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13/02/2008

Cuisiner... en Prison

Les questions que tu ne me poses pas, mais qui méritent une réponse…

Peut-on cuisiner ?


Oui, mais c’est aussi une galère.
Oui, si on a les moyens de s’acheter de quoi mettre dans la poêle.
L’usage du réchaud est interdit, donc, il faut utiliser de l’alcool solidifié et/ou des moyens moins réglementaires. Mais tout cela est long (peu efficace) et sent mauvais… !
En cantine, on trouve de tout, des plats cuisinés, des produits de base à cuisiner ou prêts à la consommation.
Pour qui en a les moyens financiers, tout est possible.
Les prix des produits sont sensiblement les mêmes qu’en grande surface, il t’est donc facile d’imaginer ce que cela coûte à celui qui se refuse à manger la gamelle.
Il est vrai que « le raisonnable » peut y trouver ce qui lui manque pour équilibrer son alimentation. La gamelle étant sur ce point, mal adaptée à ses consommateurs « jeunes » et désireux de variétés… Mais, je l’ai déjà dit : si ce n’est pas bon, c’est souvent mangeable.
Il est à préciser que l’activité « cuisine », outre son côté utile et agréable, permet de bien occuper le temps… le temps de préparation étant, de loin, plus important que le temps de consommation…
En Centre de détention, des moyens sont mis à la disposition des détenus. Certaines maisons d’arrêt autorisent les réchauds électriques…
Une fois de plus, il faut donc tomber au bon endroit…

L’habit :

L’usage de l’uniforme est, depuis de nombreuses années, aboli…
Celui qui est dépourvu de vêtement (indigent et souvent étranger) peut en obtenir par l’intermédiaire du Secours Catholique qui est habilité à fournir ces vêtements (de base).
Il n’est pas autorisé de recevoir des vêtements par l’envoi d’un colis postal.
La plus grande majorité des détenus se font apporter, par leur famille, ce dont ils ont besoin, et cela passe du simple, de l’utile, au dernier cri qui vient de sortir en boutique…
Il est vrai que si l’usage de l’uniforme paraît un peu « barbare », il avait au moins l’avantage d’éviter un certain nombre de conflits (moqueries) et de convoitises.
Malgré que ce soit interdit, les échanges sont fréquents. Lorsqu’il n'y a pas échange, il y a parfois « vol », pas toujours facile à déceler, la tenue des jeunes s’apparentant à un « uniforme », et l’on retrouve le même sur de nombreux sujets…
Il y a aussi ce que j’appelle : les concours d’élégance, certains détenus n’étant privés de rien…
Le faire-voir est une « activité » à part entière, pour certains, cela passe par la culture de son corps, mais aussi par l’aspect vestimentaire.
Certains ont sur eux plusieurs (nombreuses) centaines d’euros, en vêtements de marque… !

La religion :

Chacun devrait être en mesure de pratiquer sa religion, s’il le souhaite.
La religion islamique est pratiquée, souvent, individuellement, il y a peu d’aumôniers « iman ». Les protestants et les juifs sont encore plus mal lotis.
Seule la religion catholique est véritablement présente. Et en fait, elle s’adresse à tous.
Les intervenants sont plus ou moins nombreux. Des offices (messes) sont organisés, souvent, chaque semaine. Des rencontres collectives ont lieu, à jour fixe, une ou deux fois par semaine.
Toute cette activité dite religieuse, certes, reste religieuse, mais c’est aussi l’occasion de se rencontrer, de discuter, d’échanger quelques réflexions sur la vie de « dehors » et de « dedans ».
Il est vrai qu’on y trouve toujours les mêmes qui, parfois, ne sont pas de religion catholique. Très souvent, la pratique religieuse antérieure (à la prison) est inexistante et l’inculture chrétienne déconcertante.
Tu l’as compris, le rôle de cette aumônerie est plus d’amener un peu d’«humanité » entre ces murs que de « convertir » ou même que d’«entretenir ». Le but principal me semble la communication et les échanges que ces rencontres peuvent apporter.
A aucun moment, je n’ai senti une agressivité contre les catho. Il paraît que ce ne fut pas toujours le cas, et il y a quelques années, c’est tout juste s’il ne fallait pas se cacher pour aller à l’aumônerie…
En fait, je pense qu’une certaine tolérance (indifférence) est de mise.
Pour l’administration, c’est une activité comme les autres qui a l’avantage de ne pas faire de vague…
Il est à noter qu’une « fonction » importante de l’aumônerie est de rencontrer (en individuel) tous les arrivants qui le souhaitent, peu importe leur passé et leur conviction religieuse (s’il y en a une). Cela permet à certains de s’exprimer et en cela, ce ne peut être que positif.
D’ailleurs, toute facilité est accordée par l’administration, aux membres de l’aumônerie, qui voit, en eux, des alliés et des interlocuteurs « utiles » pour aider ceux qui en ressentent le besoin.
L’aumônier est un des rares intervenants « extérieurs » (peut-être le seul), qui soit autorisé à rencontrer un détenu dans sa cellule…
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Rajout :Cuisiner
Pour moi, par nécessité, j’avais jamais assez de bouffe avec la gamelle… et souvent c’était dégeu…
Mais bon, c’était pâte à toutes les sauces, avec souvent thon et œufs durs. Cuisine, sans plaque, c’est long, mais ça passe le temps, ça t’occupe.

