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27/02/2008

Arrivée en Centre de Détention

Arrivée en Centre de détention
« Mes premiers regrets » d’avoir quitté la Maison d’Arrêt se sont vite dissipés. Ici, tout y est mieux. Mon seul regret est que, lorsque vous voudrez, pourrez venir me voir, ce sera plus loin pour vous, mais ce sera les samedis, dimanches et jours fériés… et je pourrai vous téléphoner.
Cela ne fait donc que quelques jours que je suis ici, et j’en apprécie, déjà, la différence.
Tout d’abord, au niveau accueil, quand tu dis « bonjour », on te répond, on te sourit. Quand tu questionnes, on te répond. En fait, on te considère comme une personne « normale »… Je parle, bien sûr, de l’accueil des surveillants et chefs.
Au niveau des détenus, mon arrivée n’est pas passée inaperçue, et tout le monde sait que l’écrivain de Metz est là… et pour le moment, je garde mon « ancien » titre.
Nous avons été accueilli au secteur « arrivants » : période d’observation de 10 à 15 jours et les premiers signes d’un temps nouveau s’annoncent.
Un premier paquetage nous avait été remis avec l’indispensable et le matériel individuel en « hôtellerie » et en « hygiène » + un livret d’accueil ARRIVANT et l’organisation des « cantines » + un casse-croûte (froid) puisqu’il était 13 heures.
Rien ne devant se passer avant 14 h, j’ai pris le temps de manger et de lire les documents reçus.
Vers 15 h 30, nous sommes reçus par un gradé qui reprend et complète les informations et répond à nos questions, puis entretien individuel.
En gros, on apprend nos conditions « actuelles » et « futures » de détention.
D’emblée, j’ai ressenti que l’ambiance et les relations « administration-détenu » n’avaient rien de comparable avec celles d’une Maison d’arrêt. Il paraît clair que l’objectif est « la réinsertion » et que tout se passe pour le mieux dans le meilleur des mondes et, a priori, leur confiance nous est donnée, et ce n’est que l’attitude « individuelle » qui peut perturber-provoquer des conditions « restrictives », voire « répressives ».
En fait, tu n’es pas rejugé avec des a priori négatifs. Tu es là, pour un certain temps, le reste (le pourquoi) est ton affaire.
Tout est fait pour que chacun se prenne en charge, les surveillants ne sont là que pour assurer la « sécurité » et les « mouvements » (allers et retours), c’est tout, de plus, leur disponibilité et leur esprit de coopération sont évidents : pas de cri, pas d’attente inutile (ou injustifiée), pas d’attitude négative… bref, une ambiance d’entreprise où chacun a sa place et respecte l’autre…
[Cette impression première, je l’ai conservée pendant tout mon temps d’incarcération en Centre de Détention, même si, parfois, certains faits précis me font penser que pour d’autres, tout n’est pas aussi beau…
Et une mauvaise impression donnée, à la suite d’un incident, d’un dérapage, reste, longtemps, en mémoire, et la « nouvelle » bonne volonté évidente du « fautif » n’est pas (plus) pris en compte.
Ce qui me fait penser que si les objectifs de réinsertion sont une volonté « générale », tout n’est pas forcément mis en œuvre pour la permettre.
L’évidence nous le rappelle : il n’en demeure pas moins que nous avons affaire (des deux côtés) à des hommes et que tout ne se passe pas toujours comme cela devrait…]
Après cette parenthèse, reprenons notre première journée : on apprend, également, que nos affaires personnelles ne nous seraient données que le lendemain. En fait, ce n’était pas grave, puisque nous avions déjà tout l’indispensable. Et n’ayant rien à faire, comme les autres, j’ai entrepris un nettoyage général de la cellule qui, au demeurant, était propre.
Bref, passage au Cif et eau de javel, partout.
Passons à un peu de description : l’ensemble de la prison est divisé en 3 bâtiments : A et B pour les détenus, « La Rue », pour l’Administration et les services communs (parloir, infirmerie, bibliothèque, formation professionnelle, école, socio-culturel, musique, arts plastiques, TV interne, ancien gymnase où nous faisons « relaxation » et « santé par le sport », mais aussi, cuisines, greffe, bureaux des travailleurs sociaux, bureaux des chefs, salle d’audience du JAP, etc…) + un gymnase et des ateliers. Le tout est entouré de murs + grillage + barbelés, pas de miradors, mais des caméras vidéo. L’ensemble se trouve sur la hauteur de Saint Mihiel, et en pleine campagne, à ce qui me semble.
Pour mon environnement immédiat : la cellule fait 2,50 m x 3,30 m, donc à peu près comme en maison d’arrêt, mais elle semble plus grande(de plus, on y est seul). Il est vrai que la fenêtre (sur la face 2,50 m) est plus petite 65 x 105 (haut), une seule fenêtre vitrée + de « vrais » barreaux, bien réels moins discrets qu’à Metz, mais en fait, moins volumineux.
Ma vue est surprenante : la campagne et une route plutôt fréquentée et bruyante lorsque ma fenêtre est ouverte. A quelques mètres des murs, il y a des champs cultivés et de la verdure qui sera bientôt verte.
A Metz, nous n’avions que du goudron et un semblant de végétaux qui n’avaient d’herbe que le nom, pas la couleur…
Pour ce qui est du mobilier, il est fixé au sol (lit et armoire), seule la table (57 x 63 – un peu plus petite que celle de Metz), peut être déplacée et une chaise plastique (du style meuble de jardin). Un vrai et efficace chauffage. Au niveau hygiène, une cabine fermée (100 x 120) du style hôtel Première (en moins bien quand même), avec un lavabo/évier et WC et… eau chaude et eau froide (boutons poussoir). J’allais oublier, accrochée au mur une TV, 13 chaînes. Deux « bons » éclairages dont un dans le cabinet de toilettes avec prise de courant au dessus de la glace + deux autres prises de courant, placées à des endroits « normaux », ce qui évite les rallonges.
