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27/10/2008

Utilité et/ou Inutilité de la prison

Quelques sujets qui me tiennent à cœur…

Utilité et/ou inutilité de la prison ?

Pendant la rédaction et la mise en page de cet ouvrage, j’ai créé un blog qui a diffusé mon premier bouquin : « 1019 jours de détention… ou la vie en prison, vue du dedans, comme si vous y étiez… » de Clémence et Paul Denis – vous le retrouverez sous « détention » sous : www.blog50.com. J’ai eu quelques commentaires de lecteurs, et cela m’a permis de réfléchir sur quelques pistes non encore approfondies.


Il est commun d’entendre et de dire : « S’il est en prison, c’est qu’il le mérite, je ne vais pas le plaindre »…

C’est souvent vrai, mais le problème n’est pas là. Il faut se poser le question : est-ce que la prison lui sera « utile », lui permettra de repartir sur de nouvelles bases… ?

Comme vous le savez, j’ai été pendant de nombreux mois en prison (34 mois) et pendant aussi de longs mois auxi-écrivain.
Cette fonction m’a permis d’observer et de rencontrer de nombreux détenus, de tous âges, de toutes nationalités, de toutes conditions sociales, responsables de toutes sortes de délits ou crimes.
Par obligation, j’ai été le confident spontané de beaucoup de situations, de passés et de futurs, d’espoir et de détresse humaine.

Cette expérience me permet d’avoir une vision de ce qu’apporte, au détenu, la prison qui n’est pas celle que de nombreux militants mettent en avant, celle que de nombreux politiques voudraient mettre en place.

Rappelons que l’administration pénitentiaire a deux fonctions essentielles, à en croire, le Code de Procédure Pénale (CPP, art. D 188 et D 189) : la garde des personnes privées de la liberté d’« aller et venir » par décision de justice et la réinsertion sociale des détenus.
Le motif de l’incarcération et l’environnement social et psychologique du détenu n’est donc pas une priorité pour la prison.

Si l’on veut parler de ce qu’apporte au détenu, la prison, il faut se préoccuper de son état d’esprit quand il y rentre, de sa faculté de s’adapter à ce monde qui lui est imposé et qui, a priori, au moins le pense-t-il, lui est hostile, de sa volonté à faire en sorte que sa vie future, quand il sortira de prison, ne sera pas la même que celle qui l’a amené en prison.

Chacun réagit différemment et cela en premier chef, en raison de son sentiment de responsabilité dans sa présence en ces lieux.
Bien que cela ne soit pas si évident, chacun pouvant évoluer au fil du temps, je pense qu’il faut « classer » les détenus en fonction de leur culpabilité ressentie ou non.

Si un individu est innocent, c’est lui d’ailleurs le seul a avoir le pouvoir d’affirmer qu’il est innocent, puisque lui, il sait s’il a fait ce que la société et la justice lui reprochent, il ne peut pas réagir, vis-à-vis de la prison, de la même façon que celui qui se sait coupable de ce qui lui est reproché.

Pour l’INNOCENT, le fait d’être en prison est / doit être insupportable. Sa seule possibilité de s’opposer à cette incarcération injuste est de proclamer son innocence en demandant, en redemandant sa mise en liberté, s’il est prévenu (détenu non jugé), en faisant appel des décisions prises (appel, cassation, révision), accompagné ou non de grève de la faim ou de manifestations de refus de la situation qui lui est imposé. Ne pas oublier le proverbe, tout à fait appliqué, en l’espèce : « Qui dit mot, consent ».
Ainsi, le fait de ne pas faire appel est un « signe » (une preuve pour la Justice que la condamnation est justifiée… Cette interprétation du non-appel me semble tout à fait en dehors d’un contexte réaliste. Beaucoup de détenus m’ont affirmé qu’ils n’avaient pas fait appel de la décision, parce qu’ils pensaient qu’ils n’avaient pas eux-mêmes assez d’éléments pour faire modifier l’interprétation répressive de la justice. A aucun moment, ils ne pensaient que la condamnation était justifiée (juste).

