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21/07/2008

Le voleur... en prison

« Le voleur » :

C’est la plus « attachant », car il me semble qu’il est vraiment « la victime » de la société et de son milieu familial.
Il y a certes, peut-être, des voleurs « par vice »… mais, la plus grande majorité se trouve dans la catégorie « voleur par nécessité »… au moins, au départ.
Tout se vole car tout se revend, souvent à bas prix, mais tout trouve preneur.
Tous ces voleurs sont issus de famille « dans le besoin ». Il trouve dans le vol, un moyen de subsistance, de survie…

Dans 99 % des cas, il s’agit de famille en difficultés familiales et financières. Souvent, il est l’aîné ou dans les aînés d’une famille nombreuse (4 – 5 ou plus enfants) de père(s) ou mère(s) différents, sans père.
Par obligation, il a pris le rôle du père manquant et se sent obligé d’aider « la mère », souvent débordée par sa nichée qui doit vivre qu’avec les allocations familiales et des aides municipales ponctuelles : le tout restant insuffisant pour assurer une vie décente, honorable, équivalente à celle des voisins… ce qui provoque la nécessité.
Bien sûr, souvent la mère n’approuve pas, mais la famille profite des fruits de la délinquance.
Si, au début de paragraphe, j’ai dit « attachant », c’est parce que je me suis rendu compte que ces gars souffrent de cette situation et ils se rendent compte que leur détention a rendu encore plus difficile la vie de ceux qui restaient « dehors ».
Très souvent, ils sont là, en raison du raz le bol de la justice, ils viennent d’avoir 18 ans, mais ils ont à leur actif, plusieurs « petites » condamnations qui « tombent », à ce moment-là, parce qu’ils étaient « avec sursis » ou non mises en exécution. La dernière condamnation qui, parfois, n’est pas la plus importante, est celle qui l’a fait « tomber ». J’ai en mémoire le cas d’un jeune, arrivé pour 8 mois et qui est là, maintenant pour 7 ans (résultat de 9 condamnations antérieures).
Faisons un peu de vocabulaire avec le verbe « tomber » utilisé dans la phrase précédente avec les deux sens « utilisés » en milieu carcéral.
. « tomber » : se faire prendre, mais surtout « arriver en prison », être incarcéré…
. « tomber » : être mis en exécution. Comme je l’ai déjà dit en d’autres circonstances, de très nombreuses « peines » (condamnations) ne sont pas mises en exécution pour plusieurs raisons. Tout d’abord parce que la peine de prison a été prononcée « avec sursis », ce qui veut dire qu’elle ne sera « mise à exécution » qu’en cas de « récidive » (nouvelle condamnation). Tout le monde sait que la justice n’est pas en mesure de faire exécuter les peines inférieures à 12 mois, donc même si le tribunal prononce une peine ferme (inférieur à 12 mois) sauf exception, elle n’est pas exécutée « sur le champ ». Si elle est exécutée « sur le champ », on parle de « à la barre » : le condamné part en prison, à l’issue de son jugement.
Cet état de fait (non contestable et fort réaliste) fait qu’un nombre important de ceux qui arrivent ici, arrive « par hasard » pour 6 mois…et après quelques jours… le passé arrive.

