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17/10/2008

Les prisons et la TV

Quelques sujets qui me tiennent à cœur…

Les prisons et la TV

Il est vrai que la TV nous (vous) bombarde d'émissions… Comme dans tout, il y a du bon et du mauvais…, mais, en règle générale, d'après ce que j'ai appris de ceux qui ont déjà fait plusieurs établissements, la situation générale n'est pas digne d'un pays civilisé qui se veut être un pays "moralisateur" : aucun bien-être, aucune sécurité en cas de sinistre…, aucune considération (respect) de l'être humain (à Nancy, ils sont, pour certains, à 14 dans une cellule… Imaginez l'intimité et le respect possibles… Imaginez les "sources" de conflit possibles.

A Metz, ce n'était pas "merveilleux", mais ce n'était pas l'enfer que connaissent (supportent) certains : délabrement des installations, cafards, pas d'hygiène + le surpeuplement "généralisé".

Etre en surnombre n'est pas, en théorie, une catastrophe, mais ce qui est grave et désastreux, ce sont les structures (douches, cuisines, salles, etc.…et peut-être même le nombre de surveillants (si on les écoute) qui sont prévues pour le nombre prévu : 439 places pour plus de 640 détenus à Metz… Il ne suffit pas de mettre un lit (matelas) de plus…

En Centre de détention, nous sommes ce que le nombre de places prévoit et les conditions "matérielles" légales (1 détenu par cellule) sont plus acceptables et respectées. Nous sommes privilégiés par rapport aux Maisons d'Arrêt qui ont l'obligation de "recevoir" ce que la "Justice" leur envoie…

N'en doutez pas, les mutineries, pétitions internes et évasions ont "toujours" existées… mais on n'en parlait pas… De plus, les "discours" et "déclarations" ne reflètent que rarement la réalité… on ne vous dit pas tout… on pèche par omission…

Et si on ne laissait "en prison" que les délinquants "dangereux" et/ou "non récupérables", croyez-moi, il y aurait de la place… et cela coûterait moins cher (coût de revient d'un détenu entre 90 et 120 euros/jour…! (chiffre officiel, selon les structures…).

Très souvent, une détention longue, plusieurs dizaines de mois, ne sert à rien et donc ne se justifie pas… Pour moi, au moins 1/3 des 60.000 détenus (actuels) pourrait être "dehors" "surveillé et contrôlé"…

L'adage qui veut que "la prison soit l'école du crime" ne me semble pas tout à fait hors de la réalité.
Celui qui souhaite (ou veut) être initié… l'est, facilement.
A ce niveau là, la solidarité existe et tu es vite informé des techniques bonnes et moins bonnes de te faire une vie "facile", dehors.
De plus, les mauvaises habitudes (pratiques) sont vite prises…
Je ne crois pas que la violence physique soit un des problèmes majeurs de la vie carcérale. Ce qui est néfaste à notre société, c'est que celui qui est "irrécupérable", pourrit celui qui aurait pu être "récupéré".
J'ai vu un petit voleur à la tire, sortir au bout de six mois, complètement "accroc" au haschisch…, alors qu'il ne consommait pas avant…
Moi-même, je ne peux dénombrer le nombre de fois où sa consommation m'a été proposée (offerte)… en remerciement du service rendu…. Que va-t-il faire à sa sortie, ce "petit" voleur, si ce n'est revoler, non plus pour permettre à sa petite famille de survivre (de toutes façons, sa copine et leur enfant l'ont quitté – une des conséquences "indirectes" et fréquentes de toute détention), mais pour s'alimenter en cannabis…

Post-scriptum : Soyez sans crainte, je n'y ai jamais goûté… un spécialiste (Vincent) m'a dit, sur ma demande, ne voulant pas mourir idiot : "Si elle était bonne, peut-être, je te laisserais y goûter, une fois, pour voir, mais, ici, elle est tellement "dégueulasse" que j'en aurais honte…".

