javel + 1 savon + produit de lavage sol.
Dans le prolongement de l’espace hygiène, un petit espace de 0,50 m. J’y ai mis ma réserve de produits (précédemment cités) + 1 carton pour le linge sale + en hauteur, un sèche-linge (type balcon ou radiateur – 4 barres) sur lequel je mets ma serviette de bains + torchon de vaisselle et mon linge + pantalon (spécial promenade = que je mets uniquement en promenade, car mine de rien, à marcher pendant 1 heure, je prends une suée, aussi, je me suis fait deux tenues : une de travail et une de promenade).
On arrive au lit qui doit faire 1,90 x 0,80. Il s’agit d’un lit métallique superposé avec matelas en mousse, au demeurant assez confortable + un oreiller, en mousse également. J’utilise le lit de dessus, comme lieu de stockage de la couverture qui m’est inutile en cette saison, de certains papiers, courriers, rangés par pile, etc… bref c’est un peu le bazar organisé. En fait, le lit du dessus ne me gêne pas, bien au contraire, car en plus, il me masque le globe de la lumière, ainsi je peux regarder la TV, en laissant la lumière allumée, sans être gêné par elle. Le lit s’appuie au mur extérieur.
A son côté, la fenêtre qui est grande 1 m x 1,50, divisée en 9 parties vitrées dont la moitié coulissante, donc équipée de 8 barreaux non visibles (en tant que tels), car le tout est habillé dans un châssis alu. En fait, le lit + 0,30 + la fenêtre = la largeur de la cellule.
Au pied de la fenêtre, j’ai mis ma table de 60 x 75 avec 2 casiers. Sur ma table, j’ai mis mon système de chauffage de l’eau pour le café + un présentoir « maison » qui me permet d’avoir, sous la main : 1 mini-poubelle + 1 boîte de Cicona (pour le café du matin) + 1 bocal de Maxwell (c’est ce que je bois dans la journée et le soir) + 1 bouteille de vinaigrette (légère) + 1 boîte de sel (de mer) + 1 petit espace où je mets mon courrier en attente d’une réponse + 1 mini-présentoir (que je me suis fait, avec des étuis de tubes) avec tubes de mayonnaise + concentré de tomates + moutarde. C’est sur ce présentoir que j’ai collé les photos « de Noël » que vous m’avez envoyées + au-dessus, un pot à crayons + la multiprise + petites bricoles. Sur le côté de l’armoire (côté gauche de la table), j’ai affiché, un calendrier et les cartes postales que j’ai reçues. Bref, c’est mon petit coin à moi, décoration perso, qui m’est toute personnelle et qui est à l’abri des regards indiscrets (de l’entrée, l’armoire masque ma table).
Puis, une armoire de 60 x 60, hauteur utile 1,60, puis le frigo 60 x 60 et au-dessus, fixé au mur, le support TV + TV (41 € par mois), incliné légèrement, pour permettre une bonne vision lorsqu’on est couché sur le lit (je me suis acheté une télécommande). En fait, quand je lis, je lis également couché, mi-assis, avec un coussin (bricolé) dans le dos, à contre-jour, par rapport au plafonnier… je n’ai pas le choix.
A cela, s’ajoutent deux chaises.
Une utilisée comme chaise (et la nuit, comme table de nuit), une qui est utilisée comme valet de chambre (la nuit) et de desserte (près de la porte) le reste de la journée, car même si je ne suis pas là, ma porte est ouverte un certain nombre de fois pour m’apporter quelque chose (pain – 1 baguette par jour), produits de cantine, courrier, etc…) ou pour l’échange (draps et serviette de toilette).
Le sol est en dalflex de 30 x 30. Au niveau énergie, chauffage par le sol (pas terrible, on m’a déjà prévenu) et un bloc électrique (près de la porte d’entrée – à gauche), comprenant la seule prise de courant de la pièce + l’interrupteur + 1 interphone (qui ne marche pas). La hauteur de la cellule doit être de 2,50 m. Elle est peinte en bleu très clair. Le tout est propre et sans odeur, ce qui n’est pas le cas de toutes les cellules de la maison, crois-moi…
Ceci est donc la cellule de base (le frigo est facultatif et se loue … 9,15 €/mois).
Une précision très importante à te donner : cet espace est prévu pour deux détenus et pour des détenus qui restent au pire 24 h/24 ensemble, au mieux 18h/24, s’ils participent au maximum d’activités, soit 3 h le matin, et 3 h l’après-midi. Tout ce qui est cité, est pour 2 : 1 table, 1 armoire, coin hygiène…
Tu peux imaginer l’intimité lorsqu’il n’y avait pas de cloison…
Tu peux imaginer les sources de conflit possible, dans un tel espace « réduit ».
Mais tel n’est pas mon cas, puisque ma qualité de bibliothécaire-écrivain me donne le « privilège » d’être seul.
Ce n’est pas un luxe, certains jours, je suis content de me retrouver au calme…
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Rajout :
Wouah ! cette description, je vois la cellule comme si j’y étais encore.
C’est juste pour les lavabos. Nous, on discutait par les lavabos avec la cellule d’à côté.
J’ai connu avant les cloisons et je dois dire qu’aller au chiot devant les potes, c’est quand même gênant… même si on a appris l’habitude mettre toute fausse pudeur de côté. .. Il faut quand même un minimum de respect et d’intimité dans ces moments là, et ça, la prison te le donne pas !
Eh écrivain, t’étais super organisé… tu avais su te créer un chez toi, et comme personne te gonflait, tu t’étais fait une vie cool… ou presque… car la prison reste la prison, même si tu as su t’y adapter.
D’Alex, le 24/01/07
Je réponds à l'invitation et oui, je suis un ancien mais pas si ancien que cela. Je suis en attente de mon jugement et mon dossier vient juste de partir chez le Procureur de la République en vue de passer en correctionnelle après une instruction. Rien de grave, vous allez me dire, mais je risque fort d'y retourner, malgré une liberté sous contrôle judiciaire depuis 2 ans sans accros. Bref, il vaut mieux être dehors, n'est-il pas ? Mais il est assez paradoxal pour moi de repenser à mes quelques petits mois passés en maison d'arrêt. Et oui, les détails reviennent vitre, trop vite, mais je suis tout de même content d'en être sorti en bonne santé physique. Sur le plan moral, j'y suis encore, car comme je vous l'ai cité plus haut, je risque d'y retourner. Mais quand ? là est la question et surtout pour combien de temps ! Vais-je réussir à survivre à cette étape ? Bon maintenant, approchant de la quarantaine, rien ne peut me surprendre, surtout connaissant déjà ce type de lieu!!! il va falloir que je me réhabitue aux bruits de portes et de clés, à ses haut-parleurs qui nous indiquent les quelques moments importants de la journée "PROMENADE", "ATELIER" et j'en passe. De plus que faire, en arrivant, Demander à travailler ? Pourquoi faire, Ha oui pour la télé !!! "la fenêtre sur l'extérieur" Mais bon, on nous montre bien ce que l'on veut aussi sur ce type de média. En fait, on est tous conditionnés, et même ceux qui sont en liberté, ne le sont pas tant que cela. Un jour, je me suis surpris à penser que je ne voulais plus sortir de ma cellule de façon à oublier cette vie qui a basculé. C'est vrai, les autres disent que vous êtes nourri, blanchi et tout le reste... Mais bon, ils ne savent pas de quoi il en retourne. Il y a beaucoup de commentaires curieux, comme " et vous mangiez comment là bas ?" "et vous vous lavez avec quoi ?" "vous avez travaillé tout de même" .... Enfin à entendre cela, j'ai toujours l'impression d'être un extra terrestre. Enfin, c'est vrai que de vivre dans une cellule de 9 ou 10 mètres carrés avec un autre, il faut être d'un autre monde et surtout oublier vos repères de dehors, car il faut être réceptif pour s'adapter vite et très vite pour connaître les bonnes habitudes à prendre et se fondre dans la masse !!!! Bon voilà pour l'instant, c'était juste pour planter le décor, je vous lirais tous car, vos discours sont intéressants et mon expérience peut vous intéresser.
Ecrit par : alain | 31.01.2007
Un nouvel « ancien » et « futur » (peut-être) nous rejoint… Merci, Alain, pour ta présence parmi nous et ton courage…
Je ne sais pas si j’aurais été capable de supporter une libération provisoire, pour attendre mon jugement… J’ai demandé des « libérations provisoires » pour la forme… j’ai même cru qu’on allait me l’accorder. Mes enfants l’espéraient…, puis se sont dit, comme moi, que « retourner » en prison était pire, plus insupportable que d’y rester en attendant. Il est vrai que l’appréhension de l’inconnu n’existe plus et que l’adaptation est plus facile, assurément, mais y retourner, après quelques mois de liberté…
Le seul avantage que je voyais (verrais) dans la libération provisoire, c’est que j’aurais été en mesure de prouver mes dires et, en conséquence, de « contrarier » l’accusation… C’est pour cela que j’ai dit (ou le dirai, en d’autres pages) que la détention préventive est inadmissible si elle empêche le « présumé innocent » de présenter sa défense (avec ses preuves matérielles qu’il n’a pas en prison)…
Mon maître mot pour supporter la prison reste : « s’occuper ». Peu importe ce que tu fais, mais fais quelque chose… plus la peine est longue, plus il faut savoir s’occuper si on veut « survivre » à cette étape de vie… Mon deuxième maître mot, comme tu le dis si bien, est qu’il faut savoir se fondre dans la masse, ne pas faire de vague, même si on m’accepte pas cette détention, il faut faire semblant pour avoir un minimum de tranquillité d’esprit, il faut s’auto-persuader que cela pourrait être pire… .
Tu sais, l’être humain est curieux de nature, et je pense « normal » que tout un chacun souhaite connaître ce qui se passe derrière ces hauts murs… Cela me semble tout à fait légitime et respectable. Moi-même, j’aime bien « savoir ».