A l’étage, nous avons les douches (4 pour 25 détenus) et un office (cuisine) avec 4 plaques chauffantes + une machine à laver, un sèche-linge (en libre-service et gratuit) + du matériel collectif + un téléphone (pour 50 détenus) avec Carte France Telecom et 10 numéros pré-enregistrés (à certaines heures, il faut attendre son tour). Bizarrement, tu ne peux pas téléphoner à ton avocat…
Voilà pour la description des installations, j’ai oublié de te dire qu’en CD (Centre de Détention), où il n’y a que des « condamnés », on est toujours SEUL, en cellule, il y a quand même 2 cellules doubles (en taille) pour 2 qui le souhaiteraient.
En CD, le régime « normal » est « ouvert », c’est-à-dire que les portes sont ouvertes du lever (7 h 30) au coucher (18 h 45), à l’exception du temps de midi (12 h à 13 h 30) et circulation libre. Au secteur « arrivants », nous sommes au régime « semi-ouvert », en fait, « fermé », le matin.
Bien sûr, je peux fermer ma cellule lorsque je suis « hors cellule » (j'ai une clef). Pendant que c’est « ouvert », je peux aller où je veux dans mon unité, et en particulier, dans la cellule d’un autre, aux douches, à la cuisine, au téléphone, etc…
Pour ma part, j’ai repris mon rythme du début : écriture, lecture, TV… Je sors peu et que par nécessité. Je ne vais pas en promenade (de 8 h à 9 h 30)… Je ne me lève qu’à 8 h 30…
Par la suite, il me faudra travailler, ne serait ce que pour m’occuper. De toutes façons, en CD, la réinsertion est une des priorités, donc, le travail… et/ou la formation professionnelle.
Au niveau « repas », ce n’est pas organisé « pareil » et à des horaires plus normaux 11 h 45 et 18h45. On est servi, selon l’appétit et les goûts (en + ou en -, selon les plats). La qualité est bien meilleure, tout cela est bien propre… les entrées sont en barquette pelliculée et tout non-gaspillage est « favorisé ».
A ce jour, le tout barquette est de rigueur (normes européennes exigent, paraît-il), ce n’est pas mieux, ce n’est pas pire, en fait, au moins dans mon unité, il n’y a pas trop de gaspillage, et ceux qui mangent beaucoup peuvent avoir « double ration » et moi qui préfère les salades, je suis bien servi…
Pour moi, la qualité est bonne, mais ce qui manque, c’est la diversité… c’est toujours pareil… et il y a peu de variation d’une saison à l’autre… beaucoup de boîtes de conserve, peu de fantaisie…
Au niveau « achat » cantine, le choix est plus limité qu’à Metz, et, en plus, « plus cher », sauf la TV et le frigo, mais nous aurons accès au catalogue de « La Redoute ».
D’ici quelques jours, mon « régime » sera établi et la vie en CD s’organisera plus « libre » et plus « intéressante ». Ma première impression du secteur « arrivants » est que ceux qui y arrivent, découvrent, redécouvrent, une « liberté » oubliée ou brimée, lors de leur séjour en Maison d’Arrêt.
Il faut avouer que le verbe y est « haut » et que la musique « Boum-Boum » m’oblige à augmenter le volume de la TV, plus que nécessaire, mais les nuits sont « calmes » : ce qui est l’essentiel. Porte fermée, l’ambiance « générale » est acceptable. Par la suite, je pense que les volumes sonores et les manières vont évoluer dans le bon sens…
Comme tu le vois, comme tu peux le comprendre aisément, les conditions matérielles de vie sont toutes autres. Au niveau « mental », comme tous les détenus sont condamnés, on a moins de « crises » et comme, il n’y a pas de « mélange », la situation est la même pour tous, seul le motif et la durée différent. D’ailleurs, ici, on ne demande pas « pourquoi » tu es là, mais pour « combien » de temps… Cela veut tout dire…
En théorie, un CD est prévu pour des détenus ayant entre 1 à 5 ans de détention (prévu sur le papier). En pratique, il semblerait, et c’est même sûr, qu’il y a, ici, certains détenus qui sont là pour 10 ans et plus… et là, à mon avis, ce n’est pas la même chose. Pour 10 ans et plus, on ne s’organise pas pareil, on n’a pas les mêmes besoins, ni les mêmes préoccupations, ni les mêmes perspectives… de réinsertion…
Et comme pour moi, ma durée de peine n’est pas encore définitivement établie…, attendons l’aboutissement des démarches entreprises…
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Rajout : Saint Mihiel
Ah, on change de lieu. Bien vu l’accueil en centre de détention. C’est vrai que l’on n’a pas la surprise de la première fois, mais le cérémonial est le même : greffe, fouilles, chef, toubib, travailleur social, etc… A croire qu’on est « nouveau » alors qu’on vient de moisir dans un autre chtar.
C’était tout comme tu dis, je m’y revois et cela me fait drôle…
De Alex, le 26 février 2007
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A travers : « 1019 jours de détention… ou la vie en prison, vue du dedans, comme si vous y étiez… » (index des notes sur la journée du 7 janvier)
Clémence et Paul Denis tentent de vous faire vivre le quotidien d’un détenu « moyen », pas inculte, mais pas VIP, non plus (vous avez l’intégral de ce bouquin, complété par vos questions / remarques et mes réponses…).
Nota : Sur la journée du 14 janvier, vous trouverez un lexique des mots qui méritent une explication et/ou un commentaire…
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Ma Prison… ou quelques questions qui fâchent… et des solutions proposées…
A travers ces pages, Paul Denis poursuit sa réflexion, il ne se considère plus comme un détenu, mais comme un observateur qui très souvent est devenu un confident.
Vous trouverez, sur la journée du 17 mai les dates de parution de mes articles…
……
Les bouquins de Paul DENYS n’ont pas encore trouvé d’éditeur.
Si vous désirez avoir leur version papier, vous pouvez acquérir (l’un ou l’autre ou les deux) en envoyant, par volume, un chèque de 17 € (frais d’envoi compris) à TOP SERVICES, 7 Bld d’Alsace à 57070 METZ. Pour 10 €, je peux vous l’envoyer par e-mail (150 pages A4 ou 220 pages A4).


