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26/03/2008

Transport de détenus...

Parlons du transport de détenus… :

Il est assuré, selon les lieux, soit par la police, soit par la gendarmerie. Il se fait menotté (en principe, menottes dans le dos), en pratique, pour quasi tout le monde, surtout si le « voyage » est un peu long, menotté, par devant. Quant à moi, je n’ai jamais été menotté dans le dos pour aucun transport long, mais cela est pratiqué et c’est assurément une pratique qui est particulièrement pénible et douloureuse, à la longue. Parfois, si l’attitude du détenu peut laisser craindre quelques problèmes, les jambes sont entravées (donc, menottes aux chevilles). Cela ne m’est arrivé qu’une fois, entre Metz et Saint-Mihiel, mais nous étions « entravés », 2 par 2, et nous étions dans le minibus du CDR, donc pas en « cage à poules ».
Et c’est, de ce que j’appelle « cage à poules » dont je voulais te parler.
C’est vraiment infect. Il s’agit de cabines de 60 x 80 cm (maxi) où il est, à peine, possible de s’asseoir sur une plaque métallique, il n’y a pas d’air, pas de lumière, seuls quelques trous dans la porte métallique.
Ceux utilisés à Metz : 8 cages par « fourgon » de type Trafic Renault, étaient vraiment « galère », on y était à l’étroit. A Saint-Mihiel, il n’y a que 4 cages, j’ai, par deux fois, fait des voyages « seul », la cage y est plus grande (60 x 100 cm), mais le confort y est identique, c’est-à-dire nul.
En plus, on est ballotté, et n’ayant aucune vision sur l’extérieur, on supporte mal, on ne peut anticiper les virages, l’arrêt aux Stop, etc… et sur cette petite route, ils sont nombreux. L’éclairage y est limité, il est donc, impossible d’y lire.
De plus, les mouvements « intempestifs » ont plutôt tendance à favoriser les nausées.
Pour ma part, j’ai pris « l’habitude », le mot est un peu fort, je n’ai pas fait tant de transports : 4 allers ou retours – Metz – Saint Mihiel, + sur Metz, Maison d’arrêt – Tribunal…j’ai pris l’habitude de fermer les yeux, non pas pour dormir, car cela me semble impossible, mais j’ai alors l’impression d’y supporter mieux les mouvements incontrôlables et imprévisibles…
Par temps chaud, on est au bord de l’asphyxie, par temps froid, on « caille »…, j’ai goûté les deux… Bref, c’est vraiment un moment pénible et même si la bonne volonté des convoyeurs (2 pour 1 détenu ou plus) n’est pas mise en doute, la réglementation est assez contraignante et a, pour mission, d’éviter les évasions… !
C’est ainsi que les itinéraires ne sont, si possible, pas connus des détenus, et variés, quitte à faire plus de kms. Les déplacements (extractions) ne sont pas communiqués au détenu à l’avance, pour des questions de sécurité, cela se comprend, mais quand vous avez une convocation au tribunal, vous connaissez au moins le jour si ce n’est l’heure. Mais en particulier, pour les extractions « médicales » et/ou transfert (d’une prison à l’autre), on est prévenu au dernier moment… en tout cas, l’heure n’est jamais connue d’avance, sauf « complicité active ou passive ou involontaire d’un surveillant ».

Comment cela se passe ?
Toujours la même chose : au départ, fouille à corps, au retour, fouille à corps… Sait-on jamais.
Il faut avouer que l’approfondi de la fouille dépend du détenu (connu – inconnu du surveillant) et du surveillant (novice, ou confirmé, humain ou scrupuleux, honnête ou quelque peu vicieux…).