En prison, l’innocent n’est pas cru par les autres et par l’administration qui suit la vision donnée par la Justice.
Il est vrai que tout détenu, à un moment ou à un autre, se dit innocent, ou pour le moins, condamné ou condamnable beaucoup trop par rapport à ce qu’il a le sentiment d’avoir fait de mal.
En prison, l’innocent reste un calme révolté en silence. Il refuse sa situation présente, il essaie de s’en sortir avec les moyens que la loi lui donne.
Son séjour ne lui sera bien sûr d’aucune utilité. Bien au contraire, il en ressortira forcément aigri contre une société qui l’a mal jugé et qui, aussi et surtout, si la détention injuste a été un peu longue, qui lui a cassé sa vie sociale et professionnelle.

Le FAUX INNOCENT, c’est celui qui se dit innocent, mais qui en fait, ne l’est pas ou en tout cas, n’est pas en mesure de prouver son innocence, parce qu’il a, à un moment ou à un autre, avoué, parce que de nombreux indices, faits ou circonstances font penser qu’il est coupable ou qu’il a, en tout cas, beaucoup de choses à se reprocher qui font qu’il ne peut être considéré comme innocent.

Ce détenu est, assurément, le plus difficile à comprendre, à défendre. D’ailleurs, sa propre attitude est souvent, d’un jour à l’autre, changeante. Son humeur est changeante aussi, ce qui déroute celui qui doit statuer sur son sort.
J’ai souvenir d’un gars qui était accusé de pédophilie, qui clamait son innocence et qui avait, par des faits concrets, réussi à me convaincre qu’il était innocent, que ce qu’on lui reprochait n’avait pas pu se passer. Eh bien, ce gars, en détention, quelques mois plus tard, a manifesté des tendances homosexuelles… Que faut-il penser ? Etait-il innocent ?

La présence en prison du « faux innocent », est pénible pour lui-même, mais surtout pour son entourage (les autres détenus), car sans cesse, il se plaint de ce qui lui est imposé, sans pour cela mettre tout en œuvre pour prouver son innocence, si bien que les autres détenus sont déroutés et l’isolent, en se moquant de lui (quelque fois ouvertement).

La prison lui sera-t-elle utile ? On peut l’espérer. Peut-être, lui permettra-t-elle de bien se comprendre lui-même, en le forçant à se regarder, en l’obligeant à se rendre compte que son attitude – délit a bien eu lieu et donc qu’il est normal qu’il soit puni.
Cependant, je ne suis pas convaincu qu’un séjour prolongé soit d’une réelle utilité et ce, d’autant plus qu’en prison, il ne recevra aucun soutien qui lui permettrait de faire ce retour sur lui-même. Ce qu’il lui faut, c’est un suivi psychologique « réel » qui lui permette de changer son état d’esprit et sa façon de vivre en société… et ce, bien au delà de son temps de détention, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui.

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A travers : « 1019 jours de détention… ou la vie en prison, vue du dedans, comme si vous y étiez… » (index des notes sur la journée du 7 janvier)
Clémence et Paul Denis tentent de vous faire vivre le quotidien d’un détenu « moyen », pas inculte, mais pas VIP, non plus (vous avez l’intégral de ce bouquin, complété par vos questions / remarques et mes réponses…).
Nota : Sur la journée du 14 janvier, vous trouverez un lexique des mots qui méritent une explication et/ou un commentaire…
……..
Ma Prison… ou quelques questions qui fâchent… et des solutions proposées…
A travers ces pages, Paul Denis poursuit sa réflexion, il ne se considère plus comme un détenu, mais comme un observateur qui très souvent est devenu un confident.
Vous trouverez, sur la journée du 17 mai les dates de parution de mes articles…
……
Les bouquins de Paul DENYS n’ont pas encore trouvé d’éditeur.
Si vous désirez avoir leur version papier, vous pouvez acquérir (l’un ou l’autre ou les deux) en envoyant, par volume, un chèque de 17 € (frais d’envoi compris) à Ligue des Droits de l’Homme (LDH 57), 3 rue Gambetta à 57000 METZ. Pour 10 €, je peux vous l’envoyer par e-mail (150 pages A4 ou 220 pages A4).…
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