D’avance, je te remercie de me (nous) donner ton avis sur ce que j’ai écrit… TON avis est très important pour moi, pour nous, il permet de corriger une vision souvent très personnelle (moi).
De Paul Denis à Alain, le 31 janvier 2007 à 22 h 40
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A travers : « 1019 jours de détention… ou la vie en prison, vue du dedans, comme si vous y étiez… » (index des notes sur la journée du 7 janvier)
Clémence et Paul Denis tentent de vous faire vivre le quotidien d’un détenu « moyen », pas inculte, mais pas VIP, non plus (vous avez l’intégral de ce bouquin, complété par vos questions / remarques et mes réponses…).
Nota : Sur la journée du 14 janvier, vous trouverez un lexique des mots qui méritent une explication et/ou un commentaire…
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Ma Prison… ou quelques questions qui fâchent… et des solutions proposées…
A travers ces pages, Paul Denis poursuit sa réflexion, il ne se considère plus comme un détenu, mais comme un observateur qui très souvent est devenu un confident.
Vous trouverez, sur la journée du 17 mai les dates de parution de mes articles…
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25.01.2008
Ma journée d'écrivain... en prison
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Te voilà donc écrivain…, je trouve cela génial.
Je savais que tu saurais t’occuper d’une manière et d’une autre, mais je dois dire que je suis particulièrement fière de toi et que je te reconnais bien là. T’enrichir (psychiquement, j’entends) en aidant les autres est une qualité que je te connaissais déjà, mais je suis très heureuse de te voir l’appliquer ici.
J’espère que ceci te permet enfin de passer le temps plus agréablement. Au moins, ton nouveau rythme te permet d’avoir des journées plus ressemblantes à celles de l’extérieur, c’est toujours mieux qu’une journée à ne pas bouger.
La journée de l’écrivain :
Pour le moment, je ne peux pas me plaindre, mon emploi d'écrivain a le "pouvoir" de m'occuper et de faire passer le temps.
Le reste de la journée est d'une banalité et d’une monotonie que je vais te décrire.
J'allume la TV vers 6 h 50 (sur France 2) pour avoir la météo et les nouvelles.
A 7 h 10 – 7 h 15, je me lève, je déjeune + toilette + rangement de la cellule et un dernier café : il est 8 h. J'ai oublié de dire que vers 7 h 30, j'ai une première visite qui vient voir si je suis toujours "en vie" et prendre mon courrier et les bons de cantine.
De 8 h à 11 h : écrivain et bibliothèque.
A 11 h : retour en cellule, en général, je commence une lettre jusqu'à 11 h 40, puis repas qui nous est apporté. C'est mangeable, rarement bon, toujours déséquilibré. Je l'améliore avec des légumes frais, du fromage et des laitages (achetés en cantine).
A 12 h 15, promenade d'une heure (s'il ne pleut pas et s'il ne fait pas trop chaud). En fait, il s'agit de "tourner" dans un espace (à l'air libre).
A 13 h 15 – 13 h 30, retour en cellule. En général, le courrier nous est amené vers 13 h 30. Alors, c'est un dernier café (Maxwell, qualité filtre, décaféiné) et il est 14h.
De 14 h à 17 h : bibliothèque et écrivain.
A 17 h, retour en cellule, en fait douche + "salon" (discussion entre nous) jusqu'à 17 h 30 : repas du soir (pas mieux qu'à midi), ici, on appelle cela : la gamelle.
Vers 18 h, après la récupération des plateaux et déchets : fermeture "définitive" de la porte jusqu'au lendemain.
Autant te dire tout de suite qu'il vaut mieux ne pas être malade la nuit, il n'y a plus de surveillant à l'étage. Il n'y a que des rondes = toutes les 2 heures (je pense) d'une efficacité qui reste à prouver. Elles n'empêchent pas les suicides…
Pour moi, c'est vaisselle + courrier ou lecture + TV, jusqu’à 22 h 30 ou 24 h, selon les programmes TV.
Pour tout dire, dès que je suis en cellule, j’allume la TV : cela fait une présence.
Chaque soir, vers 19 h, je choisis mon programme de la soirée.
Au niveau lecture, j’ai un peu ralenti : faute de temps (c’est le comble, mais c’est vrai). En effet, je ne peux lire qu’entre midi (si je ne vais pas en promenade, mais la promenade est prioritaire : c’est le seul exercice physique que je fais) ou le soir, mais pas longtemps, car la lumière bien que suffisante, n’est pas terrible (à contre-jour pour lire) ou le week-end.
Comme tu le vois, mes journées sont bien plus « calmes » et « sans surprises » que les vôtres. En fait, quand je me retrouve « seul » en cellule, je ne m’ennuie pas (non plus) parce que j’ai toujours quelque chose à faire et tout s’harmonise sans lassitude. Je suis rarement « inactif »…
Pour être honnête, je te dirai qu’il est vrai que mon nouveau monde (non choisi) m’a bien accueilli.
Je suis « reconnu » de tous et salué par une très grande majorité (même s’ils n’ont jamais fait appel à mes services), on m’appelle « l’écrivain »…
Il est vrai (aussi) que je ne participe pas aux activités « collectives » telles que promenade normale (2 h 30 à 3 h) à 50, dans le même espace que nous à 12 h 15 (nous sommes en principe, une quinzaine de « travailleurs » ou « isolés » = ceux qui ne doivent pas être avec d’autres ou pour leur sécurité) /ou/ sport (2 fois par semaine), ce n’est pas mon truc ; de plus, c’est toujours de là que démarrent les bagarres et problèmes, même si on n’est que témoin, c’est toujours dérangeant /ou/ en activité (salle de 20 m2) une vingtaine de gars, où ils peuvent jouer aux cartes, dames, échecs, fumer, s’engueuler, etc…
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Rajout :
RAS. Il est vrai que tu étais bien occupé et surtout bien organisé. J’admire.
Pour moi, ce n’était pas la même chose et l’ennui commençait au réveil pour se terminer quand le sommeil arrivait… c'est-à-dire tard dans la nuit. Donc, rien de captivant, rien de positif, que des prises de tête avec les potes.
D’Alex, le 23/01/07
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23.01.2008
Ecrivain public... en Prison
Mon activité : un métier ? en tous cas, un service…
Les jours se suivent et ne se ressemblent pas toujours…
En effet, pour moi, il y a du neuf qui devrait me permettre de vivre « autrement » et de me sentir « mentalement » utile.
Tu vois, il suffit parfois de savoir attendre. A mon arrivée, j’avais fait connaître ma disponibilité et mon souhait d’être occupé à la bibliothèque dès qu’une place se libérerait…
Il y a quelques jours, j’ai renouvelé ma demande... ce ne fut pas en vain...
Depuis quelques jours, j'ai pris de nouvelles fonctions, celles d'écrivain-bibliothécaire.
Mon emploi d’écrivain–bibliothécaire peut être défini comme un service aux détenus : je les aide et/ou rédige pour eux, sous leur dictée (mais avec des mots corrects), toutes sortes de courriers administratifs, judiciaires ou internes à la prison, et même plus personnels, à leur famille/épouse/ copine/enfants….
Mon rôle n’est pas de conseiller, mais de transcrire et il peut m’arriver de faire des demandes « inutiles » (à mes yeux), mais « demandées » par les intéressés. Même si celle-ci ne sert à rien, c’est leur droit et cela leur fait du bien (ce qui est déjà pas mal).
Cette fonction d’écrivain me permet de côtoyer un « public » qu’on ne peut pas imaginer (mais qui est bien réel, crois-moi) – des jeunes de 20-25 ans qui ne savent ni lire, ni écrire bien qu’étant français ; pour les étrangers, c’est plus compréhensible, mais chaque jour m’apporte des « surprises » désagréables ; où va-t-on ?
Tu te doutes bien que cet emploi ne me pose aucun problème « intellectuel ».
Il y a une partie très répétitive et formelle. Il me faut parfois composer pour présenter au mieux les demandes ou justificatifs.
Il m’arrive même de créer des « lettres d’amour ».
Tu vois, je ne m’ennuie pas…
Ce qui représente, par jour, au minimum une vingtaine de documents, rarement plus de trente, et cela d’un intérêt (pour moi) d’inégale valeur, parfois quelques lignes, parfois plusieurs pages pour expliquer au juge, une situation compliquée que l’intéressé ne saura pas (ne pourra pas) mettre en valeur dans le peu de temps qui va lui être donné. Et je pratique le principe : « l’écrit reste »… et on ne peut pas dire qu’on ne l’a pas reçu.
En plus de cela, j'essaie de renseigner, à leur demande, les détenus sur leur avenir, en consultant le Code Pénal (CP), le Code de Procédure Pénale (CPP), et le Guide du prisonnier (édité par l'OIP - Observatoire International des Prisons).
Je peux te préciser que mon « activité » se passe en bibliothèque lorsque c’est leur jour de bibliothèque ou en étage, pour des demandes « urgentes » ou plus complexes et/ou plus confidentielles ou si ce n’est pas leur jour. Ainsi donc, cela me fait « voyager » et tout le monde me connaît. On m’appelle « l’écrivain », c’est mon nouveau « nom », ça me plait plus que « papy » et « pépé » qui, en situation « normale », m’aurait été attribué…
A ce travail d’écriture, s’ajoute la surveillance de dictionnaires, encyclopédies, livres en langue étrangère et œuvres diverses + la presse (le RL et une dizaine de revues, Paris Match, NouvelObs, Marianne, entre autres) qui sont « à consulter sur place ».
Pour cette tâche de surveillance, j’ai un acolyte qui s’efforce de surveiller la porte de la salle pour éviter que les ouvrages et revues précitées partent en cellule et en privent d’autres.
Avantage pour moi : cette activité m’occupe bien, de 8 h à 11 h et de 14 h à 17 h, chaque jour, sauf le samedi après-midi et le dimanche. Aussi l’inactivité et l’inutilité de mon temps m’obsèdent moins.
