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29.08.2008

Mes arabes (suite)... en prison

Quelques cas personnalisés qui, souvent, pourraient être généralisés…

Mes arabes : - 2 -

Mon autre « arabe » est l’exemple type de ce qui se produit souvent :
Quand je l’ai connu, il avait une bonne cinquantaine.
Il est algérien, parlait presque bien le français, mais l’écrivait très mal, phonétiquement, et donc, il m’appelait de nombreuses fois, pour écrire et/ou lui lire ce qu’il recevait du tribunal.

En fait, ce qu’il souhaitait aussi, c’était parler et se confiait, je l’ai vu pleurer…
Bref, il arriva de France, il y a 25 ou 30 ans. Il travaillait à la SNCF, et gagnait bien sa vie.
Il était marié, mais pendant longtemps, lui vivait en France, sa femme, au pays, avec leurs enfants, et chacun de ses séjours en Algérie se soldait, neuf mois plus tard, par une naissance.
Bref, la vie « harmonieuse » de nombreux ressortissants du Magreb.
Il avait au moins, 5 ou 6 enfants, garçons et filles.

Arriva ce qui arrive souvent et devait arriver. Bon bricoleur, il racheta une ruine dans un petit village, et avec des copains, il refit toute la maison et la rendit plus que confortable… et il fit venir sa famille.

C’était il y a, au moins, 15 ans, puisque l’aîné de ses enfants avait une dizaine d’années et, à l’époque des faits, il en avait 25 ou 26, je ne sais plus.

Ce qui veut dire qu’en fait, assez facilement et normalement, ils ont fait une scolarité « moyenne » et une bonne intégration.
Mais la génération du dessus, les parents, n’a pas suivi.
La mère trouvait ce mari bien encombrant, visiblement, elle ne l’avait pas choisi, lorsqu’il venait en Algérie pour un ou deux mois, et qu’il envoyait des mandats, c’était le meilleur des hommes.

Lui, le père, était le père, et à ses dires, je résume, il était le maître absolu de sa femme et de ses enfants, comme au pays, comme il y a 50 ans… Ce qui veut dire qu’il a toujours été fidèle à sa femme et à sa famille.
Pour lui, cette famille, c’est tout, sa seule raison de vivre, et les faire venir en France, leur apporter le confort, était dans son esprit, la preuve de sa réussite.
Tant que les enfants ont été petits, même si, au village, il n’y avait que peu d’étrangers, et peut-être à cause de cela, et parce que, lui, travaillait, 20h/24 ou presque, il ne les vit pas grandir et n’a pas su s’adapter à cette nouvelle vie familiale.

En fait, l’intégration des « arrivants » me semble mieux réussie que celle du père qui, lui, pourtant, était là depuis plus longtemps.
Il me semble même qu’un de ses enfants est marié à un (une) français (e)… un scandale… familiale…
Le motif, je ne le connais pas, mais ce qu’il y a de sûr, c’est que sa femme a demandé le divorce et l’a obtenu, deux ans avant les faits. Mais le partage des biens n’avait pas été fait. Ce nouveau statut, en fait, n’a rien changé dans sa vie quotidienne. Il n’a jamais quitté la maison familiale, il a toujours continué à travailler et à amener son argent à la famille. Les comptes bancaires sont restés communs et/ou sa femme garda la procuration.
Certes un divorce, mais pas de changement, si ce n’est « chambre à part », mais je ne suis pas sûr que cet état n’était pas « déjà » antérieur au divorce.

Qu’est ce qui a basculé ?
En fait, il ne supporta « jamais » que ses enfants (et sa femme) s’intègrent, les aînés, avec l’âge, ont quitté le foyer familial, ce qui ne se fait pas avant le mariage et même souvent, les premiers mois (années) de mariage se passent sous le toit familial.
Cela fit que, parfois, l’ambiance était chaude… et les éclats de voix et les coups se sont multipliés, bien vite regrettés, de part et d’autre.
Il avait un fusil de chasse, et il l’avait même, une nuit, amené à la Gendarmerie, pour être sûr de ne pas s’en servir…
Mais quelques jours, plus tard, ce fusil lui fut rendu… Allez savoir pourquoi… ?... !!!

La goutte qui a fait débordé le vase…
Un jour, il apprit, constata, que sa fille aînée (24 ans) qui était infirmière ou aide-soignante, s’était fait installé une ligne téléphonique « perso », dans sa chambre…
Ce fut la crise, le ton est monté. Sa femme l’a jeté dehors avec ses affaires, mises dans sa voiture…
Mais lui ne voulait pas partir. En pleine nuit, c’est l’affrontement entre les époux… Il s’installe dans sa voiture, au garage.

Voici les faits, comme ils apparaissent dans son dossier pénal :
Sa femme serait intervenue pour qu’il sorte du garage. Des éclats de voix ont été entendus par les enfants présents, sa fille « fautive », un fils, âgé alors de 16/17 ans, la plus jeune dormait. La fille apparaît, à la porte intérieure, dans le garage, un coup de feu part, un deuxième, la fille est blessée gravement par le premier coup de feu (elle risque d’être handicapée à vie).
Le fusil était bien dans le coffre de sa voiture, il prétend que ce n’est pas lui qui l’a chargé, il voulait faire peur, en menaçant, c’est un coup parti tout seul. Le jeune fils n’a rien vu, arrivé trop tard, mais c’est lui qui a prévenu les secours et la gendarmerie qui sont arrivés sur les lieux rapidement.
La jeune fille est transportée à Metz, puis Toul.
Il a, bien sûr, conscience de la gravité des faits, mais il ne peut les expliquer, ce n’est pas ce qu’il voulait, loin de là.
Son amour pour ses enfants est toujours aussi vif. Il souffre beaucoup de leur silence. Personne ne venait le voir, mais il avait correspondu avec son fils, quelques temps. Il écrivait à sa plus jeune fille (une dizaine d’années) qui lui avait répondu, il m’a montré ses lettres qu’il conservait amoureusement, mais il n’avait plus de réponses… et il pensait que son ex-épouse faisait le barrage et ne lui donnait pas ses lettres. D’ailleurs, il pensait que c’était elle qui manoeuvrait ses enfants contre lui… A la limite, je ne sentais même pas de haine, vis à vis de son ex-épouse…

C’était la faute à pas de chance… un accident…
Ses seules relations, avec l’extérieur, étaient les courriers qu’il avait envoyés à sa banque, à son avocat et ceux qu’il adressait à un copain qui venait le voir, de temps en temps, et surtout qui lui achetait les vêtements qui lui étaient nécessaires et qu’il payait, bien sûr. Il lui envoyait des mandats.
Il souffrait de cet isolement, de ce rejet familial, et ce, d’autant plus qu’il avait le sentiment d’avoir été et d’être un « bon père ».
Mes arguments pour lui faire comprendre que ce qui se passait, il y a 50 ans, en Algérie, ne pouvait pas se passer en 2000, en France… ont été vains. Il écoutait, semblait être d’accord, mais ne pouvait se les approprier, les appliquer à son propre cas, à sa propre famille…
Ce qui le faisait, visiblement, le plus souffrir, c’est de ne pas avoir des nouvelles de sa plus jeune fille… Du reste, il s’accommodait et il le subissait, avec résignation.
Outre la côté judiciaire et sa condamnation qui n’a pas retenu le thèse de l’accident : 15 ans + expulsion du territoire français (il a fait appel et je n’en connais pas le résultat)… Ce qui est déplorable, c’est l’attitude de son ex-femme qui a retiré de « leurs » comptes, plus de 400.000 francs en 12 mois… alors qu’il avait un crédit sur la maison et que l’organisme prêteur lui réclamait, à lui, les échéances non payées… depuis son incarcération.
En fait, elle lui a tout piqué, en un temps record, et hélas, en pure légalité puisqu’elle avait la procuration… ! Après coup, je me dis qu’elle a, peut-être, bien fait, si elle a utilisé cet argent pour ses enfants, c’est ce qu’elle affirmait. Sa part, à lui, aurait été prise par d’autres créanciers…