Cette fouille reste, quand même théorique, puisque le surveillant qui l’exécute n’a pas le droit de te toucher (ce qui permet, aux dires de certains, quelques caches faciles que par décence, je ne t’expliciterai pas, mais que je te laisse imaginer – mais l’imagination est grande, crois-moi). Si le surveillant (l’administration) veut une fouille plus complète, il doit passer par le service médical… Je n’ai eu connaissance d’aucune fouille approfondie, mais les textes en prévoient la possibilité… Une précision, ce même type de fouille a lieu à l’issue de chaque fin de parloir (retour en cellule), dans les mêmes conditions d’ambiance (connu – inconnu, etc…).
Je t’avouerai qu’au début, ces fouilles me gênaient. Mais, je me suis résigné, et comme à Metz, c’était toujours les mêmes surveillants (et que ma cote était au beau fixe), cela a facilité les choses. Ici, c’est toujours une nouvelle équipe, mais avec le temps, tu es connu et comme je n’ai rien à cacher, cette opération, dans mon esprit, s’est banalisée et elle m’indiffère… mais ce n’est pas le cas de certains que j’ai du mal de comprendre…
C’est une étape « obligatoire », alors, autant la passer « décontractée »… surtout si on n’a rien à se reprocher…
Alors, soyons fous. Faisons une parenthèse dans la parenthèse…
Un jour, j’ai discuté avec un gars qui m’affirmait qu’il voulait être indépendant « financièrement » de sa famille, mais qu’il acceptait, néanmoins, de « prendre le risque » de passer des cartes téléphoniques (les puces) (la carte téléphonique est, ici, un produit « cher » et un produit d’échange, de trafic…, aussi lorsqu’on nous les vend, elles sont identifiées par notre numéro d’écrou).

Rappel : en dehors de la période de Noël, nous ne pouvons recevoir que du linge, et sur demande spéciale, des livres et/ou CD, DVD et quelques objets de décoration et de confort (rideau, tapis, etc…). Dans le courrier, seuls les timbres sont tolérés.
Bref, il passait donc, par le parloir, des puces de cartes téléphoniques, et ce, avec le risque d’être surpris, de voir ladite puce « confisquée », de faire l’objet d’une sanction disciplinaire pouvant aller jusqu’à 15 jours de régime disciplinaire avec ou sans sursis (récidive = 2ème fois = sans sursis) + perte de RP (Remise de peines) : 30 jours.
Alors, je lui ai dit : « Ne serait-il pas plus simple et moins risqué de recevoir un mandat et que tu cantines les dites cartes téléphoniques ».
Eh bien, non ! , pour lui, recevoir ainsi ses cartes téléphoniques, ce n’était pas dans son esprit, recevoir une aide financière de sa famille…
Et pourtant, il était de ceux que je considère comme tout à fait « conscients de la réalité ». Tu vois que parfois, en détention, les esprits sont troublés et quelque peu rendus « maladifs »… J’ai eu beau le raisonner plusieurs fois, il n’en démordait pas… Aujourd’hui, il n’est plus ici, mais je crains bien que son état d’esprit n’ait pas évolué beaucoup…
Pour ma part, je pense que le risque d’être pris, un jour au l’autre, était, pour lui, réel. Car, s’il est vrai que la fouille à corps est quelque peu « superficielle », la fouille des vêtements enlevés (palpage) est faite minutieusement et toute boursouflure ou surépaisseur « visitée ».
Je pense donc, qu’en fait, il devait mettre « les » dites puces, dans la bouche, en risquant de les avaler par mégarde… !

De plus, le recollage de la puce, ainsi rentrée, sur une carte usagée, ne se fait pas sans risque de dommage qui la rend inutilisable (paraît-il).
Alors, tout cela me semble bien enfantin et manque de réalisme et de « prise en responsabilité » individuelle. Son choix d’indépendance était louable, mais sa mise en pratique quelque peu « inadaptée »…