Et cela, je pense que c'est notre système judiciaire et pénitentiaire qui en est responsable… A ce stade, la politique de l'autruche n'a pas lieu d'être… Et les efforts faits pour éviter les échanges "illicites" ne portent pas de fruit, car en amont, il n'y a aucune volonté "réelle" de voir "changer" quelque chose.
En effet, je suis et reste persuadé, au moins à Metz, et, ici, aussi, qu'il serait facile d'éviter les mélanges néfastes aux plus faibles et influençables.
La topographie des lieux s'y prête et/ou a été prévue pour… En tout cas, rien n'est fait dans ce sens et c'est au coup par coup, souvent après l'incident que des modifications sont apportées…
En fait, l'état actuel des prisons (tensions, surpeuplement, etc…) tient au fait que, faute de réelle volonté (et capacité) de réinsertion et de suivi (après libération), les récidivistes sont "nombreux", à Metz, plus de 50 %, malgré une très grande majorité de – de 35 ans…!

Et parmi les "récidivistes", on trouve beaucoup de consommateurs de stupéfiants et cela me semble inévitable puisqu'en prison, ils ne sont pas "obligés" de se désintoxiquer…
On leur donne des produits de substitution, tout au long de leur incarcération et à la sortie… re-trafic, et c'est reparti…, et cela revient…
Pour moi, cette méthode de "préserver" un calme relatif me semble scandaleux. Quand vous en parlez, entre quatre yeux, avec un membre du personnel pénitentiaire et/ou médical, c'est le motif que l'on vous donne : "préservation du calme", ce qui laisse entendre que l'intérêt de l'individu (et de la société) passe après… ou, on ne s'en préoccupe pas… en prison.

Tout ce qui précède et mes autres textes / constats, devraient vous faire "sentir" que les nombreux "reportages TV" ne montrent et ne disent que ce que l'on veut vous montrer (démontrer…)… C'est si souvent incomplet que la vérité s'en trouve "déformée"…

En fait, lorsque l'on parle des prisons, il faut ne pas faire d'amalgame. Il y a les Maisons d'Arrêt (comme Metz) avec le surpeuplement et ses conséquences et les Centres de Détention ou Centrales (+ de 10 ans).

En Maison d'Arrêt, c'est du "gardiennage", du "parcage", tu es en attente, tu es sans cesse "encadré", contrôlé, je dirais même "canalisé". Tu ne peux que subir.
Aucune initiative vous est permise (ex.: tel jour, telle heure : douche).

En Centre de Détention et/ou Centrale, tout est fait et dirigé vers la réinsertion (et ce, même si tous les moyens d'une bonne et réelle réinsertion ne sont pas mis en place (ex.: équipement insuffisant, pas assez de travail ou par à coup (il faut tout finir en 3 jours, et ensuite, ne rien faire pendant 10).
Cette réinsertion passe par la prise en charge "personnelle" de sa propre destinée. Cela passe par le choix de ce que tu veux faire : travail, formation, ne rien faire et du choix de tes activités (sport, bibliothèque, école, activités diverses).
On ne te demande que de manifester ton intention en t'y inscrivant. Après, tu y vas si tu veux. Si tu n'y vas pas, personne ne te dira rien : aucune réflexion, aucun blâme (nota : pour le travail et la formation, les absences doivent être motivées. Même si ce n'est pas très bien vu, tu peux demander de ne pas aller travailler tel jour, pour convenance personnelle).

On te propose, tu disposes. On te laisse "libre" jusqu'au moment où il apparaît clair que tu n'es pas capable de gérer toi-même, cette autonomie.
Et cela fait (provoque) des crises (conscience d'une injustice) de la part de ceux qui se retrouvent en régime fermé, ou semi-fermé alors que si tu discutes avec eux, tu te rends compte que l'origine de leur situation restrictive n'est que le fruit de leur non-autonomie qui passe par le respect des consignes (interdits) et des autres (détenus et surveillants).

Aux ateliers (ou formation), la même politique de prise d'autonomie est appliquée. Tu t'écartes de la normale (ou sécurité), tu es éjecté.
Pour ma part, je pense que c'est une attitude (de l'administration) saine, et ce, d'autant plus que chaque mesure de restriction est revue, chaque quinzaine, sur décision collective des intervenants (évidemment, les détenus ne sont pas représentés dans cette instance interne, il ne faut pas trop demandé…).

