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22/02/2008

Les deux premiers jours... en Prison

Les questions que tu ne me poses pas, mais qui méritent une réponse…

Les deux premiers jours :

Outre la nécessaire acclimatation dans un milieu qui, a priori, t’est hostile… pendant les deux premiers jours, il y a le passage obligé devant un certain nombre d’intervenants.
En général, on ne te parle pas de ton affaire, d’une part, parce qu’elle figure dans ton dossier administratif, de plus, ce n’est pas le propos.
Il ne s’agit que de ton installation, de ton séjour en ces lieux et de tes besoins particuliers.
Après le passage au greffe dont nous avons déjà parlé, dès la première heure, parfois même avant d’être mis en cellule, tu es reçu par un chef qui te rappelle certains devoirs, mais aussi certains droits.
Son but est que tu te sentes « à l’aise » entre ces murs et que tout conflit soit évité.
Tu es parfois mis en cellule « arrivant » (souvent assez crade), pour la première nuit (si tu arrives en soirée) ou les premiers 24 heures (si tu poses problème…).
Il y a aussi, rapidement, la visite médicale « arrivant » par un médecin qui s’assure de ton état de santé et fait en sorte que tu sois en mesure de poursuivre ton traitement médical si tu en as un. C’est lui aussi qui te fixe ton régime alimentaire, s’il y a lieu. Il s’agit d’une visite médicale « sommaire » où tu es plus questionné qu’examiné… ! Des examens complémentaires peuvent être envisagés, pour les jours suivants.
De toutes façons, il y aura : prise de sang, radio pulmonaire, rappel de vaccins, test du sida, si tu le souhaites. Bref, tout est mis en œuvre pour que ton état de santé ne se dégrade pas… ce qui n’est pas toujours le cas, hélas.
Tu as aussi, rapidement, le passage chez un travailleur social qui assure, éventuellement, un premier lien (et souvent unique) avec la famille si elle n’a pas été prévenue de ton incarcération. C’est lui aussi qui, par téléphone, explique à la famille (si tu le souhaites) les démarches à suivre pour obtenir le permis de visite, apporter du linge, etc…
Il y a aussi, un rendez-vous avec le scolaire qui remplit un questionnaire – statistique et qui te propose les formations pouvant t’intéresser.
Tu peux aussi rencontrer l’aumônier (catholique) qui visite tous les détenus qui en font la demande, peu importe leur religion, s’ils en ont une.
Tout cela occupe bien les premiers jours, car tu apprends aussi à attendre ton tour…

Les fouilles :

Fouille à corps :

C’est-à-dire qu’on te demande de te déshabiller entièrement. Le surveillant qui fait la fouille n’a pas le droit de te toucher, mais peut te demander d’ouvrir la bouche, de te baisser, de tousser, etc…
Si une fouille plus approfondie est nécessaire (demandée), elle ne peut être effectuée que par un médecin.
La fouille à corps a lieu, en principe, chaque fois que tu as été mis en contact avec quelqu’un de l’extérieur (sortie accompagnée ou non, parloir, principalement).
Elle a lieu au départ et au retour.
Parfois, il n’y a qu’un « palpage » sommaire, c’est souvent le cas, avant un parloir ou une rencontre avec ton avocat ou une personne de l’extérieur (police, huissier).
Au début, c’est assez désagréable de se trouver « à poils » devant quelqu’un qui est habillé et qui, de surcroît, est censé t’observer, mais on s’y fait très vite, d’autant plus que le plus gêné est souvent le surveillant qui ne fait que son travail.
Cela reste, même si tu n’as rien à te reprocher, à cacher, une formalité bien déplaisante, et une source de conflits qui pourrait être évité par une attitude plus humaine et moins formaliste.
Ces fouilles peuvent avoir lieu, à tout moment, lors d’activité ou en cellule, lors de la fouille de ta cellule, si tu es là ou si l’on recherche une chose interdite.
Car, en fait, le but de ces fouilles est bien d’éviter que pénètrent ou circulent, en prison, des objets ou substances interdites, voire dangereuses.
Y parviennent-elles ? J’en doute, aussi pour moi, je les trouve d’une efficacité toute relative pour ne pas dire inutiles. Elles sont toujours (souvent) mal ciblées…, c’est à dire que les mieux « fouillés » ne sont pas ceux qui devraient l’être…

Fouille de cellule :


