logo Blog50.com
Blog 50 est un service gratuit offert par Notre Temps

04/07/2008

Rencontres imposées... en prison

Solidarité… oblige


Avant de passer au JA, je voudrai parler d’une première expérience de vie en prison qui date de quelques années, mais qui est très significative du stress « arrivant » et de la nécessité de « savoir » pour ne pas être surpris et pouvoir bien s’adapter…
En raison de ce qui suit, je m’en souviendrai toujours. C’était un Jeudi saint, le jour et l’année, je ne sais plus, mais c’était un Jeudi Saint, en Alsace-Moselle et c’est cela qui est important…
Pareil, j’y suis arrivé vers 15 h – 14 h 30. J’étais abasourdi, je ne comprenais pas ce qui m’arrivait. Mon avocat était là, les flics enquêteurs aussi, et il me faut reconnaître qu’ils ont été cool. Ils m’ont conseillé de prendre le minimum : carte d’identité + argent et ils m‘ont laissé remettre à mon avocat mes affaires personnelles, ma serviette avec portefeuilles, cartes bancaires, clefs, carnets de chèques, etc… et même, comme j’avais très peu d’espèces sur moi, mon avocat sortit de sa poche un billet de 500 Frs… qui m’a été très utile…
Donc, très perturbé après les formalités d’arriver (greffe, fouille à corps, lieu inconnu, bruit des portes qui se referment…), je suis mis dans une cellule vide. Quelque peu abasourdi, je commets ma première erreur : je mange tranquillement le repas froid qui m’avait été remis, à mon arrivée à la Maison d’Arrêt, me disant que le reste pouvait attendre.
Et ce fut une erreur, car dans les papiers qui m’avaient été remis, il y avait, en particulier, l’explication du fonctionnement des cantines et le fameux bon « arrivant » qui est servi dans les 24 heures, au plus tard, et qui permet d’avoir des produits de première nécessité et/ou d’une utilité immédiate.
Bref, entre mon arrivée et le moment de ma « découverte », il se passa plusieurs heures dont la visite chez le chef (qui te reprécise tes droits et devoirs et insiste sur le fait qu’il entend que tu te trouves bien dans ses murs – donc pas de conflit et rappel de la possibilité de changer de co-détenu, si besoin est), l’installation de mon lit et… l’arrivée d’un compagnon d’infortune, un récidiviste donc qui connaissait la maison et qui me demanda si j’avais fait une commande « arrivant ». Surpris, je lui ai dit que non, et il me sembla dépité… je l’interroge et il m’explique que la galère allait durer quelques jours, lui n’avait pas de pognon (même pas du tout, mais cela, je l’appris que plus tard) et il était 16 h 30 passées, et les cantines « fermées »… et rappelles-toi, nous étions le Jeudi saint, en Moselle, ce qui veut dire : relâche pour… 4 jours : Vendredi saint (férié en Alsace-Moselle), samedi et dimanche (pas de cantines), lundi de Pâques (férié). Donc pas de possibilité, pour moi, pour nous, d’obtenir des produits de cantine « par le biais officiel ».