Revenons à la famille de ceux-ci. Il s’agit « toujours », je ne pense pas que le mot est trop fort, de famille désunie – plusieurs mariages et/ou unions, plusieurs antécédents (père ou beau-père, ou frère aîné ont connu la prison, souvent pour le même motif). Au niveau scolaire, c’est la bas de classe, pour beaucoup à peine lire et écrire (compter, cela marche), car il n’y a pas eu de scolarité ou en tout cas, pas de formation professionnelle, donc pas de métier, pas de moyens de subsistances « réelles » légales…
Pour moi, leur présence, ici, est tout à fait inutile, pour ne pas dire « néfaste » à eux-mêmes, mais ce n’est pas l’essentiel, surtout néfaste à ceux qui restent « dehors » qui se trouvent dans un dénouement extrême.
Beaucoup de ces détenus, s’il leur reste une famille et c’est souvent le cas puisqu’ils ont été « délinquants » pour aider cette famille, n’obtiennent aucun soutien matériel (financier) de leur famille et même aucune visite. J’ai en tête le cas d’un jeune dont la famille habite à 20 km d’ici, et dont la mère et frères et sœurs ne viennent qu’une ou deux fois par mois (souvent pendant le même week-end) après l’arrivée des allocations familiales. Après le 10, il n’y a plus d’argent pour l’essence… ! Si les kilomètres les séparent… il n’y a aucun lien réel… un peu de téléphone… pas de courrier (ils ne savent pas écrire, pas plus d’un côté que de l’autre). Je dis « peu de téléphone », car, souvent, leur seul téléphone est, en fait, un téléphone portable à carte (plus accessible à tous), il n’arrive pas à gérer une ligne fixe qui serait moins coûteuse…, et avec les portables, les unités filent vite, pour 3 ou 4 minutes, il faut compter 15 à 20 unités.

Même s’il travaille « en prison » (gain autour de 150/180 €/mois), ne sachant pas s’organiser, en 1 ou 2 semaines, il n’y a plus rien, surtout s’il est fumeur, aussi, il achète des cartes de 50 unités au lieu de 120, et donc, même s’il prend « 2 cartes » de « 50 unités » (ce qui est souvent le cas) au lieu d’une de 120 U… il les paie le prix de la 120, donc, il « perd » 20 unités… Mais cela, il n’arrive pas à le comprendre… Souvent, il m’est « rétorqué » … avec 1 de 50, je dépense moins (d’unités), j’ai peur de l’oublier ou de la perdre ou de me la faire voler… tout cela est peut-être vrai, mais est, bien sûr, le signe d’un manque de maturité et surtout de confiance en soi…
Revenons à la famille : elle lui est présente, dans son esprit, à chaque instant, il en parle tout le temps, on ressent une réelle souffrance, il éprouve une certaine honte à en parler, souvent, j’ai dû prêcher le faux pour connaître le vrai. Souvent, au départ, même s’il paraît « en confiance », il te ment… Ils sont tous convaincus, et ils l’affirment que c’est la dernière fois qu’ils sont là… ils vont se réinsérer… « retravailler »… « vivre normalement »… « gagner de l’argent »… « créer une famille »… il faut mieux ne pas demander « comment », car la réponse, ils ne l’ont pas… et ce n’est pas leur présence, ici, qui va les aider et leur en donner les moyens.

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A travers : « 1019 jours de détention… ou la vie en prison, vue du dedans, comme si vous y étiez… » (index des notes sur la journée du 7 janvier)
Clémence et Paul Denis tentent de vous faire vivre le quotidien d’un détenu « moyen », pas inculte, mais pas VIP, non plus (vous avez l’intégral de ce bouquin, complété par vos questions / remarques et mes réponses…).
Nota : Sur la journée du 14 janvier, vous trouverez un lexique des mots qui méritent une explication et/ou un commentaire…
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Ma Prison… ou quelques questions qui fâchent… et des solutions proposées…
A travers ces pages, Paul Denis poursuit sa réflexion, il ne se considère plus comme un détenu, mais comme un observateur qui très souvent est devenu un confident.
Vous trouverez, sur la journée du 17 mai les dates de parution de mes articles…
……
Les bouquins de Paul DENYS n’ont pas encore trouvé d’éditeur.
Si vous désirez avoir leur version papier, vous pouvez acquérir (l’un ou l’autre ou les deux) en envoyant, par volume, un chèque de 17 € (frais d’envoi compris) à Ligue des Droits de l’Homme (LDH 57), 3 rue Gambetta à 57000 METZ. Pour 10 €, je peux vous l’envoyer par e-mail (150 pages A4 ou 220 pages A4).

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