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06/02/2008

La Violence... en Prison

Comme tu le sais, dans une prison, c’est comme dans la vie « dehors », il y a de tout… et l’on ne choisit pas ses voisins… donc, il faut faire avec… et avec un peu de bon sens, la cohabitation est possible.
Ce qui ne veut pas dire que « tout » est facile et cool…

On m’interroge souvent, de dehors, sur la violence qui habite la prison. Je dirai qu’elle est latente et présente à chaque instant, mais aussi, qu’elle se manifeste rarement.
Il est vrai que des efforts sont faits pour l’éviter, mais pas tous les efforts (et mesures) qui pourraient l’être.
Pour expliquer le risque de conflits, il faut faire l’état de la population existante, ici, et en faire plusieurs recoupements.
En premier lieu, il y a les prévenus (ceux qui ne sont pas jugés) et qui sont donc en attente d’une décision qui ne leur appartient plus, puisque tout le monde le dit, ici et dehors, le jugement (audience) ne modifie que très rarement l’intime-conviction de la police (qui fait l’enquête) et des juges (procureur, juge d’instruction, juges) qui décident… à charge, trop rarement à décharge…
La deuxième catégorie de détenus est celle des condamnés : « ils exécutent » leur peine. En théorie, si la peine dépasse 12 mois, l’intéressé devrait quitter la Maison d’arrêt « rapidement » pour un Centre de détention (CD) où la vie et la réinsertion y sont meilleures…
Pour le départ en CD, en pratique, il n’y a pas de « normes » et l’impression est que c’est « à la tête du client ».
Cette première différenciation fait que le prévenu est « moins calme », plus « mal dans sa peau », en fait « plus inquiet », car même si l’on sait que l’on va être condamné, il reste toujours une « certaine » incertitude, de plus, venant d’arriver, il doit s’adapter à cette nouvelle « vie » et à ses contraintes, ce qui ne se fait pas toujours sans casse.
Le second critère qui fait que la violence peut naître, réside dans le fait que chacun a son « délit » : une bonne majorité de détenus sont là pour un problème de stupéfiants (consommation, dealer, passeur) et ils arrivent en rafale, un bon tiers fait l’objet d’accusations (vraies ou fausses) d’agressions sexuelles de toutes sortes (ils sont appelés les « pointeurs »).
A cela, il faut rajouter les voleurs, braqueurs, délits de la route et de l’alcool, agressions physiques et assassinat… Certains ne sont là, souvent, que pour quelques mois, mais ils reviennent « souvent ». Pour ma part, avec 2 ou 3 autres, peut-être, je suis l’exception qui ne rentre pas dans une catégorie à risques.
A ce critère, il faut rajouter celui de l’origine culturelle : 90 % d’origine étrangère, si ce n’est plus (beaucoup en 2ème génération), les 3/4 du Magreb, mais aussi des russes, colombiens, roumains, gitans, turcs, tchèques, etc…
A cela, se rajoute le critère d’âge, la moitié a moins de 35 ans, les plus vieux (plus de 50 ans) sont très souvent, a priori, qualifiés de « pointeurs », même si ce n’est pas le cas : à toi d’imposer la vérité et la différence….
Il y a aussi les clans et, en particulier, celui des « stupéfiants » qui fait bloc et méprise les autres. Le mépris se manifeste physiquement et, ainsi, s’il est « coutume » de se serrer la main pour se dire bonjour ou lorsque l’on arrive dans un groupe (activité ou bibliothèque ou autre), beaucoup refusent de serrer la main aux pointeurs.
Une des premières préoccupations, lors de l’arrivée d’un nouveau, est de savoir « pourquoi » il est là, et les journaux sont souvent là pour relater le fait divers, ou, c’est l’interrogation directe : dissimuler ou transformer la vérité est très mal « appréciée » lorsque la vérité se sait.
Par obligation, je dirais que, « les pointeurs » sont particulièrement « protégés » par l’administration, et ce, non sans raison, car ils sont très souvent « agressés » verbalement et souvent « physiquement » (surtout s’ils ont exercé leur perversion (maladie) sur des mineurs).
Ainsi, la promenade dite « auxi » (entre midi) est également « réservée » aux pointeurs qui ont eu des problèmes d’agressions.
La violence se manifeste le plus souvent pour des motifs très « futiles » et de façon « imprévisible ». Elle se manifeste par une empoignade, voire quelques coups « réels » et blessant qui nécessitent le passage à l’infirmerie. Et ce, aussi bien, en cellule, avec un co-détenu, que dans les couloirs, aux douches, en promenade ou en sport.