Le but en est le même que la fouille à corps. Ce qui est gênant (plus gênant, au moins pour moi), c’est qu’elle s’accompagne souvent du retrait d’objets habituellement tolérés, tels que cartons, surplus de produits d’entretien, aménagement personnel…
Elles sont périodiques et/ou inopinées et/ou provoquées par la recherche de quelque chose.
Pour ma part, souvent, j’apprenais par mes voisins que ma cellule avait fait (en mon absence) l’objet d’une fouille, mais en fait, rien n’était dérangé.
Ce n’est pas le cas de toutes les fouilles… et parfois cela frise la barbarie ou, pour le moins, le non-respect du bien d’autrui (vidange de la boîte de café, armoire et lit, mis à sac, etc…) et souvent, cela ne se justifie pas : ce qui est recherché n’est pas trouvé, 9 fois sur 10.
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Rajout 1 :
Comment se fait-il que des produits stupéfiants circulent si facilement en prison, à ce que l’on dit…
As-tu des infos, en parleras-tu ? je peux attendre.
Michel, le 19/02/06
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Cannabis :
Je ne suis pas un spécialiste, en la matière. A un moment, j’ai été en cellule et à la bibliothèque avec un ancien toxico. Quelques jours avant sa libération, je lui ai fait la demande suivante : « Paul, je ne voudrai pas mourir idiot, fais-moi goûter ton joint ». La réponse fut rapide et sans bavure, comme s’il l’avait préparé : « Ah non, pas avec cette merde, si tu le veux, quand tu seras dehors, je t’en ferai goûté de la bonne »… Je ne l’ai jamais revu, et je reste sur ma fin… et cela ne me manque pas…
Pour ce qui est du comment, le cannabis arrive en prison, je pense qu’Alex est mieux placé que moi pour vous en parler…. A toi, Alex….
De Paul Denis à Michel, le 19/02/07 à 16h
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Là, tu m’ennuies… je ne suis pas une balance… Mais bon, c’est une secret de polichinelle, en prison, tout le monde (administration, police, surveillants et détenus et toi aussi) sait comme le shit rentre en prison.
Tout d’abord, une remarque sur la réponse de Paul, c’est souvent pour ne pas dire toujours de la mauvaise qualité qui rentre en prison et c’est pour cela qu’elle ne fait pas l’effet escompté et que l’on reste, nous aussi, un peu sur notre faim…
Certains le font rentrer à l’aide de parachute, c'est-à-dire que de dehors, on envoie un colis (balle de tennis ou autre) par-dessus le mur afin que le dit parachute arrive dans la cour de promenade, c’est risqué car il peut ne pas arrivé à destination (il y a au moins 10 m entre le mur et la cour), il peut être vu et surtout ramassé par un mauvais destinataire, d’où des conflits sanglants : Je garde, c’est moi qui ai trouvé le shit, Non, c’est à moi et les coups partent…
Il y a aussi, le linge qui rentre, mais là aussi c’est risqué car ce linge est très souvent fouillé (déplié, palpé) avant d’être remis au détenu.
Les détenus qui ont des perms, en profite pour faire le plein, même technique que pour les parloirs dont je vais vous parler.
En effet, c’est par les parloirs que le plus gros des arrivées se font…, et ce, malgré une fouille à corps (donc à poils).
Certains prennent le risque de coller le colis dans des endroits moins visités (en dessous des bras, le dos et surtout entre les couilles et l’anus). Ce risque est pris lorsque l’on sait qu’à la sortie, c’est tel ou tel surveillant et qu’il est plus cool (moins regardant), à la longue, on connaît…
Mais la majorité du shit arrive en étant passé par la bouche - il y est facile d’y cacher un petit colis, même si le surveillant te fait ouvrir la bouche, pour voir.
Mais la voie royale est quand même le cul… Bien emballé et avec un peu de vaseline, cela rentre très facilement, même si le colis est important, plusieurs centaines de grammes… et c’est très rarement découvert, même si on te fait te courber et tousser… Le contrôle passé, il suffit d’attendre et le colis ressort… Dans cette technique, le plus compliqué (et risqué) est la l’arrivée et la mise en place.
En effet, comme c’est interdit, dehors, il peut y avoir des contrôles de police avec des chiens sniffeurs… Aussi la copine « prudente » place son colis dans sa chatte. Donc pendant le parloir, il faudra réussir à faire le transfert entre les deux caches… On y arrive très bien, malgré la présence du surveillant qui navigue derrière vous…
