logo Blog50.com
Blog 50 est un service gratuit offert par Notre Temps

30/06/2008

Rencontres imposées... en prison

Au fil des jours… des rencontres imposées…

Au cours de ma détention, j'ai éprouvé le besoin approfondir le sens de mes relations et ma vision des autres. Pour moi, cela passe par le besoin d’écrire.
Tu le sais, c’est ma façon à moi de m’évader et de me rapprocher de ceux que j’aime, ma famille et mes amis.
Donc, je m’étais dit qu’il serait peut-être « amusant » ou « instructif » de faire le portrait des « personnages – acteurs » de ma vie carcérale.
En fait, il y a plein de gars que je voudrais te présenter, je ne sais par lequel je dois, je veux commencer, aussi, vais-je faire simple et donc suivre la chronologie… avec retour en arrière et digressions, cela va de soi.


Gérard

Lorsque je suis arrivé en prison, il était 16 h et j’ai échappé à la cellule « arrivant ».
La cellule « arrivant » est, en théorie, une cellule à deux, comme les autres, elle se trouve au rez-de-chaussée. On y met ceux qui arrivent, de nuit, ou ceux qui arrivent, en soirée et que l’on ne sait pas où mettre ou pour lesquels, on (les chefs) sent un risque de suicide.
Rappel : la majorité des suicides ont lieu à l’arrivée, ou la veille d’un jugement, ou à l’issue du procès…
Elle est prévue pour 2, mais il y a 4 lits, elle a comme particularité d’être particulièrement peu accueillante, pour ne pas dire crasseuse, puisque personne ne l’entretient vraiment, les WC et le lavabo y sont répugnants, les matelas plus que douteux. A mon sens, ce devrait être le contraire, mais, en fait, on ne se préoccupe que peu de ton accueil et de ton confort en prison.
Comme je viens de te le dire, je n’y suis jamais passé, mais, comme « écrivain », j’ai eu l’occasion d’y passer quelques minutes pour exercer mon « ministère »… et malgré l’assurance d’y sortir rapidement, c’était, pour moi, éprouvant pour l’odorat et la vue…
Donc, dès mon arrivée, j’ai été mis en cellule avec un autre détenu, nous l’appellerons Gérard. Quand je suis arrivé dans « sa » cellule, il n’y était pas, c’était un vendredi, il devait être en sport.
Bref, le lit du dessus étant pris, je me suis installé dans le lit du bas. Ce que je me souviens très bien, ce sont ses premières paroles d’accueil : « Tu sais, je n’ai rien contre toi, mais moi, j’ai l’habitude d’être seul, aussi je souhaite que tu partes le plus rapidement possible, je l’ai déjà dit au surveillant, ils me connaissent ».
J’étais réceptif, sans plus, le premier repas se passa bien, n’ayant rien, puisqu’étant arrivant… il n’hésita pas à m’aider et me donna « café », non, Ricoré, et ce dont j’avais besoin.
Et dès les premiers moments de calme, il se mit à me raconter son histoire. J’avoue n’avoir, à ce moment précis, aucune envie de l’entendre, ayant moi-même déjà pas mal de choses, d’idées, de préoccupations en tête et mon souhait aurait été de rencontrer un peu de calme et de silence, mais je n’ai pas eu le choix. Il me fallait « écouter » et j’ai donc «écouter », sans prendre position, ne sachant à qui j’avais, en fait, affaire.
Gérard, la quarantaine, de corpulence normale, plutôt grand. Il était célibataire, dirons-nous, pour être plus précis « vieux garçon ». Il me dit avoir eu rarement une copine. Il travaillait, en intérim, comme soudeur (un métier recherché) et donc, il n’a jamais connu le chômage, malgré le statut précaire de l’intérim. Il vivait seul au RDC d’un immeuble collectif depuis de nombreuses années. Ses relations avec l’entourage étaient bonnes, il était apprécié des uns et des autres et sa nature « ouverte » faisait qu’il était souvent sollicité par des voisins « jeunes » et « moins jeunes » pour un coup de mains.
Or, depuis déjà quelques mois, il était accusé par la famille d’un jeune de 14 ans, d’attouchements sexuels, le jeune homme aurait passé une nuit dans son lit… C’est ce qui lui valait cette présence en prison, pendant l’instruction, mais il était innocent et avec multes détails sur sa vie dans son quartier, il m’expliquait l’origine de l’accusation.
En fait, le schéma classique (je l’ai appris par la suite avec d’autres exemples (cas) : jeune rejeté (maltraité) par sa famille, quasiment à la rue, fugueur, content de retrouver avec ses copains un adulte qui les accepte, les aide à bricoler leur mobylette, etc… Il reconnaît que sa porte n’était jamais fermée et que l’on savait où il mettait sa clef. Et s’il y avait eu une altercation avec la famille de ce jeune, c’était pour le défendre, et c’est cette altercation qui avait provoqué la déclaration mensongère.
J’étais réceptif et attentif. Il m’a expliqué, plusieurs fois, jusque tard dans cette première nuit « son affaire ». Malgré mes propres préoccupations, et une attention pas toujours au top, je commençais à cerner le personnage.
Après une nuit « normale », mais « courte »… le week-end commençait… et cela recommença. Entre temps, il m’avait laissé lui expliquer les raisons de ma présence et une certaine confiance s’était établie… et je ne rendais compte que pour sortir de la répétition des mêmes choses, il me fallait poser des questions et essayer de comprendre pourquoi cela lui arrivait et s’il y avait un échappatoire.
Certes, certaines attitudes, certaines circonstances peuvent avoir fait croire en sa culpabilité, mais il me produisait certains certificats médicaux et en particulier, la présence de certaines cicatrices bien visibles que « sa » victime aurait du voir… Il clamait son innocence, il était « accusé » de surcroît, vis-à-vis d’un mineur, et, dans ce cas, l’adulte est toujours suspect, coupable et condamné… Son refrain était : « Parole contre parole »… et il pensait que le doute devait lui bénéficiait. En fait, il n’en fut rien… et il fut condamné.
Avant de passer à la fin de la semaine que j’ai passé avec lui, je veux vous préciser que je l’ai retrouvé en Centre de Détention, où il fut placé dans l’unité des « pointeurs » (termes employés en prison pour cataloguer les auteurs de violences à caractère sexuel). En fait, il n’y resta que quelques mois, en effet, il fut transféré (déplacé) en raison d’ « agressions » consenties ou non, vis à vis d’un plus jeune. Aussi, aujourd’hui, je suis moins convaincu de son innocence…
Bref, revenons à cette première semaine. Comme dit précédemment, il « voulait » être « seul »… et dès le lundi, j’ai demandé à être « déplacé », puisque tel était son « souhait ». Pour ma part, à part ses bavardages et répétitions, je n’avais rien contre lui et ce, d’autant plus qu’étant « travailleur », il quittait la cellule pour 7 h 30, pour n’y revenir que vers 13 h 30 + repas + activités (douche, sport, bibliothèque, etc…), donc en fait, il n’était là que pour les repas et la nuit. De plus, il était très propre et très correct à mon égard, donc le partage de sa cellule ne me gênait pas. Un plus non négligeable, comme moi, il ne fumait pas… Ce que tu as, si cela te convient, vaut mieux que ce que tu ne connais pas… et ce, surtout en prison, ce fut toujours ma ligne de conduite, en ce lieu.