Mais tranquillisez-vous, je ne suis pas parmi ceux qui sont le plus à plaindre, le plus malheureux, mon "mental" pallie et masque les désagréments de ma vie carcérale…

Je sais m'occuper et ainsi le temps passe…, mais il faut avouer qu'ici, nous vivons au ralenti… le temps ne compte pas… Nous sommes là et il s'écoule et nous rapproche de la sortie… alors, laissons-le couler…


A la relecture de ce texte, sur les "Prisons et la TV" : une réflexion n'est revenue, qui peut vous faire comprendre l'accueil reçu, et surtout l'état d'esprit dans lequel on est accueilli :
En effet, une des premières questions que l'on (l'administration) te pose quand tu arrives, est : "Etes-vous déjà venu, ici". Il est vrai qu'en cas de réponse positive, le questionnement (informations à donner) peut être différent… mais le fait que ce soit la préoccupation première de ton "premier" interlocuteur est quelque peu surprenante, pour ne pas dire traumatisante.
D'ailleurs, à notre niveau (détenus), à l'arrivée à l'étage, en quelques secondes, nous comprenions à qui nous avions à faire. Ce questionnement "direct" est tout à fait inutile et ne peut que déstabiliser (perturber) l'arrivant qui n'a pas besoin de cela pour l'être, croyez-moi.
Il ne faut pas oublier que lors de ton arrivée en prison : soit, tu as subi 48 h (ou plus) de "garde à vue", dans des conditions matérielles et psychologiques "déplorables", soit, tu viens de sortir du tribunal qui t'a condamné, en "comparution immédiate" à x mois de prison et donc, "cassé" ta vie présente.
A la vue de ton désarroi, il ne faut pas être fin psychologue pour "savoir", si tu connais les lieux…

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A travers : « 1019 jours de détention… ou la vie en prison, vue du dedans, comme si vous y étiez… » (index des notes sur la journée du 7 janvier)
Clémence et Paul Denis tentent de vous faire vivre le quotidien d’un détenu « moyen », pas inculte, mais pas VIP, non plus (vous avez l’intégral de ce bouquin, complété par vos questions / remarques et mes réponses…).
Nota : Sur la journée du 14 janvier, vous trouverez un lexique des mots qui méritent une explication et/ou un commentaire…
……..
Ma Prison… ou quelques questions qui fâchent… et des solutions proposées…
A travers ces pages, Paul Denis poursuit sa réflexion, il ne se considère plus comme un détenu, mais comme un observateur qui très souvent est devenu un confident.
Vous trouverez, sur la journée du 17 mai les dates de parution de mes articles…
……
Les bouquins de Paul DENYS n’ont pas encore trouvé d’éditeur.
Si vous désirez avoir leur version papier, vous pouvez acquérir (l’un ou l’autre ou les deux) en envoyant, par volume, un chèque de 17 € (frais d’envoi compris) à Ligue des Droits de l’Homme (LDH 57), 3 rue Gambetta à 57000 METZ. Pour 10 €, je peux vous l’envoyer par e-mail (150 pages A4 ou 220 pages A4).…
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Commentaires

Petit clin d'oeil !
mon fils, sortant de GAV de 96h arrivant en prison pour la 1ere fois, sa photo de carte de prison est étrangement souriante...

Écrit par : Telyne | 17/10/2008

Bonjour, votre blog est ce un blog ? ou une histoire de vécu sans partage ? sans vous heurter dans ces questions, et toues mes escuses si elles le sont. Peut-on échanger véritablement ? Les réponses sont très formelles ou informelles, si cela vous dérange vs pouvez effacer ce message ce n'est pas important
Cordialement

Écrit par : Telyne | 17/10/2008

Bizarre ta remarque… Ce blog est la reprise de deux livres que j’ai écrits et qui n’ont pas trouvé d’éditeur. Le premier de janvier à mai, est « très » pratique et donne un aperçu de la vie en prison que je connais bien pour l’avoir vécu 34 mois. A compter de mai et jusqu’en décembre, c’est et sera ma vision de la Justice et de la prison.
Je veux bien répondre à toutes tes questions « pratiques » ; pour échanger des « états d’âme, des joies et peines », il faut mieux que tu ailles sur un forum comme celui que je t’ai indiqué.
A travers mes réponses, j’essaie d’être le plus précis possible afin d’enlever les ambigüités souvent rencontrées dans les propos de certains… Je ne joue pas à la langue de bois… Je dis ce que je pense…même si cela ne doit pas plaire. Il est vrai que tu es sur un blog qui n’a pas beaucoup de visites et donc de questions, mais si su vas sur : http://laprisonlajusticecomme.blogs.nouvelobs.com/, tu verras que mes propos sont loin d’être formels ou informels.
De Paul Denis à Telyne, le 18 octobre 2008 à 21 h 45

Écrit par : Paul Denis | 18/10/2008

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