Autre avantage : les conditions matérielles. Je bénéficie d’une cellule « seul » (9 m²) que je peux aménager, à mon goût, sans gêner les autres, et ce, tout en respectant ce qui est permis/toléré. J’ai accès aux douches, chaque fois que je le souhaite… De plus, j’ai droit à un casse-croûte : fromage ou charcuterie (chaque jour) + 2 litres de lait et 2 l de jus d’orange (très bon) par semaine. Et une fiche de paie de 110 à 120 € selon le nombre de jours.
Il me paraît évident que la nature de l’emploi et mon âge appellent le respect aussi bien des détenus que des surveillants : « on ne me casse pas la tête » comme on dit ici.
Bref, la vie s’organise, la qualité de ma vie s’améliore.
Il n’empêche bien sûr que mon souhait le plus cher reste de quitter ces lieux dès que possible et de rejoindre les miens et tous nos amis.
Voici donc ce qui m’occupe 6 heures de mes journées.
La bibliothèque
Il y a encore, dans une salle vis-à-vis de la nôtre, deux bibliothécaires qui assurent le prêt et l’entretien de plus de 5.000 volumes (en tout genre) et des centaines de BD (dont j’ignorais l’existence même) qui peuvent être emportés en cellule (3 à la fois).
En plus de nous, il y a au sein de l’Ecole, une enseignante qui assure le suivi et l’approvisionnement, en nouveautés, et selon des demandes spécifiques d’intérêt général. En cas de demande particulière, elle peut, pour le détenu, emprunter à la Médiathèque.
C’est donc toute une organisation qui s’adresse aux 600 détenus qui peuvent venir 2 fois par semaine en bibliothèque (par roulement).
Il faut avouer que pour certains, ce n’est qu’un lieu de détente, et de convivialité, une occasion de sortir de leur cellule.
Aussi, nous sommes dans une salle de 30 m², en permanence, une dizaine (parfois une vingtaine) de personnes.
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Rajout :
Ecrivain public, c’est une bonne initiative de l'administration pénitentiaire. Il permet le contact et surtout la reconnaissance de l'autre en temps que personne à part entière. Les SDF et les défavorisés de la société demandent, bien souvent avant le ticket restaurant ou la pièce d'un euro, que tu les considères comme un être humain avec toute sa dignité. En tout cas, avec 6 h dehors de la cellule, au contact d'autres personnes et au milieu de bouquins, il y a un net confort pour l'esprit.
A plus tard et bonne journée. Ecrit par : Christian | 19.01.2007
La lecture, l'écriture aussi, ce sont d'excellents moyens...d'évasion.
Ecrit par : Crabillou | 20.01.2007
Mon rôle d’écrivain… je l’ai toujours considéré comme un « service aux autres détenus ». A vrai dire, je ne pense pas l’avoir outrepassé, même si à Saint Mihiel, cela a été évoqué…
Ecrivain-bibliothécaire, c’est effectivement un emploi d’auxi, prévu par la réglementation de l’administration pénitentiaire, au même titre qu’un aide cuisinier. Mais il n’en existe peut-être pas partout, ainsi à Saint-Mihiel, le poste était prévu, mais c’est moi qui l’ai créé (organisé) alors que le centre de détention existait depuis plus de 13 ans…
J’adhère tout à fait à ton approche de la mission : « Il permet le contact et surtout la reconnaissance de l'autre en temps que personne à part entière ». Il est toujours apprécié par les plus « demandeurs » que « tu les considères comme un être humain avec toute sa dignité », et je rajouterai avoir été surpris par certaines demandes, émanant de détenus que je considérai au dessus de la moyenne…
A propos de la bibliothèque, celle de Metz est particulièrement bien fournie, organisée et bien tenue, par 4 détenus auxi (avec moi) et ce, parce que nous avions « une chef-enseignante, donc non-administration pénitentiaire »… vigilante, très disponible aux demandes des détenus… A priori, les prisons ne sont pas trop demandeuses d’ouvrages… il y a, en effet, un budget prévu et, à ce qu’il m’a semblé, suffisant pour acquérir toutes les nouveautés qui pouvaient intéresser le plus grand nombre.
Comme livres, il y a de tout, pour tous les goûts, même certains critiquant la Justice et l’Administration… En fait, la loi prévoit que tout ce qui est « édité » peut « rentrer » en prison, c’est ainsi que le mien, n’ayant pas d’éditeur, n’a pas droit de cité. Mais en fait, il n’est pas destiné aux détenus, mais aux futurs… détenus, aux familles de détenus et à … qui veut bien le lire.
Tu vois juste : cet emploi d’écrivain m’a permis de « supporter » ma détention. Je l’ai eu au bout de 4 mois de détention, à un moment où j’avais une overdose d’attendre un jugement qui n’arrivait pas… et une overdose de lecture… et une overdose de n’avoir rien à faire… Pour moi, c’était un emploi à temps plein… et peu de temps pour moi… et « le confort » d’avoir un esprit bien occupé, ce qui m’a permis de ne pas déprimer, même si j’aurais préféré, bien sûr, être « dehors »…
Paul Denis à Christian, le 20/01/07
En état d’overdose… c’est ce qui arrive quand tu lis, pendant 8/9 heures par jour…, même si tu aimes la lecture, un jour ou l’autre, tu décroches, et ce, d’autant plus que les sources lumineuses n’étaient pas au top – pas de néons, des ampoules dans un globe – nid de mouches… tu vois le tableau… Mais il est vrai que c’est un excellent moyen d’évasion et il m’est arrivé, parfois mais rarement quand même, de me surprendre à oublier que j’étais en prison…
Paul Denis à Crabillou,le 20.01.07
A te lire, je me disais bien que tu étais un intello et que tu étais prêt à aider les raclos. (mecs).
Il est vrai que l’écrivain est, en prison, un gars apprécié. J’en ai connu plusieurs. Chaque fois, c’était des gars bien et sur qui on pouvait compter.
Je ne sais pas si vous êtes « sélectionné », mais ce qui a de sûr, c’est que souvent, on est bien renseigné lorsque l’on va voir l’écrivain.
Moi, j’y suis allé le voir pour qu’il m’explique ce que le juge voulait dire et afin qu’il me dise ce que je risquais, il m’a aidé à faire une « confusion de peines ».
Au début, je croyais que c’était un « espion » des juges et un gars de l’administration. En fait, il n’en est rien, c’est un détenu comme nous qui accepte d’aider les autres. Et il aide bien, croyez-moi.
Il fait souvent plus que ce qu’il devrait, car il sait écouter et te conseiller.
Moi, j’aimais bien aller à la bibliothèque. On pouvait y discuter avec d’autres gars, c’était sympa, même si on n’avait pas envie de lire.
D’Alex, le 22/01/07
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A travers : « 1019 jours de détention… ou la vie en prison, vue du dedans, comme si vous y étiez… » (index des notes sur la journée du 7 janvier)
Clémence et Paul Denis tentent de vous faire vivre le quotidien d’un détenu « moyen », pas inculte, mais pas VIP, non plus (vous avez l’intégral de ce bouquin, complété par vos questions / remarques et mes réponses…).
Nota : Sur la journée du 14 janvier, vous trouverez un lexique des mots qui méritent une explication et/ou un commentaire…
……..
Ma Prison… ou quelques questions qui fâchent… et des solutions proposées…
A travers ces pages, Paul Denis poursuit sa réflexion, il ne se considère plus comme un détenu, mais comme un observateur qui très souvent est devenu un confident.
Vous trouverez, sur la journée du 17 mai les dates de parution de mes articles…
……
Les bouquins de Paul DENYS n’ont pas encore trouvé d’éditeur.
Si vous désirez avoir leur version papier, vous pouvez acquérir (l’un ou l’autre ou les deux) en envoyant, par volume, un chèque de 17 € (frais d’envoi compris) à TOP SERVICES, 7 Bld d’Alsace à 57070 METZ. Pour 10 €, je peux vous l’envoyer par e-mail (150 pages A4 ou 220 pages A4).
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03:05 Publié dans Ambiance, Vie privée, en Prison , Vie quotidienne en Prison | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Justice, Prison, Maison d'Arrêt, Centre de détention
21.01.2008
Notre vie quotidienne... en Prison
A la bibliothèque, j’ai trouvé un livre très intéressant qui s’appelle « Le Guide du Prisonnier », il est édité par l’O.I.P. « Observatoire International des Prisons »
Je t’en ai copié quelques lignes qui te situeront sous quels régimes fonctionne une prison :
. « Le but de la prison est de priver la personne détenue de la liberté d’aller et venir »… mais dans les faits, lui sont imposées des règles et des contraintes qui dépassent cette mission,
. la réglementation applicable aux prisons se trouve dans le Code de Procédure Pénale (CPP),
. à ce code, il faut ajouter un nombre considérable de circulaires et de notes de service de l’administration pénitentiaire qui ont pour objet de combler les lacunes ou imprécisions du CPP,
. à tout cela, se rajoute le Règlement intérieur (« la loi interne ») qui, lui, précise certaines règles, propres à l’établissement. Il existe quand même une grande partie des règlements intérieurs commune à tous les établissements,
. souvent, ce règlement sert de base à l’information des détenus, c’est souvent un fascicule d’une quarantaine de pages dactylographiées et s’il est prévu qu’il soit « à la disposition de tout arrivant », dans la pratique, en principe (mais ce n’est pas toujours le cas), il est « consultable » à la bibliothèque, auprès du chef de détention et auprès des travailleurs sociaux,
. malgré « ces » cadres rigides, il y a, encore, entre les « droits et obligations » et les « pratiques »… un fossé… qui a, pour origine, aussi souvent les personnes chargées de les appliquer que ceux qui sont détenus.
Tu vois que même cette autorité « reconnue » s’étonne des disparités entre les établissements et des variantes en ce qui concerne l’application d’un même texte.
Et poursuivons notre chronique, aujourd'hui, voyons la vie de chaque instant, notre vie à trois.
Comme déjà dit précédemment, l'ambiance de la cellule dépend de ses occupants, celle de l'étage, des détenus et des surveillants.