A priori, il va tout perdre, mais je ne suis pas sûr qu’il s’en soit déjà rendu compte : famille, biens, même la maison qui sera, avec vraisemblance, vendu pour payer la CPAM qui lui réclame, à juste titre, les frais d’hospitalisation et de soins de sa fille.
A l’issue de sa peine, il va être expulsé, en Algérie. J’ai cru comprendre qu’il y avait encore des frères… et une maison. Il aura largement plus de 65 ans.
A vouloir bien faire, il a tout perdu… je ne dis pas qu’il ne pourra pas y finir « agréablement » ses jours, mais il aura assurément le sentiment d’avoir raté sa vie et de cela, il va souffrir…

En prison, il a su se faire une vie frugale, mais bien « huilée », il travaillait « sans bruit » (ce qui est apprécié, par les chefs), il avait peu de contact avec les autres (ce qui est apprécié, par les chefs), et surtout pas d’ennemis… (ce qui est apprécié, par les chefs). Jamais une vague… il avait assez d’argent pour vivre et payer ses frais (cantine, avocat, etc…).
Sa tristesse était intérieure et s’il la supportait, ce n’était pas sans mal… Mais un avenir « heureux » me semble lui être interdit… (refusé) à moins que le temps fasse son œuvre et qu’un retour se produise…
A l’avoir côtoyé pendant de longues heures, je pense que la thèse de l’accident n’est pas à exclure… mis je ne suis pas la Justice…

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A travers : « 1019 jours de détention… ou la vie en prison, vue du dedans, comme si vous y étiez… » (index des notes sur la journée du 7 janvier)
Clémence et Paul Denis tentent de vous faire vivre le quotidien d’un détenu « moyen », pas inculte, mais pas VIP, non plus (vous avez l’intégral de ce bouquin, complété par vos questions / remarques et mes réponses…).
Nota : Sur la journée du 14 janvier, vous trouverez un lexique des mots qui méritent une explication et/ou un commentaire…
……..
Ma Prison… ou quelques questions qui fâchent… et des solutions proposées…
A travers ces pages, Paul Denis poursuit sa réflexion, il ne se considère plus comme un détenu, mais comme un observateur qui très souvent est devenu un confident.
Vous trouverez, sur la journée du 17 mai les dates de parution de mes articles…
……
Les bouquins de Paul DENYS n’ont pas encore trouvé d’éditeur.
Si vous désirez avoir leur version papier, vous pouvez acquérir (l’un ou l’autre ou les deux) en envoyant, par volume, un chèque de 17 € (frais d’envoi compris) à Ligue des Droits de l’Homme (LDH 57), 3 rue Gambetta à 57000 METZ. Pour 10 €, je peux vous l’envoyer par e-mail (150 pages A4 ou 220 pages A4).

27.08.2008

Mes arabes... en prison

Quelques cas personnalisés qui, souvent, pourraient être généralisés…


Mes arabes :

J’en ai connu beaucoup, mais deux, en particulier, qui avait des problèmes avec l’écriture du français.
Ils ont une histoire, tout à fait, similaire, pour moi, alors que les faits sont bien différents.
C’est, en fait, un problème d’intégration.

L’un, le plus jeune, la trentaine, avait été marié à une française, avec lequel il avait eu deux filles de 9 et 7 ans. Il a toujours été rejeté par sa belle famille et pense que c’est elle qui manipulait sa femme et qui a provoqué la rupture de leur couple.
Il avait une passion paternelle pour ses filles. Sa femme (et belle-famille) a fait et fait encore tout pour l’empêcher de les voir. Il avait, lors de leur divorce, obtenu une garde « alternée » traditionnelle : 1/2 week-end, les vacances scolaires. Il travaillait beaucoup en intérim et s’arrangeait pour être libre, chaque fois que nécessaire pour pouvoir les accueillir.
De nature, peut-être, un peu violente, il proféra un certain nombre de menaces, devant témoins, et avec la complicité de la gendarmerie qui aurait pris le partie de son ex-femme, la française (il se disait s’être fait piégé par leurs mensonges), il écopa de 6 mois de prison ferme qu’il fit… ! (L’exception qui confirme la règle – mais le fait qu’il s’agisse de menaces n’est pas étranger à son incarcération, pour une si petite durée – « pour le calmer »…).

Et son perpétuel combat, sa raison de vivre était de récupérer ses filles, ou pour le moins, son droit de visite « normal »… « Elle » (il l’appelait ainsi) lui en faisait voir de toutes les couleurs, l’empêchait de leur téléphoner, avait obtenu qu’elles n’aillent plus chez lui, qu’il ne verrait ses filles qu’en milieu surveillé (sorte de foyer d’accueil (sur terrain neutre), où les pères peuvent venir voir leurs enfants que la mère amenait quelques minutes avant), il s’était également embrouillé avec les responsables de ce centre qui lui avait fait signer des papiers qu’il n’avait pas compris, et il leur en voulait… (à mon avis, à juste titre, si cette magouille est bien réelle).
Bref, j’ai eu beaucoup de mal à clarifier sa situation, et j’étais assez effrayé par le caractère inéluctable de tout ce qui lui arrivait.
Avec beaucoup de mal, lorsqu’il quitta Metz, ayant fini sa peine de prison, il avait obtenu un rendez-vous (entre 4 yeux) avec le juge pour enfants…
Il avait encore des affaires en cours, de faux témoignages, d’harcèlement moral, etc… mais tout cela ne pouvait aboutir… Il y a tant à boire et des torts des deux côtés qu’aucun juge ne serait capable de démêler le vrai du faux, sans condamner un innocent…
Le pourquoi, sa situation m’émouvait, c’est que je me rendais compte qu’en fait, il n’avait aucune haine contre son ex-femme, et pourtant, c’est elle qui était parti avec un autre. Sa seule préoccupation était ses deux filles et sa seule volonté, son obstination (bien légitime, il me semble) était de vouloir participer à leur éducation et à les voir grandir… en bon père, en quelque sorte.

Réussira-t-il, a-t-il réussi, je ne sais, mais c’est ce que je lui ai souhaité, lors de son départ…

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A travers : « 1019 jours de détention… ou la vie en prison, vue du dedans, comme si vous y étiez… » (index des notes sur la journée du 7 janvier)
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25.08.2008

Djamel... en prison

Quelques cas personnalisés qui, souvent, pourraient être généralisés…

Djamel

C’est un jeune homme de 26 ans qui est en prison, pour un motif dont je ne me souviens plus, mais ce ne devait pas être très grave, si ce n’est qu’il avait perdu tous ses permis de conduire (il travaillait, en dernier, comme chauffeur-livreur), il avait aussi participer à un trafic de stupéfiants (dealer), mais ce n’est pas de cela que je veux vous parler, mais de son cursus personnel.

Il est d’origine algérienne, peut-être né en Algérie, mais, en fait, il a toujours vécu en France, et il est donc bien intégré, parle bien français, il a, à mon avis, suivi un cursus scolaire normal.
J’ai eu à intervenir pour lui, pour lui permettre de récupérer ses permis (il les avait presque tous), c’est pour cela qu’il s’est un peu confié à moi, chaque fois qu’il a eu des problèmes.

Sa famille, parents, sont plutôt, dirons-nous, comme beaucoup, respectueux des traditions musulmanes, ou pour le moins, respectueux de ce qui se fait dans leur communauté.