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Commentaires

Quand je lis attentivement ce descriptif, je me prends à rêver à la condition de détention dans certains mouroirs où des "vieux"sont condamnés d'attendre leur fin .
"Relaxation, informatique, TV, gymnase, arts plastiques, musique, douche fermée, "...
Je ne demande pas les travaux forcés pour ceux qui sont passés par la Justice, mais , mais que la décence sont aussi permise aux personnes âgées, aux malades, dans certains lieux de soins, que la nourrriture proposée à des cancéreux en fin de vie soit décente, et adaptée, que le respect du malade égale au moins celui dû à un condamné.

Écrit par : un vieux qui a peur de sa fin | 27/02/2008

Bien d’accord… avec vous… avec toi… Il est clair que de nombreux lieux de vie sont plus pénibles que la prison, malgré une liberté relative dont on ne peut pas profiter…
Je pense que chacun a droit à une vie décente, à une vie « normale », sans contrainte excessive… en harmonie avec les autres…
Une commission nationale de contrôle des lieux d’enfermement (dont les maisons de retraite) est ou va être mise en place… Espérons qu’elle saura proposer les réformes qui s’imposent pour que chacun puisse vivre… sa vie avec dignité.
De Paul Denis à Un vieux inquiet…, le 29 février 2008 à 19 h 20

Écrit par : Paul Denis | 29/02/2008

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