Pour nous, la vie (les autres, l'autre) est tout à fait correcte. Chacun sait respecter l'autre, chacun à son coin et son petit espace plus intime que l'autre ne "viole" pas. On sait aussi respecter les silences de l'autre, et éviter les sujets de conversation qui irritent ou fâchent.
Cette partie de l'individualisme que l'on s'impose "naturellement" fait la "qualité" de notre vie commune. Et cette façon de vivre n'est pas pour me déplaire, comme tu le sais.
En fait, cette vie interne est souvent "perturbée" par les allers et venus de chaque jour (la vie interne de la prison à laquelle s'ajoutent nos propres besoins).
En fait, on est toujours "dérangé". C'est, bien sûr, un paradoxe, mais cependant une réalité.
Avant même le lever, pour « l’appel » (vérification oblige) des présents et le ramassage du courrier et les bons de cantine.
Ensuite, c'est moi qui sors, les lundi, mercredi et vendredi, pour la douche à prendre avant 8 heures, donc 7 h 55. Les autres jours, c'est la possibilité de faire une mini-grasse matinée, s'il n'y a rien de prévu.
En principe, ce qui est prévu, est annoncé la veille (parloir, prise de sang, sortie au tribunal ; on appelle cela "extrait").
Donc, le lever se fait "calme", chacun à son rythme et sans bruit, on essaie de respecter les derniers instants de sommeil de l'autre.
Chacun se fait son petit déjeuner. Je me suis mis au chocolat et je mange un morceau de brioche (cantinée, chaque semaine). En effet, le pain (baguette donnée chaque jour à 11 h 30) est bon à 11 h 35, passable à 17 h 30, immangeable le lendemain. Pour finir la semaine et prévoir les imprévus, j'ai, en réserve, un paquet de Rem (on n’en a jamais eu à la maison, mais dans ma jeunesse, nous en avions déjà chez mes parents).
Après ce moment (agréable), c'est le temps de la toilette. Après cette étape, je fais mon lit et c'est mon activité principale qui commence : j’écris, je lis et regarde la TV en alternance, selon l'intérêt de la TV, et ce, assis (couché) sur mon lit (en effet, l'inconfort des chaises rend son usage « intensif » douloureux pour mon céans). Bref, on prend ses aises et pourquoi s'en priver.
Toute cette activité nous amène à 11 h 30 (heure du repas).
Mais entre temps, il y a eu, presque chaque jour, des visites ou des déplacements, des "activités".
Ainsi donc, ce matin, mardi, j'ai été appelé à l'infirmerie, pour une prise de sang (vérification du cholestérol), puis, pour aller apporter mon linge (sale) au parloir, pour qu'il soit donné (après vérification) à Maman, demain. Le fait que mon co-locataire soit le bibliothécaire-écrivain public de notre secteur « jeunes », provoque des déplacements supplémentaires et des visites (apport du journal quotidien) et/ou passage d'un détenu qui vient demander un conseil ou la rédaction d'une lettre.
En principe, ces courriers se font à la bibliothèque, mais parfois, c'est dans notre cellule, tout dépend de l'humeur du surveillant.
L'après-midi ressemble, en tout point, à la matinée, jusqu'à 17 h 30 (heure du repas du soir), après c'est la nuit.
Les autres "visites" sont principalement la livraison des produits cantinés, il y a des livraisons presque chaque jour, parfois même deux. Il y a la buanderie : changement des draps le lundi matin (chaque 15 jours) et la serviette + gant (chaque semaine), le mercredi. Il y a la livraison du courrier et, pour nous, le journal (que nous lisons en cellule avant qu'il soit mis en bibliothèque). Il y a le greffier qui a souvent quelque document à remettre ou à faire signer, c'est lui qui fait le lien entre le tribunal et nous.
J'allais oublier de parler des "roulées", des "tiges", en fait des cigarettes. Il est vrai qu'avant, j'étais à un étage, dit de jeunes qui souvent ne sont pas très riches et, en tout cas, pas très bien organisés. Ils ne savent pas prévoir leur semaine (il y a une livraison (cantine tabac) chaque semaine) et dès le vendredi jusqu'au mercredi suivant, c'est le défilé ou plutôt la demande, à tout moment, à la porte des cellules, dans les couloirs, à l'infirmerie, au parloir, bref tout le temps. C'est au moins 5 ou 6 demandes par jour.
En prison, la proportion de fumeurs est importante.
Mais, pour moi, c'est simple, je ne fume pas. Un de mes co-locataires ne fume que des Gauloises. En fait, les jeunes fument surtout des blondes ou roulent leurs cigarettes (moins chères).
On peut dire que la cigarette est l'objet de toutes les convoitises, la source d'animosité et de conflit aussi bien chez les jeunes que chez les adultes.
Notre 3ème co-locataire fume des blondes et de plus, il est généreux et "dépanne" souvent les quémandeurs. Sa popularité, son ancienneté, le bouche à oreille, sa générosité font qu'il est, à chaque instant, sollicité.
Une grande partie des mouvements "mal contrôlés" dans les couloirs a pour origine la cigarette (qui manque).
Il faut reconnaître que, si le tabac est néfaste pour la santé…, en prison, il a une valeur « calmante » indéniable. S’arrêter de fumer (en prison) semble un exploit… « Commencer à fumer » n’est pas l’exception.
Je te fais une petite parenthèse pour t’expliquer comment se fume une roulée, ici.
En effet, beaucoup de détenus fument des roulées dont la base est du tabac blond et la feuille de papier à une cigarette. Pour faire des économies de tabac, le fumeur fabrique une espèce de filtre à partir de papier cartonné (qui ne filtre rien, bien sûr). La cigarette, ainsi faite, certes avec moins de tabac qu’une cigarette du commerce, n’a donc pas de filtre. Comme tout est fumé, le mégot étant le cartonné, je pense que c’est encore plus néfaste qu’une cigarette avec filtre.
Tout au long de la semaine, "nous" avons un certain nombre d’activités « proposées ».
Par semaine : la bibliothèque : 3 x 1 heure, pour l'échange de livres et la consultation d'un certain nombre de volumes qui "ne sortent pas", il s'agit essentiellement d'encyclopédies, dictionnaires.
Chaque matin, à 8 h 15 et chaque après-midi, il y a "sport" collectif, gym ou foot /hand-ball, avec un moniteur. Il s'adresse à tout notre étage, mais nous (les vieux) nous n'y participons pas. Il y a aussi, une salle de musculation. N'étant pas, par goût, sportif, je n'ai pas envie d'y participer.
Par ailleurs, c’est en sport (et en promenade) que, souvent, se règle un certain nombre de comptes.
De plus, le temps ne m'invite pas à profiter de l'extérieur.
Nouveau pour moi :
deux rendez-vous hebdomadaires : Ecole. Je me suis inscrit au cours de philo, le jeudi de 14 h à 16 h, et en informatique, le vendredi de 15 h 30 à 17 heures. En philo, nous sommes, en principe, une dizaine, mais, en pratique, le dernier cours : 6. L'animateur est un prof de philo de lycée. En fait, c'est un groupe de réflexion sur un thème central "annuel". Mais l'actualité permet des digressions ou parenthèses...
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Rajout :
J’aime bien comment tu racontes, ta vie au chtar.
Pour moi, c’était quand même un endroit où je m’emmerdais, pas triste.
Je suis moins cool que toi. Il est vrai que le calme n’existe pas, et que le bruit, les cris des mecs et le reste sont là pour t’aider à péter les plombs.
Cà se voit que tu n’es pas fumeur. Pour moi, pour les fumeurs, c’est un peu une drogue qui permet d’occuper et de se doper : quand t’as rien, pas de tabac, il faut bien en trouver.
D’Alex, le 21/01/07
Surpopulation : Par expérience, je sais que de nombreux jeunes (surtout) préfèrent être à trois que seul… Ce qui est plus déplorable, c’est que les infrastructures ne suivent pas le surnombre (douches, salle de détente, sport, école, etc…) et de cela, on souffre…
De Paul Denis à Chris, le 22 mai 2007
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A travers : « 1019 jours de détention… ou la vie en prison, vue du dedans, comme si vous y étiez… » (index des notes sur la journée du 7 janvier)
Clémence et Paul Denis tentent de vous faire vivre le quotidien d’un détenu « moyen », pas inculte, mais pas VIP, non plus (vous avez l’intégral de ce bouquin, complété par vos questions / remarques et mes réponses…).
Nota : Sur la journée du 14 janvier, vous trouverez un lexique des mots qui méritent une explication et/ou un commentaire…
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Ma Prison… ou quelques questions qui fâchent… et des solutions proposées…
A travers ces pages, Paul Denis poursuit sa réflexion, il ne se considère plus comme un détenu, mais comme un observateur qui très souvent est devenu un confident.
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18.01.2008
Cellule de 4... en prison
La vie quotidienne, en prison, est souvent décevante, car monotone et sans surprise…
Le moral se maintient malgré le fait que l'inactivité et le sentiment de ne servir à rien commencent à me peser.
Tu m’as interrogé sur l’alcool et le vin. Ceux-ci sont strictement interdits depuis quelques années, sous toutes ses formes, ainsi même certains après-rasages ou déodorants sont « interdits » de séjour en détention.
Pour ma part, je m’y fais, mais, j’avoue qu’un peu de vin avec le fromage me manque…
Aujourd'hui, je vais te parler de l'organisation de notre vie plus intime, dans nos 20 m2 – (nous parlerons, une autre fois de la cellule pour deux), et où nous ne sommes que trois, donc en surface le double d'une cellule pour 2, et, en pratique, plus d'espace vital et de confort. Avec 2 lits à étage (moi, je suis en haut de l'un), 4 chaises, en principe 2 tables (nous en avons trois), en principe 2 armoires (nous en avons 3). Nous bénéficions d'un "vrai" coin "toilettes", avec WC et lavabo, quand je dis "vrai", en fait cela veut dire que ceux-ci sont dans un coin avec deux cloisons, une de 1,9 m de haut, une autre de 1,2 m avec une porte.