Djamel, comme tout jeune de son âge, avait une copine, une française… ce qui était déjà mal vu par sa famille. Lorsqu’il a commencé à trafiquer (revendre un peu de cannabis), cela n’a pas plu à ses parents et le temps passant, il était un peu rejeté, bien que vivant à la maison, mais le mur du silence s’était construit.

A 18 ans, comme beaucoup de jeunes de sa génération, il a demandé et acquis la nationalité française.
A l’âge de 22 ans, sous la pression familiale, malgré son désaccord, il est allé en Algérie, pour « être marié », comme cela se fait encore, donc un mariage « arrangé ».
De retour en France avec sa femme, comme c’est souvent le cas (et un peu la tradition, au début du mariage), ils (les nouveaux époux) se sont installés chez les parents. Le niveau d’intimité n’était pas terrible, vous vous en doutez bien, mais un enfant est, quand même, arrivé… Tout le monde était content, sauf Djamel qui pensait toujours à sa copine française qu’il continuait à voir, parfois, à « fréquenter » comme il dit, ce qui me laisse entendre une intimité certaine…

Quand il « tombe » en prison, pour les parents, c’était la honte et si le mariage et l’enfant avaient un peu amélioré les relations, c’était de nouveau le rejet, et ce, d’autant plus que même si « on » n’en parlait pas, « ils » savaient qu’il fréquentait encore « sa » française.
Mais, même en prison, un fils reste un fils…

Vient le problème des « parloirs ». Ses parents venaient, sa femme, je ne sais, il ne m’en a jamais parlé. Sa copine a, également, demandé et obtenu le permis de visite. Les deux « clans » ne se parlant pas… c’était un peu « beaucoup » le conflit permanent, car, ne se concertant pas, l’un et l’autre, parfois, sollicitaient un RDV-parloir pour le même jour… Ce qui ne laissa pas « indifférent » (en raison de la fréquence d’interconnexion) la préposée au RDV… Mais tant bien que mal, ce dualisme dura plusieurs mois.

Arrive le jour de la 1ère permission de sortie. Obtenue, et donc, ses parents sont venus le chercher. Le voyage a déjà été houleux.
Parenthèse : pour régler les conflits, l’habitacle d’une voiture est souvent commode… on ne peut s’échapper… Je l’ai, moi-même, utilisé lorsque je voulais dire quelque chose à un de mes enfants et que je ne voulais pas qu’il n’écoute pas et qu’il tourne les talons avant d’avoir tout entendu…
Donc 3 jours de perm, avec contrôle en gendarmerie (normal !). Le premier jour, ambiance très tendue, et Djamel manifeste le désir de retrouver sa française. « Non, tu n’iras pas », « Laisse cette traînée » et le flot d’injures usuels… Ce qui devait arriver, arriva… Djamel prend son sac, claque la porte… et disparaît… et part chez sa copine, toute heureuse. Il respecte ses obligations (contrôles policiers) et c’est sa française qui le ramène à Saint Mihiel. Ce qui n’est pas « normal » : celui qui prend en charge le transport d’un permissionnaire doit assurer l’aller et le retour, on lui fait signer une prise en charge !!!
L’incident est noté… Et ce, d’autant plus que la prison pensait ne pas le revoir. En effet, son père était allé, à la gendarmerie, déclarer sa disparition, chose que les gendarmes ne comprenaient pas puisque Djamel était venu « pointer » à chaque moment fixé. Bref, deuxième rapport d’incident qui arrive à la prison, par la gendarmerie…

Il est vrai qu’à son retour, j’avais remarqué que cela n’allait pas, ce qui ne m’a pas surpris, car c’est souvent (trop souvent) le cas… L’abattement psychologique est fréquent pour ne pas dire l’habitude… l’obligatoire…, au retour de perm.

Il est donc venu se confier à moi. Est-ce moi qui lui ai demandé ce qui n’allait pas, est-ce lui qui est venu spontanément, je ne sais plus, mais le résultat est qu’il me raconte le déroulement de sa perm… Cela me laisse perplexe… et je sens qu’il ne faut pas laisser cela prendre des proportions « irréalistes » et je lui suggère d’écrire au Juge d’Application des peines pour lui expliquer sa situation et s’excuser… ce, afin d’éviter des sanctions « lourdes »…

En fait de sanction, il n’y en a eu qu’une, que je trouve monstrueuse, et c’est à cause d’elle que je vous ai évoqué le cas de Djamel : l’administration ( et/ou le JAP) lui a fait choisir entre ses parents et sa copine, qui il préférait voir venir au parloir…

Je pense que la réponse, vous l’avez deviné, il a choisi sa copine…
Cela me semble d’autant plus monstrueux qu’à la suite de cet incident, car il ne s’agit bien que de cela, à la suite de ce conflit familial, les parents de Djamel et sa copine avaient poursuivi leur venue au parloir, sans problème, lui-même gérant, par téléphone, les heures et jours de chacun. Il me faut vous préciser que la décision de l’administration pénitentiaire n’est arrivée que deux mois après les faits…
Quand j’ai appris cela, j’étais effondré, à sa place. C’était, pour moi, d’autant plus incompréhensible que les parents, en fait, s’étaient « enfin » rendus compte de l’absurdité de leur attitude, de ce mariage forcé (combiné), de plus, il avait admis le principe d’un futur divorce, et que surtout, il me semble qu’ils avaient enfin compris que les coutumes devaient être « actualisées ».
En lui-même, Djamel était quand même content de son combat et il n’était plus inquiet quant au sort de ses trois frères et sœurs, plus jeunes… les choses avaient bougé dans le bon sens…
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22.08.2008

Ignace... en prison

Quelques cas personnalisés qui, souvent, pourraient être généralisés…

Ignace

Il est des gars « impénétrables » que l’on croit connaître et qu’en fait, on ne connaîtra jamais… J’ai vécu pendant de nombreuses heures (mois) avec ce gars (la quarantaine), car nous avions de nombreuses activités communes. De plus, il était dans mon unité et même si nous n’avions pas les mêmes centres d’intérêt, nous pouvions cependant « échanger » quelques impressions.
Pour vous présenter son affaire en quelques mots, je vous dirai qu’il se dit victime de complot(s) familial (iaux), qu’il s’est laissé accuser pour protéger sa sœur, qu’il est innocent de ce qu’on lui reproche, que ce sont les autres qui ont menti, que tout cela n’est pas, matériellement, possible, que la Justice est contre lui, que l’enquête a été mal faite ou pas faite du tout, que le juge d’instruction lui en veut particulièrement pour des raisons inconnues, c’est la faute de son avocat (payant) qui n’a rien compris et ne l’a pas défendu, l’a même « jeté », au dernier moment, que sa place n’est pas ici, qu’il sortira l’année prochaine, etc…
Bref, en deux peines (une, en correctionnelle, et une, en assises) il en a pris pour 22 ans… pour des problèmes de mœurs, vous vous en étiez doutés, je pense.
En fait, son affaire était si complexe, si obscure, et ses propos si contradictoires que je n’ai jamais eu (voulu) essayer de la comprendre, de rentrer dedans, de prendre partie… (on se serait fâché, ce que je ne souhaitais pas, car il avait, à mes yeux, certaines qualités). Je n’ai pris que ce qu’il m’en a dit et ce que j’en ai compris à travers les multiples (innombrables) courriers qu’il adressait tous azimuts aux juge d’instruction, procureur, maires, témoins, médecins, etc… anciens élèves, amis, clients, etc… Il est vrai que son orthographe était tel qu’il me fallait au moins deux relectures / corrections pour les rendre compréhensibles et en français lisible.