Et c’est là que la « solidarité » carcérale se mit en route. Mon co-détenu, je ne sais plus son nom, appelons-le Paul, pour simplifier. C’est alors que Paul aperçut dans la cour (aire de sport) qui était sous nos fenêtres, un « ancien » qu’il avait connu lors de son précédent séjour et il lui demanda de nous « dépanner » en café et en sucre. Par café, il faut entendre « Ricoré », car, en fait, dans la majorité des établissements pénitentiaires, le « vrai » café est interdit. A Metz, il n’y avait que Ricoré et Cicona et aussi, Maxwell, qualité filtre, décaféiné…, à Saint-Mihiel, il y a Ricoré et Nescafé (en pot de 50 gr) soluble, 100 % pur café. Pour ma part, je prends (cantine) ce dernier que je mélange à quantité égale avec le café de la prison (qui nous est donné, chaque soir, pour le lendemain matin). Je fais mon mélange, comme mon père faisait son mélange de thé… (Fermons la parenthèse).
Donc Paul parlemente et réussit à se procurer du café de ce détenu qui n’était pas de notre étage, donc, en principe, pas de possibilité de communiquer, en direct, mais après multes discussions, de part et d’autre et la complicité (passive) des surveillants (des deux étages) et la complicité (active) des auxi…, nous avons obtenu, vendredi, dans la matinée du café (Ricoré)… le sucre est arrivé plus tard, mais n’en consommant pas, ce n’était pas la catastrophe (pour moi), mais par contre, pas de possibilité de faire chauffer l’eau. Rappel, à Metz, au robinet, dans les cellules, il n’y a que de l’eau froide… Donc, nous avons été au Ricoré « froid » pendant 4 jours, sans TV… Donc, notre seule distraction : raconter nos malheurs mutuels.
C’est alors que j’ai appris que Paul était divorcé, avec une ex-femme qui l’avait ruiné (volé) et un fils dont il n’avait que peu de nouvelles, lui-même avait plus de 60 ans, donc, à l’époque, mon aîné de 8 ans. Il vivait seul, sa passion et son activité principale de retraité était de fréquenter les bals « 3ième âge » de son secteur, car il aimait bien danser. Il était là pour avoir menacé, l’arme au poing, pour la énième fois, son voisin garagiste qui garait ses voitures sur son terrain et trottoir. Ce qui l’inquiétait, c’est le fait d’ignorer qui allait s’occuper de ses animaux : moutons, poules, lapins, etc…car s’il avait bien un locataire dans sa maison, il ne le croyait pas tellement motivé à lui rendre ce service lors de son passage « express » au sortir du tribunal avec les flics qui l’ont autorisé à prendre chez lui quelques vêtements. Bref, il était là pour …. jours.
La cohabitation s’est très bien passée. Il m’a initié au milieu carcéral, à ses usages, à ce qu’il faut éviter, à ce qu’il faut faire.
J’ai donc passé 29 jours avec lui, sans problème majeur. Il a été libéré quelques semaines après moi, après 45 jours de détention, et c’est moi qui l’ai ramené, en Meuse, et j’ai pu constater, de visu, que tout compte fait, il avait été « honnête » dans ses dires, en me disant la vérité, même si elle n’était pas reluisante… ce qui n’est pas fréquent en ce milieu, mais je pense que nous aurons l’occasion d’en reparler.
Sur cet épisode, je ne vois rien à rajouter, si ce n’est que, ce court séjour, m’a permis, à mon retour, de moins stressé et donc, au final, de m’y adapter plus rapidement, je savais ce qu’il y avait lieu de faire ou de ne pas faire.
Ma propre attitude et appréhension de l’arrivée en détention me font dire que, pour la quasi-totalité des détenus, ce n’est que la première fois qui traumatise. A la limite, pour un jeune ou un moins jeune, le fait de « revenir » en prison rend la chose banale et elle perd une grande partie de sa fonction qui serait de punir… nous en reparlerons aussi…
Un détail anecdotique, peut-être pas… Depuis mon premier passage en prison, j’ai toujours eu, en poche, ou dans mon portefeuille, un billet de 200 Frs… au cas où… et donc, lors de mon retour, je n’ai pas eu besoin de faire appel aux bons services de mon avocat, pour me « dépanner »…

-------------------------------------------------------

A travers : « 1019 jours de détention… ou la vie en prison, vue du dedans, comme si vous y étiez… » (index des notes sur la journée du 7 janvier)
Clémence et Paul Denis tentent de vous faire vivre le quotidien d’un détenu « moyen », pas inculte, mais pas VIP, non plus (vous avez l’intégral de ce bouquin, complété par vos questions / remarques et mes réponses…).
Nota : Sur la journée du 14 janvier, vous trouverez un lexique des mots qui méritent une explication et/ou un commentaire…
……..
Ma Prison… ou quelques questions qui fâchent… et des solutions proposées…
A travers ces pages, Paul Denis poursuit sa réflexion, il ne se considère plus comme un détenu, mais comme un observateur qui très souvent est devenu un confident.
Vous trouverez, sur la journée du 17 mai les dates de parution de mes articles…
……
Les bouquins de Paul DENYS n’ont pas encore trouvé d’éditeur.
Si vous désirez avoir leur version papier, vous pouvez acquérir (l’un ou l’autre ou les deux) en envoyant, par volume, un chèque de 17 € (frais d’envoi compris) à Ligue des Droits de l’Homme (LDH 57), 3 rue Gambetta à 57000 METZ. Pour 10 €, je peux vous l’envoyer par e-mail (150 pages A4 ou 220 pages A4).

Les commentaires sont fermés.

 
Accueil Blog50 | Créez gratuitement votre blog | Avec notretemps.com | Toute l'info retraite | Internet facile | Vos droits | Votre argent | Loisirs | Famille Maison | Cuisine | Jeux | Services | Boutique