Ce niveau de confort qui n'existe pas dans les cellules de 2, permet une "certaine" intimité lorsqu'il faut aller aux toilettes, se laver ou se changer.
Bien sûr, tout dépend des co-locataires, mais je dois dire que je suis bien tombé et qu'à ce niveau, il n'y a pas d'ambiguïté et la discrétion est de rigueur (chacun a son heure).
Evidemment, nous n'avons pas d'eau chaude et pas de vrais robinets, tout est à poussoir - ce, pour éviter, je pense, les robinets qui coulent tout le temps et les inondations (volontaires).
Au niveau décor, tout notre étage a été repeint en juillet 2001, et notre cellule est impeccable (encore une exception, par rapport à ce que j'ai pu voir plus tard), en peinture jaune cassée et bleue et plafond blanc. Il est interdit de fixer quelque chose aux murs si ce n'est sur un panneau (matérialisé par une autre couleur de peinture). Le nôtre comprend : quelques photos de chanteuses (découpées dans des revues), un calendrier (planning), une table de conversion (franc/euro), la pensée d'Albert Camus (dont je t'ai déjà parlé), un éphéméride (calendrier - feuille à feuille), le planning des cantines.
Pour compléter notre décor, il ne faut pas faire abstraction du décor (utilitaire) que sont les chaussures (alignées au sol), et les séchoirs (du type séchoir de radiateur) qui reçoivent les serviettes de bain (douche) et le linge que nous lavons sur place. Sur les tables : cruche pour chauffer l'eau, verre pour le café (Ricoré), les tables ont des niches (faux tiroirs) pour les papiers à lettres, livres, timbres, crayons à bille, courrier, etc... Bref, tout ce que tu veux. Le fait d'avoir chacun une table apporte un confort et une intimité supplémentaire très appréciée. C'est notre seul "chez nous". Chacun a la sienne et on ne se permettrait pas de fouiller dans celle du voisin.
Mais je te rappelle qu'il s'agit là d'une situation privilégiée, puisque, pour la majorité des autres détenus, ces deux objets (meubles) se partagent.
En fait, il faut reconnaître que l'individualisme est très cultivé : à chacun, ses affaires, tout se fait à l'individu, sauf le chauffage de l'eau pour le café (mais à chacun, son café), à chacun "sa" cantine. Le collectivisme et le partage sont rares. J'essaie de l'instaurer pour quelques situations particulières mais c'est dur : lavage de la vaisselle (individuelle) 2/3, le nettoyage de la cellule et des sanitaires : chacun son tour, j'essaie de le faire faire ensemble. Au repas, j'essaie et fais la proposition de partager : réponse (souvent) : "j'en ai". C'est vrai, mais ce n'est pas la même chose. En fait, je constate que si tu demandes, tu n'obtiens pas de refus, mais la proposition spontanée est rare. L’ambiance est bonne et ce qui précède ne fait partie que du détail.
J'ai oublié de préciser pour le décor, qu'est fixé au mur, un support TV, il est vrai que nous ne l'utilisons pas parce qu'il est mal situé et ne nous permettrait pas de voir la TV de nos lits. Au plafond, il y a 3 plafonniers qui sont actionnables de l'intérieur et de l'extérieur de la cellule. Il pourrait (l'interrupteur extérieur) être actionné la nuit, lors des rondes (mais il y en a fort peu), je pense ne l'avoir vu s'allumer qu'une fois depuis que je suis là, et encore, je pense que c'était pour s'amuser...
Il n'y a qu'une prise de courant : un problème qui oblige l'emploi de multiples rallonges (6) et de plusieurs multiprises (5) qui, sur une seule prise, alimentent : TV, frigo, thermoplongeurs (3), radio. Et cela ne saute pas...
Au niveau de la "sécurité", car sécurité, il devrait y avoir, la porte est équipée d'un oeilleton qui permet de voir de l'extérieur (pendant les rondes). En plus de cela, il y a normalement un système d'interphone et de haut parleur, couplé à un système d'écoute. Mais dans notre zone (étage), ce système ne fonctionne pas.
Bref, de la sécurité, il n'y en a pas, et ce, pas plus le jour que la nuit. Pour le jour, si on veut faire ouvrir la porte, il faut mettre (passer) une feuille de papier dans la porte, on appelle cela un drapeau… ! Le surveillant vient quand il la voit, s’il le veut ou en a envie. Si cela tarde, c'est souvent (pas chez nous), des cris et interpellations "surveillant" et des coups dans la porte. La nuit, il y a encore moins de sécurité puisqu'il n'y a que 2 ou 3 passages sur l'étage et une écoute plus que superficielle (à mon avis, la durée de passage ne doit pas excéder la minute).
Inutile de dire que s'il devait y avoir (ou lorsqu’il y a) "un pétage de plomb" et/ou une agression, ou, une maladie (crise) la nuit, l'issue et la résolution poseraient (posent) problème.
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Rajout :
J’ai connu aussi, mais on était 6, mais à 6 dans une cellule double, c’est mieux qu’à 3 dans une cellule de 2. De plus, le coin toilettes est mieux.
Pour la déco, j’ai rien connu de cool, c’était toujours limite pour ne pas dire crade et délabré vieille peinture sâle qui s’écaille et du scotch, partout… On voulait repeindre, mais ils n’ont pas voulu nous donner de la peinture… on aurait pu rendre la piaule plus acceptable.
Cà c’est vrai, en prison, c’est chacun pour soi. De toute façon, t’es obligé, si tu es trop bon et tout juste cool, tu te fais baiser chaque fois et on te rend jamais ce que tu « prêtes ».
Il est vrai que pour se faire entendre, il fallait souvent gueuler ou taper dans la porte, mais bon, je comprends que tu n’aimais pas, mais on avait pas le choix, si on voulait sortir, demander quelque chose et pas louper un RDV (parloir ou autre).
De Alex, le 21/01/07
Pour compléter Alex. Mon avocat venait souvent (chaque fois que nécessaire) me voir. Chaque fois ou presque, il était « obligé » de m’attendre parfois une bonne demi-heure, au point qu’il me demandait… « Mais que faisais-tu ? »…
9 fois sur 10 (avant d’être écrivain), j’étais en cellule, à ne rien faire, donc disponible. Lui était à peine surpris… et il se prenait du boulot car il savait qu’il allait attendre…
Tout cela dit, pour vous faire comprendre que « passer un coup de fil à l’étage où tu habites, pour prévenir que tu es attendu par ton avocat, n’est pas une chose simple… en prison…
De qui se moque-t-on ? Qu’on fasse attendre un détenu qui n’a rien à faire, certes, mais faire poiroter un avocat qui est souvent surbooké… c’est d’un sans gêne que je ne peux admettre, encore aujourd’hui, j’en suis révolté. Je me rappelle en avoir fait la réflexion (poliment), réponse : « c’est pas moi… »
De Paul Denis, le 22/01/07 à 19 h
Une fidèle… déjà, merci de votre participation. Ma conviction est la même que la vôtre, Jacqueline, il faut que tout le monde puisse « connaître la vérité sur ce qu’est une prison française ».
Mes états d’âme, vous allez les connaître dans quelques notes… et aussi mes inquiétudes sur le bien-fondé de la prison actuelle qui met à l’ombre, mais qui n’améliore pas l’individu.
Je ne sais si je suis quelqu’un de bien, sûrement pas puisque mon pays m’a condamné… Mais quoiqu’il arrive, en chaque circonstance, j’essaie d’assumer mes convictions et je ne veux pas que ma conscience me reproche de n’avoir pas fait ce qu’il fallait pour aider mon semblable en difficulté. Je suis comme cela et je ne veux pas en changer, je m’y trouve bien…
Tout le monde (les politiques) dit qu’il faut modifier la Justice, mais rien n’est fait depuis des décennies. Mon témoignage qui m’est propre et ne reflète pas la vision que certains ont de la prison, car j’ai conscience d’être un privilégié… en ayant un emploi (écrivain public) qui correspondait à mes aspirations de justice et de l’idée que je me fais de l’être humain qui mérite une aide plus qu’un punition…
De plus, je n’ai été quand dans deux prisons, somme toute, acceptables, mais j’en ai entendu de bonnes, et si je n’en parle pas trop, c’est parce que je crains (j’espère) que mes informateurs exagéraient la vérité en la noircissant.
Ce qui serait bien, c’est que d’anciens détenus, comme Alex, puisse apporter leurs témoignages sur d’autres lieux… C’est un appel…
De Paul Denis à Jacqueline, le 22 janvier 2007 à 23 h.
Si vous n'étiez pas là à qui s'adresser pour tous ces renseignements qui semblent peut-être futiles aux yeux de certains. Tant que je n’avais pas touché le milieu carcéral, j'avoue que ce n'était pas ma préoccupation mais depuis que mon mari a été incarcéré mon opinion sur la population carcérale a changé. Il faut malheureusement connaitre ce drame pour comprendre les autres. Dominique
Il est vrai que la prison et la chose judiciaire ont su se cacher et se protéger des indiscrets… pour mieux se gérer sans contrôle. Il semble que ce temps est révolu… Tant mieux. Pour ma part, avant d’y être passé, j’étais comme toi et tout le monde…indifférent… C’est l’inquiétude que j’ai senti dans ma famille (et le temps libre) qui m’ont fait écrire tout cela… Je suis heureux de pouvoir vous en faire partager le contenu… s’il peut vous aider…
Il faut m’aider à le (le blog) faire connaître afin que le maximum de familles puisse mieux passer ce moment difficile…Paul Denis
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A travers : « 1019 jours de détention… ou la vie en prison, vue du dedans, comme si vous y étiez… » (index des notes sur la journée du 7 janvier)
Clémence et Paul Denis tentent de vous faire vivre le quotidien d’un détenu « moyen », pas inculte, mais pas VIP, non plus (vous avez l’intégral de ce bouquin, complété par vos questions / remarques et mes réponses…).