Mais, il écrivait, cherchait des preuves, des témoignages, de la matière à révision de son dossier, mais pour moi, toutes ces recherches sont (seront) vaines, car, je vous l’ai déjà dit : « la chose jugée est très, très rarement contestée (contestable) ».
Tout cela, il fallait le faire avant « ses » jugements ».
La seule chose qu’il a réussi à faire, c’est se mettre la « chose judiciaire », d’une manière irrémédiable, contre lui, et que, maintenant, pour faire admettre « une » petite vérité… c’est pour lui, chose impossible…

Il me faut vous préciser que, même pour moi, son passé n’est pas clair. Je vais essayer de vous l’expliquer.

Il est fils de militaire. Son père et sa seconde femme (sa belle-mère, donc) viennent le voir, chaque semaine. C’était chaque fois un moment de conflit, mais ils venaient. Il leur téléphonait tous les jours et les « engueulait » quand ils n’étaient pas chez eux… (à attendre son appel,… que d’ailleurs, il ne donnait pas à heure fixe… !).
Dès son plus jeune âge, il a souffert d’une maladie cardiaque (maladie bleue ?) dont je ne connais pas les détails si ce n’est que cela lui provoquait certains symptômes bien visibles comme les mains froides et un eczéma sur tout le corps.
Donc, il fut mis en pension médicalisée dès son plus jeune âge, sa présence, à ses dires, troublant l’équilibre familial et ses proches. Il a subi plusieurs opérations du cœur et aujourd’hui, à l’exclusion d’un traitement lourd, aucun signe visible de cette maladie n’est perceptible. Cependant en 1986, date présumée des faits, il avait, selon lui, des symptômes visibles de sa maladie. Bref, à 18 ans, on le disait mort dans les mois à venir. Mais il est toujours là.
Avant sa seconde condamnation et ensuite, il fit la grève de médicaments, donc il ne les prenait plus… et cela dura plusieurs mois… En fait, il s’est affaibli, il a maigri, il est devenu plus irritable… Arrêter son traitement, selon lui et le corps médical, devait provoquer sa mort, ou, pour le moins, des malaises mortels,…mais, il n’est pas mort…
Depuis son enfance, il a l’âme artiste, et il est artiste. Dès l’adolescence, il vécut une vie d’artiste comme disciple d’un certain nombre de peintres, pour moi, inconnus, et pour eux, comme il était « doué », il faisait, pour son plaisir, et le gîte et le couvert, des tableaux dans le style et avec la signature du maître.
Est-ce vrai, je ne sais. Ce qui est sûr, c’est qu’effectivement, il avait des connaissances artistiques (hors de la moyenne) et de plus, il dessinait (peignait) bien. C’est, certes, abstrait et pas toujours compréhensible pour un profane comme moi, mais, visiblement, son art, à l’entendre, lui avait rapporté beaucoup d’argent, et il avait encore de nombreuses oeuvres (en stock). Il était pourtant assez radin (plus qu’économe) et vivait avec presque rien… Il me prétendait ne pas vouloir demander de « son » argent à son père qui gérait ses affaires (sans lui rendre de compte !!!). Est-ce vrai, je ne sais.

Comme tout artiste, il a eu une vie quelque peu chaotique, décousu, et même, à ses dires, quelque peu (ou beaucoup) dépravé… à travers diverses expériences sexuelles… ! Est-ce vrai, je ne sais.
A part son art, il donnait des cours collectifs et privés de peinture dans le cadre d’une association. Il fut, aussi, président de l’association locale des « Restos du Cœur », pendant plusieurs années et fit donc de l’insertion professionnelle d’handicapés mentaux légers.
Sa première affaire de mœurs est en rapport avec sa famille et, si j’ai bien compris, une histoire de photos de sa nièce nue et d’autres enfants, retrouvées chez lui et dans son ordinateur. Pour lui, cela n’avait aucun caractère pédophile… il s’agissait de photos artistiques… ! Il semble que la Justice ne soit pas de son avis…
Sa deuxième affaire est en rapport avec son activité au sein des « Restos du Cœur » ou plutôt avec la fille (gardée par sa belle mère, chez eux) de la secrétaire de l’association qui s’occupait des handicapés qu’il embauchait en CES. Il y aurait eu, pour le moins, selon la jeune fille, attouchements…
Tout cela est contesté par lui. Je l’ai connu avant son deuxième jugement. Pour lui, il aurait du être relaxé (non-lieu). Tout cela était monté pour lui nuire. La date des faits de la seconde affaire était bien antérieure à la date de son premier jugement.
Si je vous dis tout cela, c’est pour vous faire comprendre que, dans tout condamné (ou beaucoup), il y a toujours (très souvent) une façade fausse, un jeu mensonger pour les autres, même pour ceux qui ont été plus familiers comme je l’étais avec lui.

Bref, il ne m’a jamais montré un document « officiel » important dans ses affaires (mise en examen, avis à parties, conclusion d’avocat, etc…) donc, je ne sais que ce qu’il a bien voulu m’en dire et c’est de cela que je veux vous parler.

Tout d’abord, il m’a menti sur la durée de sa peine et donc, par ricochet, sur la nature de sa condamnation. En effet, je vous l’ai déjà dit les longues peines sont synonymes de mœurs ou meurtres (+ de 5 ans).

Pour lui, il devait sortir avant l’été 2004 (alors que c’était 2009).
Si je lui en veux quelque peu, c’est pour cette attitude mensongère. Je n’ai appris la date réelle de sa sortie que lorsqu’il est parti pour son deuxième jugement.
Je me sentais assez familier (ami) avec lui, pour qu’il me dise la vérité. Et ce, d’autant plus qu’il savait que je n’étais pas celui qui irait raconter la vérité. Ce qui m’a déplu, aussi, c’est qu’il était assez critique (entre nous) envers les membres de sa confrérie (pointeurs). Pour le moins, il pouvait rester neutre…

Tout cela a fait que, lors de son retour, de surcroît, dans mon unité, son ancienne unité (ce qui est assez rare), je ne l’ai plus vu sous le même œil et nous n’avons plus jamais parlé de « ses affaires ». J’ai essayé de me mettre un peu, en retrait (sans faire, pour cela, la gueule) et je me suis efforcée de me cantonner à ma seule fonction de correcteur de fautes d’orthographe (plus de relecture circonstanciée pour rendre la chose plus compréhensible). J’ai limité nos rapports à une cohabitation pacifique. En bref, je ne lui veux pas de mal, mais, je ne lui veux pas de bien, non plus. Pas bête, il a compris mon changement d’attitude et n’a rien fait pour l’améliorer… !

J’ai gardé mes distances dans la mesure du possible. Pas de zèle, pas d’avance d’entraide, nos relations sont encore « correctes », sans plus…
Mais, vous l’avez compris, il m’a « déçu »…, au niveau « humain »…

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A travers : « 1019 jours de détention… ou la vie en prison, vue du dedans, comme si vous y étiez… » (index des notes sur la journée du 7 janvier)
Clémence et Paul Denis tentent de vous faire vivre le quotidien d’un détenu « moyen », pas inculte, mais pas VIP, non plus (vous avez l’intégral de ce bouquin, complété par vos questions / remarques et mes réponses…).
Nota : Sur la journée du 14 janvier, vous trouverez un lexique des mots qui méritent une explication et/ou un commentaire…
……..
Ma Prison… ou quelques questions qui fâchent… et des solutions proposées…
A travers ces pages, Paul Denis poursuit sa réflexion, il ne se considère plus comme un détenu, mais comme un observateur qui très souvent est devenu un confident.
Vous trouverez, sur la journée du 17 mai les dates de parution de mes articles…
……
Les bouquins de Paul DENYS n’ont pas encore trouvé d’éditeur.
Si vous désirez avoir leur version papier, vous pouvez acquérir (l’un ou l’autre ou les deux) en envoyant, par volume, un chèque de 17 € (frais d’envoi compris) à Ligue des Droits de l’Homme (LDH 57), 3 rue Gambetta à 57000 METZ. Pour 10 €, je peux vous l’envoyer par e-mail (150 pages A4 ou 220 pages A4).