Pour revenir au transport, en théorie, tu n’as pas le droit d’emmener quelque chose.
Mais en pratique, c’est sous la responsabilité et au bon vouloir du chef de convoi (gradé).
Je sais que les cigarettes et briquets sont pris et la distribution est faite au fur et à mesure de la demande.
Pour ma part, j’ai toujours pris un livre, pour « meubler » les attentes (il y en a toujours, et parfois de longues), cela ne m’a pas été interdit.
Souvent aussi, les convoyeurs se renseignent, discrètement, sur le ou les détenus transportés et les conditions de transport s’en ressentent, bien sûr…
Pour ma part, ces « voyages » n’ont jamais été un moment agréable, souvent un moment pénible, très pénible, mais, j’y ai « survécu »…
Les transports, à plusieurs, sont parfois pénibles, car, ces contraintes (attentes, conditions matérielles) ne sont pas acceptées, par certains, et ils « pètent les plombs » + les dialogues entre détenus…
Pour les trajets longs, il y a aussi les bus (en groupe), avec entraves aux pieds et menottes ou les transports en voiture banalisée (menottes + entraves, quand même) dans une voiture de tourisme.
Je n’ai connu, ni l’un, ni l’autre, mais il est vrai qu’en voiture, cela doit être plus « agréable ».
Et ce, d’autant plus que l’on peut dialoguer avec les convoyeurs qui, s’ils sont là, pour assurer ton transport en sécurité et ta non-évasion, ils n’en demeurent pas moins des hommes (ou femmes) et donc, un dialogue, ne serait-ce que pour dire des banalités, est possible…
Il me faut te préciser que le but de ces « transports » est, en général, de se rendre au tribunal, pour ma part, à Metz.
En fait, sécurité oblige, du tribunal, on ne voit que les sous-sols et la salle où l’on se rend (juge d’instruction ou audience).
A Metz, l’arrivée se fait par le côté du tribunal.
Les portes s’ouvrent et se referment sans que tu aies vu l’air extérieur, et tu es emmené, pour attendre, dans des geôles, il y en a 6 ou 8, en forme de morceau de camembert, avec une porte vitrée (plastique épais « rayable » et rayé) sur la pointe. A priori, selon le nombre « d’attendants », on peut se retrouver seul ou à plusieurs. Lorsque j’ai été avec d’autres, ils étaient là pour le même motif : demande de libération provisoire.
Pour le décor, béton peint et couvert de graffiti, banc de pierre, pas de chauffage, pas d’air, pas de fenêtre, peu de lumière (mais assez pour lire), des mégots au sol, une propreté médiocre, mais cela est plus du fait des personnes utilisatrices que d’un manque d’entretien.
De là, tu peux être appelé, pour rencontrer ton avocat dans un petit parloir, ou, tu es emmené dans le service concerné (par ascenseur), toujours menotté (devant ou derrière le dos, cela dépend), tu es accompagné par les convoyeurs.
Cette attente est souvent pénible, car souvent longue, j’ai déjà été, sur place à 14 h pour un RDV à 16 h 30.

D’où la nécessité de s’y occuper, pour beaucoup, c’est des appels au gardien pour une cigarette, aller aux toilettes, essayer de parler à d’autres, dans les geôles d’à côté, etc…
Bref, ce n’est pas un moment agréable, et ce, d’autant plus, que cette attente est souvent synonyme d’une demande et/ou d’un résultat qui peut être positif ou négatif, d’où une certaine excitation (tension) pour ne pas dire nervosité, voire agressivité.

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Rajout : Transport de détenu

J’ai fait plusieurs trajets entre la prison et un tribunal et c’est bien ce que tu décris que j’ai ressenti. Etre enfermé, avec les menottes, parfois dans le dos, dans le noir, ça me donnait la nausée et quand tu arrives, il te faut du temps pour reprendre tes esprits… Et des fois, du temps, tu as pas… tu es tout de suite devant le juge.

Tu nous reparles des fouilles à corps (à poils !!), c’est vrai que c’est un moment difficile à passer (à accepter). Celles qui me semblaient les plus débiles (inutiles et inacceptables), c’est celles qu’ils te font quand tu reviens du tribunal… Tu as toujours été « encadré », non attaché à un policier et on te fouille à poils, ça, c’est du vice, c’est pas les flics qui vont te permettre de rentrer des stups, et puis qui te les auraient donné, les juges ! Débile, je te dis.

Mais comme tu dis, on s’habitue à tout, mais c’est quand même parfois dégradant et pénible si tu tombes sur un vicelard.

D’Alex, le 16 avril 2007


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A travers : « 1019 jours de détention… ou la vie en prison, vue du dedans, comme si vous y étiez… » (index des notes sur la journée du 7 janvier)
Clémence et Paul Denis tentent de vous faire vivre le quotidien d’un détenu « moyen », pas inculte, mais pas VIP, non plus (vous avez l’intégral de ce bouquin, complété par vos questions / remarques et mes réponses…).
Nota : Sur la journée du 14 janvier, vous trouverez un lexique des mots qui méritent une explication et/ou un commentaire…
……..
Ma Prison… ou quelques questions qui fâchent… et des solutions proposées…
A travers ces pages, Paul Denis poursuit sa réflexion, il ne se considère plus comme un détenu, mais comme un observateur qui très souvent est devenu un confident.
Vous trouverez, sur la journée du 17 mai les dates de parution de mes articles…
……
Les bouquins de Paul DENYS n’ont pas encore trouvé d’éditeur.
Si vous désirez avoir leur version papier, vous pouvez acquérir (l’un ou l’autre ou les deux) en envoyant, par volume, un chèque de 17 € (frais d’envoi compris) à TOP SERVICES, 7 Bld d’Alsace à 57070 METZ. Pour 10 €, je peux vous l’envoyer par e-mail (150 pages A4 ou 220 pages A4).

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