Nota : Sur la journée du 14 janvier, vous trouverez un lexique des mots qui méritent une explication et/ou un commentaire…
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Ma Prison… ou quelques questions qui fâchent… et des solutions proposées…
A travers ces pages, Paul Denis poursuit sa réflexion, il ne se considère plus comme un détenu, mais comme un observateur qui très souvent est devenu un confident.
Vous trouverez, sur la journée du 17 mai les dates de parution de mes articles…
……
Les bouquins de Paul DENYS n’ont pas encore trouvé d’éditeur.
Si vous désirez avoir leur version papier, vous pouvez acquérir (l’un ou l’autre ou les deux) en envoyant, par volume, un chèque de 17 € (frais d’envoi compris) à TOP SERVICES, 7 Bld d’Alsace à 57070 METZ. Pour 10 €, je peux vous l’envoyer par e-mail (150 pages A4 ou 220 pages A4).
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03:10 Publié dans Ambiance, Vie privée, en Prison , Description des lieux (la prison) , Vie quotidienne en Prison | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : Justice, Prison, Maison d'Arrêt, Centre de détention
16.01.2008
Organisation des lieux
Continuons la visite…
Avant de poursuivre, je pense qu'il faut que je te décrive la topographie et l'organisation des lieux.
Certes, on ne les découvre qu'au fur et à mesure des déplacements. Il n'y a pas de visite "guidée"...
Souvent un « plus ancien » voit ton désarroi et te guide… Solidarité oblige…
Comme déjà dit, il y a une multitude de portes gardées, l'ouverture est électromagnétique (et bruyante) et commandée manuellement, de visu (c'est-à-dire que le surveillant qui ouvre une porte, la voit et voit qui arrive), sur chaque porte, il est rappelé que tu dois passer au kiosque (sorte de grande guérite vitrée où le surveillant se trouve), il est censé noter tous les mouvements (de son étage) sur un cahier et toi, tu dois t'identifier et dire où tu vas. Il est vrai qu'avec le temps, comme tu es "connu", les passages sont simplifiés et se font un peu par mime et signe à distance. De plus, comme les portes ne peuvent être ouvertes que l’une après l’autre, les déplacements se font donc lentement….
Mais comme nous avons tout le temps, ce n'est pas une grande servitude.
Pour la disposition des étages, il y a six niveaux, chaque étage est, en théorie, quasi-autonome et spécialisé. La circulation entre les étages est interdite.
Il y a deux étages "travailleurs", ceux qui travaillent aux ateliers de la prison pour "gagner" un peu de sous - surtout de la manipulation et du conditionnement (ex. : mettre des agrafes dans leur boîte...).
Les 3 autres se répartissent le reste qui est quelque peu trié, en raison de leur dangerosité et/ou de leur pays d'origine. Mais tout cela est théorique et très mal géré.
Certains étages sont réputés plus bruyants ou plus perturbés (bagarres fréquentes). Tout est fait pour que si deux gars sont dans la même affaire, ils ne puissent pas se rencontrer (mais je crains fort que ce ne soit qu'un voeu pieux).
Au RDC, il y a peu de détenus (des arrivants en soirée (première nuit), des cas ou des handicapés + le mitard (cachot) - 10 places + les auxi-services généraux) + surtout, des bureaux pour les gradés et les intervenants (travailleurs sociaux et autres).
Sur chaque étage, il y a une bonne centaine de gars, en cellule de 1, 2 (beaucoup) ou 4 personnes (très peu).
Chaque cellule fait 9 m2 et est prévue pour 2, avec un lit superposé, une petite table (pour 2) de 50 x 70, une armoire avec étagères et penderie de 60 x 60 (pour 2), un lavabo, un WC, 2 chaises. Tu vois que c'est assez spartiate, et les m2 sont comptés. Il y a bien sûr une fenêtre de 2 m x 1,2 m, munie de barreaux et de fenêtres coulissantes (glissières) de 12 cm de large sur 60. Le chauffage se fait par le sol et est peu efficace. En théorie, les différents éléments (pas les chaises - type formica) sont fixés au sol.
Au centre de l'étage, l'escalier central du bâtiment, avec son kiosque et trois portes (l'entrée de l'étage + 2 portes pour casser l'étage), un très large couloir central de 4,5 m de large et de part et d'autre, les cellules. Sur l'étage également, une ou deux salles d'attente ou d'activités.
Il y a aussi, 3 blocs de 2 douches, 1 de 5 (certaines fonctionnent très mal - elles sont en cours de rénovation depuis x mois), quelques salles spécialisées pour tous les étages (bibliothèque, salle de lecture, coiffeur, jeux de société, aumônerie, etc…). Il y a au RDC, les salles de classe et informatique.
Il y a aussi des secteurs spécialisés et à part, en particulier, l'infirmerie avec beaucoup de pièces (pharmacie, radio, salle de soins, salle de visite médecins, salle d'attente, dentiste, ophtalmo, secrétariat, etc...). Il y a aussi un secteur cuisine + buanderie + stockage + secteur "femmes" (une vingtaine). Ce quartier-là, je ne le connais pas du tout. Il y a une autre aile du bâtiment avec un secteur psychiatrie + 2 étages pour les jeunes (13-17) + (18-21 ans). J'allais oublier le secteur "parloir", le plus près de la sortie (ou de l'entrée - comme on veut le voir...) avec une grande salle polyvalente qui sert de chapelle, salle de spectacles et cinéma + accès au parloir "familles" (boxe individuel ouvert de 70 de largeur x 100 de profondeur, avec une table pour séparer visiteur-visité), les visites sont limitées à 3 personnes qui ont sollicité et obtenu un permis de visite + 1 parloir dit "avocat" où ton avocat peut venir te voir dans un boxe "fermé".
Pendant 4 mois, j'ai été "logé" dans l'aile "jeunes" au 1er étage. Au 2ème, il y avait les "minous" - 13-17 ans, où tout est permis, très bruyant, avec un éducateur-surveillant - en fait, ils ont à peu près tout ce qu'ils veulent. Moi, j'étais à l'étage "JA"- Jeunes Adultes (18-21 ans), non pas parce que j'ai entre 18-21 ans, mais parce qu'il reçoit également (dans un fond de couloir) une dizaine de "vieux", très calmes, en raison de leur âge ou de leur origine sociale.
Ainsi donc, moi, je suis avec un ancien pompier et un ancien éducateur, nous sommes trois dans une cellule de 4 (nous en reparlerons).
Il y a aussi le secteur des travailleurs (auxi). En fait, les auxiliaires s'occupent de l'entretien général des parties communes (en fait des femmes-hommes de ménage) + services communs (cuisine, buanderie, etc...). Ce sont des détenus comme nous, mais qui travaillent et sont payés, selon l'emploi entre 110 et 190 Euros/mois. Ainsi, moi, je suis auxi "bibliothécaire-écrivain-documentaliste" - c'est ce qui est mis sur ma porte, en plus de mon nom et du n° d'écrou.
Voilà, pour la description sommaire des lieux, au demeurant assez neuf (datant de 1979), en état moyen (sauf les sanitaires qui, depuis longtemps, auraient mérité la rénovation en cours...), assez lumineux - beaucoup de panneaux (murs) sont vitrés par l'alternance de bande béton + bande vitrée (de 12 cm de large).
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Rajout :
A te lire, je reconnais bien la Maison d’Arrêt de Metz… J’ai été à 3 dans une cellule de 2, c’était un peu à l’étroit mais je dois avouer que pour délirer, à 3, c’est mieux.
Au niveau hygiène, c’était un peu crade – lavabo fêlé, qui fuyait, WC sans cloison, c’est un peu osé et désagréable même devant ses potes.
Après, il y a eu une cloison pour cacher le WC et le lavabo…mais les odeurs restent… et comme on est enfermé 24h/24… toujours ensemble, on a pas le choix… quand il faut y aller, il faut y aller, tu piges ??????
De Alex, le 21/01/07
Ta réflexion est tout à fait pertinente, et je bondis, chaque fois qu’un VIP prétend être apte à faire revivre une détention « moyenne ». Même moi, je ne prétends pas être ce détenu moyen et l’apport qu’Alex nous apporte / apportera me semble du plus grand intérêt… Un jeune délinquant ou non, n’est pas un vieux délinquant ou non… ne croyez-vous pas ?
A ce jour, je n’ai trouvé sur Internet et le logiciel des libraires « Electre », aucun livre comparable à ce que j’ai fait, ce fut une de mes motivations, il y a « plein » de témoignages d’intervenants (psy, aumôniers, visiteurs de prisons, etc…), mais pas de détenu, et comme je l’ai déjà dit, si je n’avais pas fait le « gros » du travail, en détention, comme les autres, je n’aurais pas eu à cœur de me remettre tout cela en tête. Encore aujourd’hui, parfois… cela remonte… et ce n’est pas agréable.
Rappel : un détenu coûte entre 90 à 120 € par jour…. C’est de la folie, car cette détention est souvent inutile, nous en reparlerons, en effet… Ce que les détenus demandent, ce n’est pas un confort, mais un cadre décent, propre et qui respecte l’être humain… Vaste programme…
De Paul Denis à Christian, le 21 janvier 2007
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A travers : « 1019 jours de détention… ou la vie en prison, vue du dedans, comme si vous y étiez… » (index des notes sur la journée du 7 janvier)
Clémence et Paul Denis tentent de vous faire vivre le quotidien d’un détenu « moyen », pas inculte, mais pas VIP, non plus (vous avez l’intégral de ce bouquin, complété par vos questions / remarques et mes réponses…).
Nota : Sur la journée du 14 janvier, vous trouverez un lexique des mots qui méritent une explication et/ou un commentaire…
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Ma Prison… ou quelques questions qui fâchent… et des solutions proposées…
A travers ces pages, Paul Denis poursuit sa réflexion, il ne se considère plus comme un détenu, mais comme un observateur qui très souvent est devenu un confident.
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Si vous désirez avoir leur version papier, vous pouvez acquérir (l’un ou l’autre ou les deux) en envoyant, par volume, un chèque de 17 € (frais d’envoi compris) à TOP SERVICES, 7 Bld d’Alsace à 57070 METZ. Pour 10 €, je peux vous l’envoyer par e-mail (150 pages A4 ou 220 pages A4).