20.08.2008

Bruno... en prison

Quelques cas personnalisés qui, souvent, pourraient être généralisés…

Bruno

Voilà un exemple typique d’une aberration de la « chose judiciaire ».

Une nouvelle loi (du 15 juin 2000) a « prôné » la présomption d’innocence, c’est à dire que toute personne est considérée comme innocente des faits qui lui sont reprochés, tant qu’elle n’a pas été déclarée coupable par la juridiction compétente.

Sa mise en application au 1er janvier 2001, a eu pour effet de mettre « dehors », un certain nombre de détenus en détention provisoire (c’est à dire avant d’être jugé).

Bruno avait été incarcéré pour usage et petit trafic de stupéfiants, et ce, depuis plusieurs mois. Bref, en vertu de cette nouvelle loi, il a été libéré « en provisoire », sous contrôle judiciaire, il sera jugé, plus tard, « en libre »…

Le problème est ce « plus tard », car il est arrivé bien tard, plus de 18 mois après sa libération provisoire…

Entre temps, comme il se doit, il avait vécu en « honnête citoyen », avait trouvé un travail (il était cariste de métier), il s’est même marié et a eu un enfant.

Donc, plus de deux ans après l’accomplissement de son délit, et de nombreux mois après son retour à une vie normale sans usage de stupéfiants… il est condamné pour usage et revente de stupéfiants (en récidive, il me semble) à trois ans de prison. Il avait déjà fait six mois, il lui en restait donc 24 à faire…

Incarcération « à la barre » (donc arrivé « en libre », ressorti en direction de la prison, entre deux gendarmes).

Ce qui devait arriver, arriva. Sa femme l’a quitté après quelques mois de visite au parloir…

Il me faut vous dire que lui-même reconnaît que son couple n’allait pas fort et que la détention (prévue) n’a été que le catalyseur d’une rupture qui aurait, peut-être (ou sûrement), eu lieu, quand même.
Il est vrai que d’un physique agréable, d’un caractère affable, sans être un homme à femmes, il reconnaît qu’il plaisait aux femmes (même beaucoup plus âgées que lui qui a maintenant 24 ans), depuis son plus jeune âge. Il est vrai qu’il est doté d’un physique et d’un attribut mâle qui peut plaire à certaines femmes… !

De plus, plutôt intelligent, et d’un milieu plus que correct, sa compagnie était agréable : on pouvait discuter avec lui (ce qui n’est pas le cas de nombreux détenus…), il avait de la conversation…
En fait, ce que je veux vous démontrer, avec son cas (qui n’est pas unique, j’en ai connu au moins 4 ou 5), c’est que toute loi, même si elle est bonne, peut avoir des effets pervers dans son application.

Ainsi, lors de son jugement, donc plusieurs années après les faits, alors qu’il était sorti de toute délinquance, qu’il a su se créer une famille, qu’il avait un emploi « stable » qui lui permettait de bien vivre avec sa famille, les juges n’ont pas tenu compte de sa « nouvelle » vie et situation et l’ont condamné, comme s’il venait d’être arrêté, en flagrant délit…

Ceci me semble, tout à fait, significatif du malaise actuel de la justice qui est aveugle et ne tient pas compte de l’individu et des conséquences que peut avoir la détention sur un individu et sur sa famille.

Lui-même le disait, il n’a pas demandé cette libération provisoire, c’est la loi et la justice qui lui ont donnée.
De plus, s’il avait été jugé en 1999/2000, sa peine aurait été moindre qu’en 2002. La chasse (répression) aux usages de stupéfiants n’était pas encore dans l’air du temps…
Je pense qu’à juste titre, il pouvait être amer d’une telle situation.

Je ne suis pas inquiet pour lui… il repartira bien… d’ailleurs, ici, il a pris l’emploi de cariste, et à sa sortie, son ancien employeur était prêt à le reprendre et l’attendait avec impatience, car, dans son boulot, il était un gars sérieux et apprécié.

Pour sa vie personnelle, ce sera peut-être moins facile… Il avait (déjà) une nouvelle copine (une ex) qui venait le voir au parloir…, mais elle est très jalouse… et je ne suis pas sûr qu’il ait perdu son côté beau gosse dragueur, pendant ses deux ans de détention…
Sincèrement, je lui ai souhaité un bon retour à la vie « dehors »… mais je crains que cela ne se passe pas aussi calmement que ce serait souhaitable…

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A travers : « 1019 jours de détention… ou la vie en prison, vue du dedans, comme si vous y étiez… » (index des notes sur la journée du 7 janvier)
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18.08.2008

Jean-Baptiste... en prison

PORTRAITS – Quelques cas personnalisés qui, souvent, pourraient être généralisés

Jean Baptiste

C’est sûrement le gars (la trentaine) le plus surprenant (en bien) que j’ai côtoyé…

Pourquoi est-il là ? J’ai bien eu du mal à l’apprendre, mais lui m’avait dit qu’il avait une très longue peine, en fait, plus de 10 ans, pour meurtre à la suite d’une bagarre dont j’ignore le pourquoi et le comment. Il a déjà fait 4 ans, il lui reste encore 7 ans à faire (sur le papier : 2011).

Je l’ai connu en formation. Pendant longtemps, bonjour, bonsoir, guère plus. Pour moi, il était une énigme : jamais un mot plus fort que l’autre, jamais une humeur ou une animosité pénibles, jamais une prise de parole, pour l’entendre, il fallait l’interroger, voire le supplier, et c’est ce que les formateurs lui reprochaient le plus, car ses résultats étaient moyens, légèrement faibles, et son silence n’arrangeait rien, car il ne manifestait pas ses difficultés…

Les circonstances ont fait que j’ai décidé de changer de place, en cours, et je me suis mis près de lui. C’est alors que nous avons commencé à sympathiser. Non, cela a commencé avant, car nous étions, en pratique, dans le même groupe et le hasard a fait que je me suis retrouvé à côté de lui et comme certaines préparations devaient être faites à deux, nous nous étions mis ensemble…
Donc, quand j’ai voulu et décidé de changer de place, je me suis, naturellement, mis près de lui, et nous avons pu « réviser » ensemble… et donc, nos relations, peu à peu, se sont amplifiées…

C’est alors qu’il a décidé de se dérider (à me parler) et que j’ai commencé à percer le mystère dans lequel il se mettait. En fait, je n’ai pas su plus de chose sur son affaire, d’ailleurs ce n’était pas dans mes préoccupations, par contre, j’ai compris son malaise intérieur et sa souffrance.
Il me parla de lui, de sa femme, de leur fille (3/4 ans) qui venaient le voir, chaque semaine, du bout de la Meurthe et Moselle (au prix de mille efforts physiques et financiers – sa femme travaillant, elle n’avait qu’un jour de congé et le passait sur la route…). D’ailleurs, lui, travaillait au Luxembourg, comme chauffeur routier, je crois.

Il m’a confié que son seul objectif et souhait était d’être transféré dans une prison plus proche des siens.