Il est vrai que sur demande, il est relativement facile de changer de cellule si on trouve un autre co-détenu qui accepte (il faut une double demande), mais cela ne résout pas tout…
Toute violence physique (entre détenus et/ou avec un surveillant) ou verbale (vis-à-vis d’un surveillant) fait l’objet d’un « rapport » qui est suivi d’un passage au « prétoire » (sorte de tribunal interne) qui se solde par un non-lieu, une peine de quelques jours (maxi 45) de mitard (cachot) avec sursis ou ferme et parfois une suite « judiciaire », s’il y a plainte.
En règle générale, les deux protagonistes sont sanctionnés, si le responsable (l’origine) du conflit n’est pas « clairement » reconnu.
Le passage au prétoire est souvent redouté car, très souvent, suivi de mitard et en pratique d’une prolongation de la durée de la peine (par la suppression des remises de peines), ce qui fait, qu’en pratique, et c’est cela qui me semble pernicieux, en cas de conflit « devant témoins », rares sont les interventions et remises au calme (par un tiers), car on craint toujours de se voir pris dans la bagarre et, au final, se retrouver en la place « principale »… le conflit ayant changé d’intervenants…
Tout cela n’est pas simple… mais en fait… même si j’ai eu connaissance de quelques mauvais coups (nez cassé, chute dans les escaliers, etc…), on ne peut pas dire que la violence soit omniprésente, au moins ici, ailleurs, je ne sais… mais le sentiment général fait que l’on est souvent sur la défensive et que les sujets « chauds » de discussions sont « évités » et, en fait, la plaisanterie n’a pas souvent cours… car cela peut être mal interprété et devenir source de conflit… aussi l’ambiance franche de « camaraderie » ne peut avoir lieu qu’entre un noyau au demeurant « restreint » et sans témoin, car une mauvaise interprétation est toujours à craindre… et la déformation (le colportage) de ce que l’on a dit… se produit très (trop) vite…
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Rajout :
Ouah, là, tu catalogues bien les mecs. Il est vrai qu’il y a de tout, et qu’il faut faire avec.
Moi, je dirai qu’en prison, même si on est 600, on ne vit qu’avec ses potes, une dizaine sur son étage, quelques autres que tu croises au sport, à l’école ou en promenade.
Chacun vit de son côté, sans trop se préoccuper des autres raclots. Tout cela est mieux si tu ne veux pas d’embrouille.
Mais, bon, des confits, il y en a, et la castagne n’est pas absente, il faut toujours être sur ses gardes et fermer sa gueule.
Comme tu dis, le mieux est de s’occuper de son cul et d’éviter certains. Les problèmes arrivent toujours par les mêmes. C’est eux qui font la merde et tout le monde paie… Ca, c’est pas juste, et j’aimais pas.
De Alex, le 10 février 2007
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A travers : « 1019 jours de détention… ou la vie en prison, vue du dedans, comme si vous y étiez… » (index des notes sur la journée du 7 janvier)
Clémence et Paul Denis tentent de vous faire vivre le quotidien d’un détenu « moyen », pas inculte, mais pas VIP, non plus (vous avez l’intégral de ce bouquin, complété par vos questions / remarques et mes réponses…).
Nota : Sur la journée du 14 janvier, vous trouverez un lexique des mots qui méritent une explication et/ou un commentaire…
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Ma Prison… ou quelques questions qui fâchent… et des solutions proposées…
A travers ces pages, Paul Denis poursuit sa réflexion, il ne se considère plus comme un détenu, mais comme un observateur qui très souvent est devenu un confident.
Vous trouverez, sur la journée du 17 mai les dates de parution de mes articles…
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Les bouquins de Paul DENYS n’ont pas encore trouvé d’éditeur.
Si vous désirez avoir leur version papier, vous pouvez acquérir (l’un ou l’autre ou les deux) en envoyant, par volume, un chèque de 17 € (frais d’envoi compris) à TOP SERVICES, 7 Bld d’Alsace à 57070 METZ. Pour 10 €, je peux vous l’envoyer par e-mail (150 pages A4 ou 220 pages A4).


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