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13/08/2008

Mohamed

Mohamed

C’est un jeune gars de 20 ans avec qui j’étais en formation, français, mais d’origine marocaine, et fier de l’être. Il habitait un quartier « chaud » de Strasbourg.
Il était là pour stupéfiants… sans regret, sans véritable projet, ses seules préoccupations étaient de bien vivre ici, comme dehors.
A cet effet, il était bien soutenu par sa famille et proches (copine et amis)… et il dépensait, chaque semaine, en cantine, près du double de ce que je dépensais par mois. Donc 200/250 €/semaine, en produits essentiellement sucrés et viandes… qu’ils ne cuisinaient pas lui-même…
En effet, sa spécialité, et c’est pour cela que je veux vous parler de lui (et c’est ce qui m’inquiète pour son présent et avenir surtout), c’est qu’il ne sait pas faire quelque chose tout seul. Il lui faut toujours un ou deux acolytes, et en toutes circonstances, aussi bien en formation qu’en détention (et je pense « dehors »), je l’ai même vu remettre un devoir sur lequel son nom était mal orthographié, et bien sûr, pas de son écriture…

En pratique, il parlait beaucoup, s’agitait beaucoup et laissait faire les autres sauf pour certaines choses qui le motivaient (quelques temps) et certains jours, ce pouvait être même pour le nettoyage du labo (alors qu’a priori), il ne faisait pas le nettoyage dans sa propre cellule, un des ses boys s’en chargeait.

Vous l’avez compris, cette « dévotion » n’était pas gratuite. Il savait acheter son monde et je dirai même qu’il était « généreux ».
Ici, vous vous en doutez, il continuait son business, son trafic de cannabis, trafic florissant, jugez-en : il ne fumait que des Malboro (alors que 95 % des détenus fument des cigarettes roulées, à partir de tabac blond, de bas de gamme). De plus, il utilisait le téléphone avec abondance… et devinez… il ne cantinait jamais (il me l’a dit) ni tabac, ni carte téléphonique… !!!

Et c’est aussi une des raisons pour lesquelles, j’ai choisi son cas (qui n’est pas unique).
Comment se fait-il que cette absence d’achat ne soit pas remarquée ? Est-ce de la complaisance, est-ce de l’inconscience ?

De plus, comme il n’était pas idiot… eh bien… à ma connaissance, lors de fouilles (au sortir du parloir) ou lors de fouilles « surprises » (corporelles ou de cellule), il ne s’est jamais fait prendre en possession de cannabis et pourtant, n’en doutons pas, il en passait entre ses mains… !
A part ce côté négatif, c’est un gars sympa, d’un abord facile, comme je l’ai dit « au grand cœur » même s’il savait rappeler le service rendu. Je pense être un des rares à lui avoir toujours tenu tête… Il est vrai que je ne lui ai jamais rien dû.

Pour vous parler de sa vie privée, il avait une copine (au demeurant mignonne, je l’ai vue au parloir), c’était le grand amour et j’ai été lecteur de leurs lettres… quelle pauvreté… pas d’originalité… que des banalités… Je ne sais plus en quelle occasion, je lui ai même fait un ou des brouillons et un acrostiche avec leurs prénoms…
Ce qui était assez surprenant (choquant), c’était le différence manifeste entre l’attitude qu’il avait avec sa copine et la vision (en paroles) qu’il donnait de la femme… Je n’en doute pas, il devait, malgré son jeune âge, avoir une certaine expérience, en matière sexuelle, mais ses propos étaient surprenants et ils laissaient transparaître l’influence des médias, du cinéma et de la TV… ! des clichés qu’il faisait siens, alors que, je pense, il n’en était rien… il vaut mieux que cela…