D’ailleurs, on lui avait promis et si, au CNO (Centre National d’Observation) de Fresnes où passent, obligatoirement, tous ceux qui sont condamnés à une peine supérieure à 10 ans, si « on » avait décidé de l’envoyer, ici, à Saint Mihiel, c’était pour suivre une formation de « pâtissier »… ! Mais il était prévu qu’il finirait sa peine, près chez lui…
Ce transfert le travaillait, lui obscurcissait ses journées (et nuits, sûrement), bref, ce qu’il craignait, par dessus tout, c’était de louper son CAP et que son transfert, tant désiré par lui et les siens, soit différé. Il a obtenu son CAP et attend… son transfert, prévu depuis mars…

Si je voulais vous parler de lui, c’est pour vous prouver, s’il en était nécessaire que, dans certains cas, la détention est tout à fait inutile. Certes, pour avoir eu une condamnation de plus de 10 ans, les circonstances et faits reprochés doivent être graves.
Mais la nature même de l’individu me fait penser qu’après jugement, ce type d’individus, par son attitude plus que correcte, presque invisible, méritait une deuxième chance et méritait une peine de substitution (type bracelet) moins contraignante pour sa famille et son avenir.

Mon propos n’est pas de réduire sa culpabilité, mais il a pour objet de vous démontrer que parfois, même s’ils sont rares, certains détenus n’ont pas leur place en prison…

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15.08.2008

Joan... en prison

PORTRAITS – Quelques cas personnalisés qui, souvent, pourraient être généralisés…

Joan

C’est un des plus jeunes détenus que j’ai connus (20 ans), avec déjà trois ans de détention derrière lui, et il en a encore 9, devant lui.
Il est là pour meurtre. D’origine brésilienne, de famille plus que désunie, quasiment à la rue, abandonné, il passa sa jeunesse (de 9 à 17 ans) en Guyane française. Il était sensé être pris en charge par la DAS et/ou sous tutelle, contrôle, pris en charge par une famille qui n’est pas la sienne, mais il appelle sa mère d’adoption : « Maman »…
Très jeune, ayant commis l’irréparable, lors d’un encaissement, faisant partie d’un clan de dealers, pas le meneur, mais c’est lui qui avait l’arme… il va passer toute sa jeunesse en prison.
Et, vous vous en doutez, et on peut le comprendre, cela ne se passe pas bien, il la supporte très mal, cette détention, plusieurs tentatives de suicide, de nombreux conflits (bagarres) avec des détenus et/ou des surveillants, souvent en état dépressif, parfois en pleine forme (à croire qu’il va sortir demain), donc très instable… On le serait à moins…

A cela, vous rajouterez l’inconnu du lendemain. N’ayant pas de papiers « français », il sera expulsé vers un pays qu’il ne connaît pas ou plus : le Brésil, alors que les seules attaches qui lui restent, sont sa famille naturelle (très peu, malgré qu’il soit de famille nombreuse – 7 enfants, je crois, dans les plus jeunes, de 2 ou 3 pères différents) et surtout sa famille d’adoption qui reste attachée à lui et avec qui il correspond… un peu…
J’ai beaucoup discuté avec lui, il a été un moment dans mon unité, pour le réconforter, mais trouver les « bons mots », c’est dur devant quelqu’un qui doit faire encore 6 ou 7 ans de prison (minimum) car son attitude de révolte lui a voulu quelques séjours au mitard, et donc, lui fera perdre des jours de RP et RPS (Remises de Peines et de Remises de Peines Supplémentaires).

Que penser de sa situation ?
Même s’il a des regrets, c’est du moins ce qui m’a semblé, je ne pense pas qu’il ait compris la gravité de son geste. Même s’il a été le dindon de la farce, c’est quand même lui qui va payer… et son avenir, il ne le prépare pas. Avec le temps, peut-être, il en aura conscience d’ici sa sortie, mais fera-t-il le nécessaire ?…

Que penser de sa présence parmi nous ?
Certes, il est mieux, ici, qu’en Centrale où il devrait être (peine de plus de 10 ans), mais là-bas, il serait le jeunot, avec des routards de la délinquance et du banditisme, et vu son jeune âge, il risquerait de subir des sévices physiques voire sexuelles (car cela reste une réalité, malgré les discours officiels).

Ici, il se retrouve avec des jeunes de son âge et même s’il en verra un bon nombre « sortir » alors que lui restera… c’est quand même une ambiance, pour lui, plus acceptable.
Je pense que son cas n’est pas unique, hélas, et je me demande s’il ne devrait pas y avoir des structures pour ce public « jeune et à longue peine » où ces jeunes pourraient se restructurer avec un projet professionnel et avec des activités spécifiques à leur âge.
Il me semble qu’ils ne sont pas (plus) dangereux, mais que si rien n’est fait pour les aider à redémarrer avec des chances de réinsertion réussie, le retour à la délinquance sera facile à mettre en place, n’oublions pas que le prison est et reste une école de la délinquance (la plus multiple)…

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A travers : « 1019 jours de détention… ou la vie en prison, vue du dedans, comme si vous y étiez… » (index des notes sur la journée du 7 janvier)
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Nota : Sur la journée du 14 janvier, vous trouverez un lexique des mots qui méritent une explication et/ou un commentaire…
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Ma Prison… ou quelques questions qui fâchent… et des solutions proposées…
A travers ces pages, Paul Denis poursuit sa réflexion, il ne se considère plus comme un détenu, mais comme un observateur qui très souvent est devenu un confident.
Vous trouverez, sur la journée du 17 mai les dates de parution de mes articles…
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Si vous désirez avoir leur version papier, vous pouvez acquérir (l’un ou l’autre ou les deux) en envoyant, par volume, un chèque de 17 € (frais d’envoi compris) à Ligue des Droits de l’Homme (LDH 57), 3 rue Gambetta à 57000 METZ. Pour 10 €, je peux vous l’envoyer par e-mail (150 pages A4 ou 220 pages A4).

13.08.2008

Mohamed

Mohamed

C’est un jeune gars de 20 ans avec qui j’étais en formation, français, mais d’origine marocaine, et fier de l’être. Il habitait un quartier « chaud » de Strasbourg.
Il était là pour stupéfiants… sans regret, sans véritable projet, ses seules préoccupations étaient de bien vivre ici, comme dehors.
A cet effet, il était bien soutenu par sa famille et proches (copine et amis)… et il dépensait, chaque semaine, en cantine, près du double de ce que je dépensais par mois. Donc 200/250 €/semaine, en produits essentiellement sucrés et viandes… qu’ils ne cuisinaient pas lui-même…
En effet, sa spécialité, et c’est pour cela que je veux vous parler de lui (et c’est ce qui m’inquiète pour son présent et avenir surtout), c’est qu’il ne sait pas faire quelque chose tout seul. Il lui faut toujours un ou deux acolytes, et en toutes circonstances, aussi bien en formation qu’en détention (et je pense « dehors »), je l’ai même vu remettre un devoir sur lequel son nom était mal orthographié, et bien sûr, pas de son écriture…

En pratique, il parlait beaucoup, s’agitait beaucoup et laissait faire les autres sauf pour certaines choses qui le motivaient (quelques temps) et certains jours, ce pouvait être même pour le nettoyage du labo (alors qu’a priori), il ne faisait pas le nettoyage dans sa propre cellule, un des ses boys s’en chargeait.

Vous l’avez compris, cette « dévotion » n’était pas gratuite. Il savait acheter son monde et je dirai même qu’il était « généreux ».
Ici, vous vous en doutez, il continuait son business, son trafic de cannabis, trafic florissant, jugez-en : il ne fumait que des Malboro (alors que 95 % des détenus fument des cigarettes roulées, à partir de tabac blond, de bas de gamme). De plus, il utilisait le téléphone avec abondance… et devinez… il ne cantinait jamais (il me l’a dit) ni tabac, ni carte téléphonique… !!!

Et c’est aussi une des raisons pour lesquelles, j’ai choisi son cas (qui n’est pas unique).
Comment se fait-il que cette absence d’achat ne soit pas remarquée ? Est-ce de la complaisance, est-ce de l’inconscience ?