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03:05 Publié dans Ambiance, Vie privée, en Prison , Description des lieux (la prison) , Vie quotidienne en Prison | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Justice, Prison, Maison d'Arrêt, Centre de détention
14.01.2008
Lexique : des mots à connaitre...
Quelques « mots » à connaître…
Affaire : la procédure contre une personne.
Aide juridictionnelle : prise en charge totale ou partielle (selon les revenus du demandeur) des frais d’avocat (forfaitaires) par la Justice. On peut choisir son avocat, il n’est pas obligé d’accepter.
Ajourner : = renvoyer à une date indéterminée.
Alcool : strictement interdit en prison.
Aménagement de peines : régime d’exécution d’une peine, en alternative à la prison ferme. Les plus usuelles sont : la libération conditionnelle, la semi-liberté, le bracelet électronique, le placement extérieur.
Nota : Le soulignement signifie le terme est expliqué par ailleurs.
Amende : somme d’argent à payer, en réparation, pour dédommager la société.
Amende douanière : amende au profit de l’Etat français, par une personne condamnée, en raison d’actions illicites (stupéfiants).
Appel : voie « normale » de recours, en vue de réformer ou d’annuler une décision prise, en premier ressort. Doit être fait dans les 10 jours. En général, l’appel est suspensif de l’exécution de la peine. Ne pas faire appel signifie, en pratique, que tu es d’accord avec le jugement en premier ressort. Le procureur a deux mois pour faire appel, s’il juge la sentence rendue (condamnation) insuffisante.
Argent : ne peut entrer (être envoyé) à un détenu que par « mandat-cash » de La Poste. Espèces et chèques ne sont pas autorisés. Il alimente les pécules.
Arrêt : se dit des décisions des juges en matière criminelle, ou en Cour d’appel ou en Cour de Cassation.
Assignation : acte de procédure qui permet à un « demandeur » d’informer son « adversaire » qu’il engage un procès contre lui et l’invite à comparaître devant une juridiction. L’assignation est faite par un huissier de justice.
ATD : Avis à Tiers Détenteur : Saisie-attribution permettant aux comptables publics de demander à tout tiers, détenant (ou devant) des sommes appartenant à un redevable d’impôts.
Attendre : l’attente est la principale activité de tout détenu. Ne pas savoir « attendre » rend la détention… invivable…
Audience : séance au cours de laquelle une juridiction prend connaissance des prétentions des parties, instruit un procès, entend les plaidoiries et rend son jugement. Le plus sou-vent, l’audience est publique, donc tout le monde peut y assister.
Autorité parentale : son retrait n’est pas automatique, il peut être ordonné par le juge, en cas de délit ou crime, commis sur la personne d’un enfant (ou avec sa complicité). Le retrait de l’autorité parentale enlève tous droits et devoirs, vis-à-vis du ou des enfants. Son retrait partiel maintient (en général) le droit de visite et les droits et devoirs de surveiller l’entretien et l’éducation de l’enfant.
Auxi. : auxiliaire = détenu assurant (contre rémunération, environ 120 €/mois) les services généraux et l’entretien des parties communes, quelques emplois (cuisine, en général, en appoint au personnel pénitentiel).
Aveux : parfois spontanés, souvent « arrachés » lors de la garde à vue. En théorie, il est possible de revenir sur des aveux. En pratique, ce qui a été avoué, reste souvent la vérité,
ou, pour le moins, l’intime-conviction de l’enquêteur et des juges…
Avocat : son rôle = conseiller, représenter (à la place de), défendre. Il peut être choisi (payant) ou « commis d’office ». On peut le rencontrer « sans témoin ». Les honoraires d’un avocat (payant) sont dits « libres », donc, discutés de gré à gré. Il est préférable de prévoir une convention d’honoraires, en début de procédure pour éviter les mauvaises surprises. Les honoraires sont fonction de la difficulté du dossier, de la notoriété de l’avocat, de la solvabilité/richesse du mis en cause.
Avocat général : il a le même rôle que le procureur, mais il exerce auprès de la Cour d’appel et en Cour de cassation.
Balance : = poucave : un mouchard, celui qui rapporte ce qu’il a entendu (en le déformant parfois – souvent).
Barreau : l’ensemble des avocats, mais aussi un accessoire des fenêtres de prison… On vérifie, régulièrement, leur solidité… !
Bracelets : menottes, pinces, entraves.
Bricard : gradé, chef de bâtiment (brigadier).
Bruit : une des sources de stress les plus difficiles à supporter en prison, pour un être « normal ». Ils sont une origine multiple et le fruit d’un certain incivisme et/ou d’une provocation « gratuite ». Une façon, peut-être de s’affirmer… Assurément une gêne, même pour les plus tolérants. Certains sont « indispensables », la majorité pourrait être atténuée.
Cannabis : haschisch : Produit interdit, mais qui circule bien. C’est une réalité. Il est source de trafic. Un joint = une cigarette s’échange contre un paquet de Malboro… On estime à 15/20 g la consommation personnelle d’un détenu « consommateur régulier ». Il est fréquent que quelques bouffées soient offertes à ses potes… Il arrive par « parachute », au-dessus des murs, ou par le parloir… En fait, aux dires des utilisateurs, cela permet de « débrancher » quelques instants…. En prison, pas toujours de bonne qualité. On l’appelle aussi shit, bedo, joint.
Cantiner : acheter à partir de listes pré-établies. C’est un peu plus cher que dans un supermarché « pour tenir compte des frais de l’administration » ( !). Permet d’améliorer l’ordinaire de celui qui a de l’argent. On ne peut pas acheter des produits contenant de l’alcool (sous toutes ses formes) ou du gaz (spray coiffant, bombe de crème à raser)… !
CD : Centre de Détention.
Cellule : lieu d’hébergement et de vie d’un détenu = 9 m². On y est parfois seul (en CD), souvent à 2 (en MA), parfois plus… D’un établissement à l’autre, le confort peut varier. En changeant de lieu, on peut passer d’un taudis à une chambre d’hôtel… et vice versa…
Centre de détention : = CD. Il ne regroupe que des condamnés à des peines moyennes ou longues. Il doit prévoir la resocialisation du détenu et prévoir sa réinsertion. En cellule « seul », régime « ouvert ».
Centrale (maison) : Elle bénéficie d’un système de sécurité renforcée et contient des condamnés « dangereux » ou « difficiles » qui sont là pour une longue peine (plus de 5 ans). En cellule « seul », régime « fermé », sauf pour les activités qui peuvent être communes. Les mouvements sont accompagnés par un surveillant.
Certificat de présence : attestation faite par l’établissement pénitentiaire qui certifie (justifie) la présence du détenu dans ses murs. Il indique, de plus, la date d’entrée en prison, même si ce fut dans un autre établissement. Il ne peut être refusé. Il n’y a pas à justifier de son usage. Il peut être utile à la famille pour obtenir certaines aides…
Chambre de Conseil : juridiction civile qui siège sans publicité (sans public)
Chtar : = prison, gnouf, mais aussi mitard (= cachot).
Citation : convocation en justice ordonnant à une personne de se présenter devant un tribunal. Elle est délivrée par un huissier, un greffier ou un officier de police judiciaire.
Classé : détenu affecté à un travail (atelier ou auxi) ou en formation. Le classement est décidé par la Commission d’affectation. On peut être déclassé (c’est une sanction).
Code pénal : CP = Livre volumineux qui renferme tous les textes législatifs, concernant la répression des infractions ou crimes, sous toutes ses formes. Il fixe les peines maximales.
Code de Procédure Pénale : CPP = Le complément indispensable du CP. C’est lui qui renferme les conditions d’application du CP et le déroulement des procédures.
Colis de Noël : peut être amené, lors du parloir = 5 kgs de victuailles en 1 ou 2 colis (liste de produits interdits (autorisés), fournie par l’établissement pénitentiaire – peut varier d’un établissement à l’autre. Il ne peut pas être envoyé. Le Secours catholique est autorisé à faire le relais.
Commandement de payer : acte signifié au débiteur, par l’intermédiaire d’un huissier de justice, l’invitant à payer sous peine d’être saisi.
Commis d’office : se dit d’un avocat qui est chargé par l’ordre des avocats d’assister un délinquant ou sa victime. Les frais (forfaitaires) de l’avocat sont pris en charge par la Justice. En principe, on ne peut choisir son avocat commis d’office. Il existe, en permanence, dans chaque tribunal, un ou des avocats commis d’office.
Commission de discipline : c’est elle qui fixe les sanctions (cf. prétoire). On peut y être assisté d’un avocat.
Commission rogatoire : acte par lequel un magistrat délègue ses pouvoirs à un autre magistrat ou un officier de police judiciaire pour qu’il exécute, à sa place, un acte d’instruction.
Comparution immédiate : se dit d’un jugement qui a lieu, tout de suite (ou rapidement) sans instruction complémentaire, à la suite de la garde à vue.
Condamné : personne ayant été jugée (définitivement = toutes voies de recours utilisées) et qui purge sa peine, en général, en prison (Centre de détention ou Centrale si la peine à exécuter restante est supérieure à un an). Il a une peine à exécuter et/ou une amende à payer.
Confusion de peines : mesure judiciaire qui tend à reconnaître qu’une peine peut être assimilée (superposée) à une autre. Le temps de détention s’en trouve réduit d’autant. Elle peut être totale ou partielle. Elle peut être demandée au cours d’un jugement ou par la suite.
Constitution de partie civile : acte par lequel une victime d’un crime ou d’un délit informe la Cour d’Assises ou le Tribunal correctionnel et le prévenu ou l’accusé qu’elle demande réparation de son préjudice. La victime peut se constituer « partie civile » au moment où elle porte plainte, ou à tout moment jusqu’au jour du jugement. C’est souvent une indemnisation financière.