-------------------------------------------------------

A travers : « 1019 jours de détention… ou la vie en prison, vue du dedans, comme si vous y étiez… » (index des notes sur la journée du 7 janvier)
Clémence et Paul Denis tentent de vous faire vivre le quotidien d’un détenu « moyen », pas inculte, mais pas VIP, non plus (vous avez l’intégral de ce bouquin, complété par vos questions / remarques et mes réponses…).
Nota : Sur la journée du 14 janvier, vous trouverez un lexique des mots qui méritent une explication et/ou un commentaire…
……..
Ma Prison… ou quelques questions qui fâchent… et des solutions proposées…
A travers ces pages, Paul Denis poursuit sa réflexion, il ne se considère plus comme un détenu, mais comme un observateur qui très souvent est devenu un confident.
Vous trouverez, sur la journée du 17 mai les dates de parution de mes articles…
……
Les bouquins de Paul DENYS n’ont pas encore trouvé d’éditeur.
Si vous désirez avoir leur version papier, vous pouvez acquérir (l’un ou l’autre ou les deux) en envoyant, par volume, un chèque de 17 € (frais d’envoi compris) à Ligue des Droits de l’Homme (LDH 57), 3 rue Gambetta à 57000 METZ. Pour 10 €, je peux vous l’envoyer par e-mail (150 pages A4 ou 220 pages A4).

Les commentaires sont fermés.

 
Accueil Blog50 | Créez gratuitement votre blog | Avec notretemps.com | Toute l'info retraite | Internet facile | Vos droits | Votre argent | Loisirs | Famille Maison | Cuisine | Jeux | Services | Boutique