Pour vous situer encore le personnage qui représente, pour moi, l’image que je me fais du jeune d’aujourd’hui, plein d’insouciance, d’irresponsabilité et à qui il manque un minimum de réalisme et de savoir-vivre (et bien sûr de sens de son rôle social), je vous dirai qu’il faisait partie des plus perturbateurs dans nos cours (d’ailleurs, il n’a pas fini la formation pour cette raison…).
Il avait, néanmoins, fait de réels progrès aussi bien dans son attitude qu’en savoir. Mais son côté « perturbateur » en détention lui a été fatal… Bref, c’était le gars qui, en plein cours, en plein exposé d’un formateur, voulait poser une question, tout de suite, sur un sujet ayant aucun rapport avec ce qui se disait alors. Ou, il avait une envie (comme celle de lire un texte) et il fallait qu’il soit choisi ou il faisait la gueule…
Je ne connais pas sa famille, mais a priori, il devait être d’une famille, au dessus de la moyenne, sans problème particulier, qui devait « déplorer », impuissante, la dérive de leur fils…

Bien que souvent désinvolte, il était, à mon égard et à l’égard de ses aînés, correct, poli, pour ne pas dire respectueux. Son éducation n’a pas du être mauvaise, malgré sa dérive et sa délinquance.
Je ne le sens pas meneur, mais il ne devait pas être le dernier lorsqu’il fallait faire un mauvais coup…
Des Mohamed, nous en avons un bon nombre, ici, qui sont là, pour 2-3 ans… et qui compte bien y revenir… s’ils ne peuvent pas l’éviter…
Pour eux, ce n’est pas eux qui doivent changer, c’est les autres, la société, en général…

Et avec l’argent facile de leur trafic, il est difficilement pensable qu’ils vont renoncer à leur train de vie. Et même si le cannabis était « en vente libre »… je pense qu’il risquerait de passer au cran du dessus (comme vendeur)…
Comme je l’ai déjà dit, en d’autres lignes, je ne sais ce qu’il faut faire… je crains fort que ce soit une génération de perdue… Mais il faudrait préserver la suivante et les plus jeunes, pendant qu’il est encore temps…

Nota : Me suis-je trompé sur le personnage ? Je ne sais, mais j’ai appris, de sources sûres, depuis la rédaction de ce texte que Mohamed, en fait n’était pas là, pour trafic de stupéfiantes, mais parce qu’il était le meneur d’une « tournante », donc pour délit sexuel… Cela me surprend, mais à la réflexion, c’est dans les choses possibles… Si c’est vrai, cela démontre, une fois de plus, la difficulté de cerner quelqu’un et la facilité qu’a un individu de cacher la (sa) vérité…
Au demeurant, mon texte reste valable, car il dépeint une certaine catégorie de détenus, bien dans leur peau… en prison… des caïds…

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A travers : « 1019 jours de détention… ou la vie en prison, vue du dedans, comme si vous y étiez… » (index des notes sur la journée du 7 janvier)
Clémence et Paul Denis tentent de vous faire vivre le quotidien d’un détenu « moyen », pas inculte, mais pas VIP, non plus (vous avez l’intégral de ce bouquin, complété par vos questions / remarques et mes réponses…).
Nota : Sur la journée du 14 janvier, vous trouverez un lexique des mots qui méritent une explication et/ou un commentaire…
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Ma Prison… ou quelques questions qui fâchent… et des solutions proposées…
A travers ces pages, Paul Denis poursuit sa réflexion, il ne se considère plus comme un détenu, mais comme un observateur qui très souvent est devenu un confident.
Vous trouverez, sur la journée du 17 mai les dates de parution de mes articles…
……
Les bouquins de Paul DENYS n’ont pas encore trouvé d’éditeur.
Si vous désirez avoir leur version papier, vous pouvez acquérir (l’un ou l’autre ou les deux) en envoyant, par volume, un chèque de 17 € (frais d’envoi compris) à Ligue des Droits de l’Homme (LDH 57), 3 rue Gambetta à 57000 METZ. Pour 10 €, je peux vous l’envoyer par e-mail (150 pages A4 ou 220 pages A4).

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