De plus, comme il n’était pas idiot… eh bien… à ma connaissance, lors de fouilles (au sortir du parloir) ou lors de fouilles « surprises » (corporelles ou de cellule), il ne s’est jamais fait prendre en possession de cannabis et pourtant, n’en doutons pas, il en passait entre ses mains… !
A part ce côté négatif, c’est un gars sympa, d’un abord facile, comme je l’ai dit « au grand cœur » même s’il savait rappeler le service rendu. Je pense être un des rares à lui avoir toujours tenu tête… Il est vrai que je ne lui ai jamais rien dû.

Pour vous parler de sa vie privée, il avait une copine (au demeurant mignonne, je l’ai vue au parloir), c’était le grand amour et j’ai été lecteur de leurs lettres… quelle pauvreté… pas d’originalité… que des banalités… Je ne sais plus en quelle occasion, je lui ai même fait un ou des brouillons et un acrostiche avec leurs prénoms…
Ce qui était assez surprenant (choquant), c’était le différence manifeste entre l’attitude qu’il avait avec sa copine et la vision (en paroles) qu’il donnait de la femme… Je n’en doute pas, il devait, malgré son jeune âge, avoir une certaine expérience, en matière sexuelle, mais ses propos étaient surprenants et ils laissaient transparaître l’influence des médias, du cinéma et de la TV… ! des clichés qu’il faisait siens, alors que, je pense, il n’en était rien… il vaut mieux que cela…

Pour vous situer encore le personnage qui représente, pour moi, l’image que je me fais du jeune d’aujourd’hui, plein d’insouciance, d’irresponsabilité et à qui il manque un minimum de réalisme et de savoir-vivre (et bien sûr de sens de son rôle social), je vous dirai qu’il faisait partie des plus perturbateurs dans nos cours (d’ailleurs, il n’a pas fini la formation pour cette raison…).
Il avait, néanmoins, fait de réels progrès aussi bien dans son attitude qu’en savoir. Mais son côté « perturbateur » en détention lui a été fatal… Bref, c’était le gars qui, en plein cours, en plein exposé d’un formateur, voulait poser une question, tout de suite, sur un sujet ayant aucun rapport avec ce qui se disait alors. Ou, il avait une envie (comme celle de lire un texte) et il fallait qu’il soit choisi ou il faisait la gueule…
Je ne connais pas sa famille, mais a priori, il devait être d’une famille, au dessus de la moyenne, sans problème particulier, qui devait « déplorer », impuissante, la dérive de leur fils…

Bien que souvent désinvolte, il était, à mon égard et à l’égard de ses aînés, correct, poli, pour ne pas dire respectueux. Son éducation n’a pas du être mauvaise, malgré sa dérive et sa délinquance.
Je ne le sens pas meneur, mais il ne devait pas être le dernier lorsqu’il fallait faire un mauvais coup…
Des Mohamed, nous en avons un bon nombre, ici, qui sont là, pour 2-3 ans… et qui compte bien y revenir… s’ils ne peuvent pas l’éviter…
Pour eux, ce n’est pas eux qui doivent changer, c’est les autres, la société, en général…

Et avec l’argent facile de leur trafic, il est difficilement pensable qu’ils vont renoncer à leur train de vie. Et même si le cannabis était « en vente libre »… je pense qu’il risquerait de passer au cran du dessus (comme vendeur)…
Comme je l’ai déjà dit, en d’autres lignes, je ne sais ce qu’il faut faire… je crains fort que ce soit une génération de perdue… Mais il faudrait préserver la suivante et les plus jeunes, pendant qu’il est encore temps…

Nota : Me suis-je trompé sur le personnage ? Je ne sais, mais j’ai appris, de sources sûres, depuis la rédaction de ce texte que Mohamed, en fait n’était pas là, pour trafic de stupéfiantes, mais parce qu’il était le meneur d’une « tournante », donc pour délit sexuel… Cela me surprend, mais à la réflexion, c’est dans les choses possibles… Si c’est vrai, cela démontre, une fois de plus, la difficulté de cerner quelqu’un et la facilité qu’a un individu de cacher la (sa) vérité…
Au demeurant, mon texte reste valable, car il dépeint une certaine catégorie de détenus, bien dans leur peau… en prison… des caïds…

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11.08.2008

Portrait

PORTRAITS – Quelques cas personnalisés qui, souvent, pourraient être généralisés…


Jean et Jérôme

Voilà encore deux cas qui méritent quelques minutes de mon temps (libre)… Ils sont âgés autour de 25 ans…
Ils se connaissaient dehors, étant du même quartier, mais ne faisaient pas partie du même clan… ils étaient même plutôt des rivaux.
En effet, leur activité favorite (d’ailleurs, la seule) était le vol, le petit braquage, bref de la combine au quotidien…
Ils ne sont pas arrivés, ici, donc par hasard, dirons-nous plutôt par obligation et le cumul de petites peines leur vaut plusieurs années, pour l’un 4, pour l’autre 7… !

Ce, en quoi, ils me surprennent, c’est leur désinvolture et leur sincère non-regret de leur activité… ils me semblent qu’ils sont même prêts à recommencer.
Mais, vous savez ce que j’en pense, il n’y a pas de fatalité.
Ils font partie de ceux qui n’ont pas de réelles familles ou pour le moins l’exemple qu’ils y avaient, étaient la délinquance et la prison.
Jean a un père et un frère en prison, Je crois que le frère est « sorti »… et ce que lui reproche Jean, c’est l’indifférence et son silence. Il m’a dit… : « Mais moi, je lui ai écrit, il m’a même pas répondu et pourtant, je lui avais mis un timbre ».

Donc un pur fruit de la rue, d’une cité surpeuplée où la règle est la délinquance… aucune possibilité d’y échapper… pas de structures, pas d’aide.
Je connais moins Jérôme, mais il m’a dit qu’il avait aussi un frère en prison… ! Je vais vous faire part de sa réaction lorsqu’il a compris que « la prison » devenait inévitable…

Devinez… il s’est engagé à la « Légion Etrangère ». Il est vrai qu’il a un physique de sportif, sans l’être trop, et s’il n’y est resté que quelques mois, je ne pense pas que ce soit en raison de problème physique… mais la discipline lui a semblé, pire que l’éventualité de la prison, et donc, il quitta la Légion et s’est donc « naturellement » retrouvé en prison.

Ce en quoi, ils me surprennent, c’est la légèreté et la fanfaronnerie qui leur sont propres et qu’ils utilisent pour parler de leur exploit…
Et en plus, je ne pense pas qu’il y ait trop d’exagération.
A la limite, ils se donnaient des tuyaux, des conseils, de nouvelles techniques et/ou idées. C’était un véritable échange.
Au demeurant, au niveau humain, et ici, ils sont tout à fait « normaux », voire sympathiques, pas d’agressivité, une certaine politesse. Pour modérer ce propos, je viens d’apprendre qu’il semblerait que Jean pratique sur d’autres un peu de racket… Je n’en ai pas la certitude… mais, à la limite, c’est une des attitudes que je lui vois bien faire… ici…
Ce qui est surprenant, c’est leur dérapage et ce qui les a fait dérapé. Avaient-ils le choix ? Je n’en suis pas sûr… le mauvais exemple et l’environnement favorable étaient là…
Ils avaient conscience de payer leur dette à la société, mais ils regrettaient d’être là pour « si peu de choses »… et leur révolte contre les vrais délinquants, pour eux, les pointeurs (violeurs) est grande.