Contraint judiciaire : contrainte par corps = personne maintenue en prison au-delà de la fin de sa peine, en cas de non-paiement d’une ou de plusieurs peines d’amendes (fiscales ou douanières). Cette décision de maintien ne peut être prononcée contre un condamné qui justifie de son insolvabilité. Sa durée est variable de 5 jours à 4 mois (de 4 mois à 2 ans, en matière de stupéfiants).
Contravention : infraction la moins grave avant les délits et les crimes, sanctionnée par des peines (amendes (maximum 3.000 €), privation de certains droits).
Contumace : procédure criminelle destinée au jugement d’un accusé ayant fui la justice. On parle de « jugement par contumace ».
Cour d’Assises : juridiction compétente pour juger les crimes ; elle est composée de 3 magistrats et de 9 jurés (personnes tirées au sort, à partir des listes électorales).
Cour de Cassation : juridiction placée au sommet de la hiérarchie pour les juridictions civiles et pénales de l’ordre judiciaire. Pour y faire appel (pourvoi en cassation), il faut qu’elle puisse statuer sur des questions de droit (la forme) et non sur le fond (le bien-fondé de la peine).
Cour de révision : juridiction qui peut ordonner un nouveau jugement, lorsque vient à se produire ou à se révéler un fait nouveau ou un élément inconnu de la juridiction au jour du procès, de nature à faire naître un doute sur la culpabilité du condamné (on parle de recours en révision).
Cour Européenne des Droits de l’Homme : juridiction européenne pour sauvegarder les droits et libertés fondamentales de l’homme. Elle ne peut être saisie que si toutes les voies de recours ont été épuisées dans le pays ayant condamné en premier ressort.
Courrier : écrire et recevoir du courrier sont des besoins vitaux en prison. Ne pas oublier de souhaiter fête et anniversaire…
CP : Code Pénal.
CPP : Code de Procédure pénale.
CRP : Crédit de Remises de Peines.
Créance(s) : droit d’exiger la remise d’une somme d’argent, une dette, une obligation de payer. On parle de « créance certaine » lorsqu’elle est incontestable (donc, réellement due).
Crime : infraction de droit commun, laconiquement résumée par : atteinte volontaire à la vie ; atteinte grave à l’intégrité physique et psychique, … (peine de 10 ans à perpétuité).
Délibéré : phase d’un jugement pendant laquelle les magistrats se concertent avant de rendre leur décision à la majorité. Le délibéré est toujours secret. Il peut être différé (reporté à une date ultérieure).
Délit = infraction : action ou omission, définie par la loi pénale. Terme, en général, employé lorsque l’auteur est punissable de peines correctionnelles (emprisonnement de 6 mois à 10 ans, amende, etc…). Le Code Pénal (CP) définit les maximums. La juridiction fixe les peines applicables.
Détention : mesure d’incarcération d’un prévenu (avant jugement) ou d’un condamné (après jugement) = privation de liberté. La détention se fait en Maison d’Arrêt ou en Centre de détention ou en Centrale. Le régime carcéral varie selon la nature de l’établissement.
Détenu : = incarcéré. Celui qui est en prison (mis en détention). C’est un terme général qui englobe les « prévenus » et les « condamnés ».
Dispense : mesure par laquelle un juge qui a retenu la culpabilité du délinquant décide de ne prononcer aucune peine. Ce terme est aussi utilisé pour demander une dispense de « révocation d’un sursis », afin que le sursis ne soit pas mis en exécution.
Droits civiques : il s’agit principalement du droit de vote, d’éligibilité, du droit d’exercer une fonction juridictionnelle, etc… En général, le droit de vote n’est pas retiré, un détenu peut donc voter par « procuration ».
Ecrou extraditionnel (sous) : personne arrêtée et détenue sur le territoire français et réclamée par un autre pays ou vice-versa. Cet état peut durer un certain temps, en raison des vérifications et démarches administratives entre pays, prévues en la matière.
Enquête préliminaire : elle est ordonnée par le parquet (procureur), parfois longtemps avant l’audition du principal intéressé. Elle est confiée à un Officier de Police judiciaire (policier ou gendarme) qui a le temps, qui prend son temps pour connaître l’affaire. Il connaît, parfois, mieux ton affaire que toi… C’est, à mon avis, cette enquête qui déterminera toute la future procédure. Elle se termine par la garde à vue et/ou la mise en examen.
Entraves : menottes métalliques posées aux chevilles qui empêchent de marcher normalement. Elles sont utilisées pour de longs trajets ou pour les détenus « dangereux ». Souvent deux détenus sont entravés ensemble (chacun une cheville).
Escorte : policiers, gendarmes et/ou surveillants accompagnant le détenu lors de ses déplacements, hors de prison. Ils sont toujours au moins deux, souvent trois dont un gradé. Le port des menottes est de rigueur, au cas où… même si tu es malade, et sur un brancard… !
Etablissement pénitentiaire : = prison. Non seulement, il y a différents types de structures, mais, en plus, les conditions de détention varient considérablement d’un établissement à l’autre, dans une même catégorie… Il faut bien tomber…
Expédition : copie d’un jugement.
Expertises : il y en a de toutes sortes (psychologique, psychiatrique, médicale, matérielle). Elles sont souvent longues à arriver. Elles retardent donc le moment du jugement. On peut demander une contre-expertise…
Expulsion : tout individu qui n’a pas la nationalité française (ou un titre de séjour), est obligatoirement « expulsé » vers son pays d’origine ou un pays qui accepte de le recevoir.
Extradition : procédure d’entraide répressive internationale par laquelle un Etat accepte de livrer un délinquant qui se trouve sur son territoire à un autre Etat, pour que ce dernier puisse juger cette personne ou lui faire subir une peine.
Extrait (être) : sortie momentanée de prison, pour un motif médical ou judiciaire. Cette sortie se fait « encadrée » par la police, ou, la gendarmerie, ou, l’administration pénitentiaire. Pendant l’extraction, il n’est pas autorisé de communiquer avec sa famille ou tout autre personne (autre que son avocat).
Famille : le seul vrai lien qui reste avec l’extérieur. La famille est souvent aussi « victime » (punie) par la Justice, en raison de l’absence de la personne détenue… ! Pour visiter un détenu, chaque visiteur doit être en possession d’un permis de visite, délivré par l’établissement ou le juge d’instruction.
Familles (Accueil des) : toujours assuré par une association. Elle aide les familles qui attendent l’heure du parloir. Attention, en cas de retard au parloir, celui-ci est souvent « annulé », parfois « décalé ».
Fermé : régime « fermé » = régime carcéral normal en MA, C’est-à-dire, cellule fermée 24h/24, sauf pendant les activités (ou travail) soit 3h en matinée, 3h en après-midi. Donc, au moins, 18h/24, et souvent à 2…
Fille : un sujet de conversation… pour tous les âges… La présence de « surveillantes » ne compense pas « l’absente ». On parle aussi de meuf, copine, femme.
Fouille : avant et après chaque sortie ou contact avec quelqu’un de l’extérieur (parloir ou extraction) : étape obligée pour s’assurer que rien d’interdit ou de dangereux ne pénètre dans une prison. Souvent d’une efficacité relative… et/ou mal orientée… La cellule peut aussi faire l’objet d’une fouille…
Garantie de représentation : s’assurer que vous n’allez pas vous soustraire (fuir à l’étranger) à l’obligation de vous présenter devant la Justice. C’est le motif le plus invoqué pour « refuser » à un prévenu, une « libération provisoire ».
Garde à vue : = gnouf. 1ère étape de la quasi-totalité des procédures. Période d’interrogatoires faits par un Officier de Police judiciaire (police ou gendarmerie) qui peut durer 24 – 48 heures, jusqu’à 4 jours. Elle se passe toujours dans des conditions matérielles déplorables qui privent la personne interrogée de ces besoins fondamentaux que sont le repos, une nourriture acceptable, des conditions d’hygiène décentes.
Gars : on parle aussi de « raclo », « gadjo » (termes tirés du langage gitan).
Gradé : il est bon de les reconnaître… : 3 galons (droits) or = chef de détention ; 2 galons (droits) or = chef de bâtiment ; 2 galons (droits) argent = chef d’étage (1er surveillant) = sous-chef de bâtiment ; 1 ou 2 galons d’argent (cassés) : simples surveillants, la ou les barrette(s) étant un signe d’ancienneté et non de grade.
Grâces : elles sont accordées, à certains condamnés, par le Président de la République, à l’occasion de son élection, et chaque année, au 14 juillet. En 2004, elles ont été de 15 jours par mois restant à faire (maximum 4 mois). Si tu n’es pas incarcéré, 2 mois, quelle que soit la durée de la peine. Il y avait 28 exclusions dont trafic de stupéfiants, atteinte (crime et délit) à la personne d’un mineur de moins de 15 ans, violence/rébellion sur agent de la force publique, homicide involontaire à l’occasion de la conduite d’un véhicule, condamné à plus de 7 ans de peine… Ce qui fait beaucoup d’exclus… Voir « remise de peine »
Greffier : un officier public ou ministériel. Ils assistent les magistrats lors de l’audience, dressent les actes du greffe. Ils délivrent expédition des jugements. Il s’agit de fonctionnaires.
Guide du Prisonnier (le) : la Bible du prisonnier. Edité par l’O.I.P., il renferme l’essentiel des textes « utiles » au détenu. Il explique, en termes simples, le CP et le CPP. Il donne ses commentaires.
Huis-clos : hors de la présence du public. En France, la justice est publique. Lorsqu’un mineur (au moment des faits), accusé ou victime, est en cause, le huis-clos est, en général, demandé par le juge ou l’une des parties.
Imagination : avoir de l’imagination est dangereux, en prison. Car, si elle permet de s’évader, elle prévoit souvent, à tort, le pire… Le fait de « ne pas savoir » nourrit l’imaginaire… et les nuits… Toute vérité n’est, cependant, pas bonne à dire…
Infraction : synonyme de délit.
Injonction de payer : procédure qui permet de poursuivre le recouvrement des créances « certaines » civiles ou commer-ciales, en obte