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Rajout de Paul Denis :
Sans entrer dans une polémique… je rajoute un mode de pénétration… par des surveillants qui arrondissent leurs fins de mois, en étant « passeurs »…
Comme c’est interdit, si on est pris, c’est souvent : suppression du permis de visite pendant un certain temps, puis parloir avec séparation (on ne peut plus se toucher), et encore, procédure pour « détention et tentative d’introduction de produits stupéfiants », et quelques mois de plus de prison. Les deux protagonistes sont condamnés, mais celui qui risque le plus, c’est celui qui est déjà en prison. Et malgré cette épée de Damoclès, le trafic existe bien et fonctionne bien…
Le risque pris (et la pseudo rareté) explique le prix de vente : un joint = un paquet de Malboro…, mais il y a aussi la technique : « chacun son tour », un coup c’est toi qui rentre, un coup c’est moi… Pour cela, il existe une certaine solidarité…:
Je vais vous faire une révélation : Pendant un certain temps, je me suis amusé à regarder le comportement des gars et ce qu’ils fumaient. Bien vite, je me suis rendu compte que c’était toujours les mêmes qui fumaient que des Malboro… Rappel, la majorité des détenus (fauchés) fument des roulées…
Encore une vérité à dire : l’administration, sans le dire bien sûr, tolère, accepte un certain trafic. On prétend que la présence du cannabis calme les esprits et évite les conflits que la promiscuité, à coup sur, devrait provoquer…
J’ai du mal à accepter cette version… et je préférerai que la prévention et le sevrage soient aidés…, ce qui n’est pas le cas, puisque les produits de substitution (Subutex, Methanol) circulent bien aussi et font l’objet d’un trafic intense… En fait, la prison est un lieu où les mélanges médicamenteux sont rois… ce qui provoque des morts (suspectes) transformées en suicides… J’en ai connu… peu, mais j’en ai connu, en 34 mois.
Alex + Paul Denis, le 24 Février 2006
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Rajout 2 : Les 2 premiers jours
Un privilégié, tu étais… moi, je n’ai pas ressenti une arrivée aussi cool… et autant d’attention à mon bien-être. C’est l’âge… je pense, qui t’a valu cela, vieux.
J’ai connu la cellule « arrivant », c’est souvent crade et quasi inhumain, surtout quand tu arrives et ne connais rien et que tu ne sais pas si cela va durer … car on te dit rien…
Fouilles
Bien vu…, c’est toujours désagréable de se retrouver à poils devant quelqu’un habillé.
Aux douches, tout le monde est à poils et cela gêne moins, même s’il y a mélange de jeunes et de vieux… et quelques exib. Et puis, on comprend mieux qu’il est utile d’être nu aux douches….
Après le parloir, après avoir rencontrer la famille, ta meuf, cela te remet dans le bain… vite fait.
J’ai connu des fouilles de cellule hard. J’avoue que j’ai pas aimé la pagaille laissée.
De Alex, le 24 février 2007
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A travers : « 1019 jours de détention… ou la vie en prison, vue du dedans, comme si vous y étiez… » (index des notes sur la journée du 7 janvier)
Clémence et Paul Denis tentent de vous faire vivre le quotidien d’un détenu « moyen », pas inculte, mais pas VIP, non plus (vous avez l’intégral de ce bouquin, complété par vos questions / remarques et mes réponses…).
Nota : Sur la journée du 14 janvier, vous trouverez un lexique des mots qui méritent une explication et/ou un commentaire…
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Ma Prison… ou quelques questions qui fâchent… et des solutions proposées…
A travers ces pages, Paul Denis poursuit sa réflexion, il ne se considère plus comme un détenu, mais comme un observateur qui très souvent est devenu un confident.
Vous trouverez, sur la journée du 17 mai les dates de parution de mes articles…
……
Les bouquins de Paul DENYS n’ont pas encore trouvé d’éditeur.
Si vous désirez avoir leur version papier, vous pouvez acquérir (l’un ou l’autre ou les deux) en envoyant, par volume, un chèque de 17 € (frais d’envoi compris) à TOP SERVICES, 7 Bld d’Alsace à 57070 METZ. Pour 10 €, je peux vous l’envoyer par e-mail (150 pages A4 ou 220 pages A4).


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