Un autre regret, ils le trouvaient dans les informations TV et les grands procès ou plutôt les affaires d’hommes politiques ou d’affaires qui ne sont mis plein de fric, dans les poches.
Eux n’ont pas d’arrière. Leur business leur permettait de vivre, peut-être de bien vivre… Mais aujourd’hui, pour eux, c’est galère, pas d’aide extérieure, pas de rentrée d’argent… et donc une « agressivité » naissante contre une situation et un système qui sait punir, mais qui ne sait pas « occuper » ses prisonniers…

Impression réaliste que je partage.

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08.08.2008

La réinsertion...en prison

La réinsertion :

Pour la quasi totalité des délinquants, y compris moi, je pense que la détention était nécessaire… Pour le moins, elle permet de prendre un certain recul sur les faits et nos circonstances de vie.
Il est vrai que parfois, elle pourrait être évité et ils existent des moyens bien plus contraignants que la prison, qui peuvent passer par l’obligation de « travailler », de « changer de région », de « suivre une thérapie », « d’accepter de changer tout simplement ».

La prison a la faculté de mettre à l’écart les délinquants.
La prison est aussi une bonne école de la délinquance.
Celui qui veut « acquérir » des techniques de délinquance, des méthodes d’acquisition de l’argent facile, des adresses, des conseils, etc… tout cela, il le trouve « gratuitement » en prison.
Moi-même, j’ai été, à plusieurs reprises, sollicité. Le seul « regret » de certains, c’est d'être en prison, pour « si peu de choses », alors que d’autres, pour quelques mois de plus, ont tiré profit de leur délinquance, beaucoup plus qu’eux.
Et l’adage qui dit que la prison est « l’école du crime » ou « de la délinquance » reste une réalité, bien concrète…

Et pour éviter cette promiscuité « pernicieuse » ; il n’y a pas 36 solutions, je n’en vois que deux :

- soit, il faut « parquer » les délinquants, selon leur délit (les stupéfiants avec les stupéfiants, les voleurs avec les voleurs, les violeurs avec les violeurs, etc…) ce qui implique des Maisons d’arrêt à casiers, sans communication entre ces casiers, puisque c’est lorsque tu es en préventive (donc non condamné) que tu es le plus en relation avec des gens qui t’étaient inconnus, avec des délits qui t’étaient inconnus, parfois bien tentant…
Ce clivage n’est pas d’actualité, dans les faits, puisque l’on vit une surpopulation carcérale qui oblige les meilleures volontés à ne pas respecter un minimum de précaution…

- soit, il faut « réduire », le temps de détention à son minimum, et nous avons vu que dans de nombreux cas, c’était tout à fait possible, souhaitable pour ne pas dire nécessaire : ce qui aurait un avantage certain, cela permettrait d’appliquer la politique « quasi indispensable » de Sarkozy, le « 100 % répression »… on saurait où les mettre. Les places se libéreraient rapidement, et, se rempliraient rapidement. La construction de nouvelles prisons serait tout à fait inutile, seule la rénovation (ou le remplacement) des prisons-poubelles s’imposerait, ce serait quand même moins coûteux, en argent et en personnel.
Mais, pour que cette réduction du temps de prison ne soit pas un retour à la case « départ », il faut, et là, c’est une obligation que tous les délinquants soient « libérés » ou « maintenus en liberté » (pour ceux qui n’ont pas encore connu la prison) dans le cadre d’une « libération conditionnelle », c’est à dire avec une épée de Damoclès sur le tête, et avec l’obligation d’être suivi et encadré.
Pas de la façon dont c’est fait actuellement, c’est à dire un simple contrôle administratif de présence et d’occupation (souvent le résultat de faux en écriture… = nouveau délit), mais un véritable suivi sur le tas, un « suiveur » pour 10 ou 15 gars, un suivi quotidien quand c’est nécessaire, et en tout cas au départ, un suivi mais aussi une aide, un soutien de chaque instant.

C’est une nouvelle profession à inventer, entre le psychologue et le travailleur social, entre le « grand frère » et « le chef de clan », entre le père de famille et l’ami.
Bref, quelque chose d’atypique, qui doit être capable d’évoluer, au jour le jour, qui doit rendre des comptes, qui doit être là, chaque fois que nécessaire, et en tout cas, qui doit répondre à « tout appel » que celui-ci soit visible ou qu’il soit invisible.
Vous allez me dire que cela va coûter de l’argent, oui, mais pas plus que la prison…
Rappel : un détenu coûte entre 90 et 120 €/jour, ce qui nous donne pour 15 gars « suivis » un crédit journalier de minimum 1.000 €… Imaginez ce que l’on peut faire en matière de réinsertion avec 1.000 €/jour.

De plus, ces « anciens détenus » vont entrer « obligatoirement » sur le marché du travail « légal », donc ils vont générer des cotisations sociales, de l’impôt. Je ne peux pas dire qu’ils vont faire marcher l’économie, car cela, avec de l’argent « sale », ils le faisaient déjà très bien avant…
Il me semble qu’à l’intérieur des prisons, tous les partenaires reconnaissent que le présent système est tout à fait inefficace pour enrayer la recrudescence de la délinquance et la récidive, sous une forme ou une autre.
Les détenus ne sont pas satisfaits, du peu d’aide qui leur est donné afin qu’il leur soit possible de sortir de la spirale dans laquelle ils sont engagés…
L’administration est quasi dans l’impossibilité matérielle de faire respecter « l’ordre » et « la loi », en dedans de ses murs… c’est un comble.

Au risque de choquer quelques uns, je vous le répète, pour quelqu’un un peu philosophe et/ou opportuniste, dans les conditions matérielles actuelles de certaines prisons, la vie y est plus « agréable » que pour certains de nos co-citoyens… dehors.
Il est vrai que parfois (et encore souvent) la vie matérielle en milieu carcéral est encore au Moyen-Age où aucune règle d’hygiène et de sécurité n’existe… ou presque.
Pour en finir, je vous dirai, sans être prophète, que si rien n’est fait, dans un sens allant à favoriser la réinsertion avant la répression, la France va au casse-pipe…
On n’arrête pas la délinquance en la muselant « ponctuellement », on arrête la délinquance en mettant tout en œuvre pour l’empêcher, pour l’éviter, pour la « soigner » dès les premiers éternuements.
Courage, les beaux parleurs, et les politiques, vous avez du boulot sur la planche, sur le tas, pas dans vos ministères et bureaux luxueux…
Ouvrez les yeux, essayez de comprendre et « agissez », avant qu’il ne soit trop tard.

A bon entendeur, salut !
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A travers : « 1019 jours de détention… ou la vie en prison, vue du dedans, comme si vous y étiez… » (index des notes sur la journée du 7 janvier)
Clémence et Paul Denis tentent de vous faire vivre le quotidien d’un détenu « moyen », pas inculte, mais pas VIP, non plus (vous avez l’intégral de ce bouquin, complété par vos questions / remarques et mes réponses…).
Nota : Sur la journée du 14 janvier, vous trouverez un lexique des mots qui méritent une explication et/ou un commentaire…
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Ma Prison… ou quelques questions qui fâchent… et des solutions proposées…
A travers ces pages, Paul Denis poursuit sa réflexion, il ne se considère plus comme un détenu, mais comme un observateur qui très souvent est devenu un confident.
Vous trouverez, sur la journée du 17 mai les dates de parution de mes articles…
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Les bouquins de Paul DENYS n’ont pas encore trouvé d’éditeur.
Si vous désirez avoir leur version papier, vous pouvez acquérir (l’un ou l’autre ou les deux) en envoyant, par volume, un chèque de 17 € (frais d’envoi compris) à Ligue des Droits de l’Homme (LDH 57), 3 rue Gambetta à 57000 METZ. Pour 10 €, je peux vous l’envoyer par e-mail (150 pages A4 ou 220 pages A4).

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