L’habit
L’uniforme, j’aurais pas aimé, mais je dois avouer que certains étaient mieux sapés que la moyenne dehors. Moi, j’étais presque tout le temps en jogging, c’est plus cool et t’es à l’aise.

La religion
Je suis pas catho… pratiquant, mais de naissance, mais l’aumônier est toujours cool, avec tout le monde et ça, c’est super. Encore un qui sait écouter et aider quand il le peut… Il te dit toujours un mot gentil quand tu le croises.
Une fois que j’étais en galère et que je déprimais bien, j’ai été le voir et il m’a remonté le moral.
De Alex, le 10 février 2007
………………………………………………………………………………………
A travers : « 1019 jours de détention… ou la vie en prison, vue du dedans, comme si vous y étiez… » (index des notes sur la journée du 7 janvier)
Clémence et Paul Denis tentent de vous faire vivre le quotidien d’un détenu « moyen », pas inculte, mais pas VIP, non plus (vous avez l’intégral de ce bouquin, complété par vos questions / remarques et mes réponses…).
Nota : Sur la journée du 14 janvier, vous trouverez un lexique des mots qui méritent une explication et/ou un commentaire…
……..
Ma Prison… ou quelques questions qui fâchent… et des solutions proposées…
A travers ces pages, Paul Denis poursuit sa réflexion, il ne se considère plus comme un détenu, mais comme un observateur qui très souvent est devenu un confident.
Vous trouverez, sur la journée du 17 mai les dates de parution de mes articles…
……
Les bouquins de Paul DENYS n’ont pas encore trouvé d’éditeur.
Si vous désirez avoir leur version papier, vous pouvez acquérir (l’un ou l’autre ou les deux) en envoyant, par volume, un chèque de 17 € (frais d’envoi compris) à TOP SERVICES, 7 Bld d’Alsace à 57070 METZ. Pour 10 €, je peux vous l’envoyer par e-mail (150 pages A4 ou 220 pages A4).

11/02/2008

L'hygiène...en Prison

Les questions que tu ne me poses pas, mais qui méritent une réponse…
Hygiène :
C’est assurément ce qui pêche le plus. Outre le fait que les locaux s’ils ne sont pas vétustes (20 ans), ne sont pas entretenus comme il le faudrait, en ce sens que les dégradations (volontaires ou non) ne sont pas réparées « au plus tôt », il faut tenir compte du fait que l’entretien général est laissé à l’initiative des auxi (détenus rémunérés 120 €/mois) qui assurent les services de l’étage (repas et l’entretien des parties communes (couloirs, escaliers, salles d’activités, douches).
Et c’est dans les douches que cela se voit le plus, pour plusieurs raisons :
. tout d’abord, « on » y espère une « réelle » propreté afin de ne pas y attraper des maladies de peau ou autre...
. une cinquantaine de gars les fréquentent, chaque jour (rappel : 3 x par semaine + au retour de l’activité « sport » (donc 2 à 3 x par semaine supplémentaire) + les auxi (privilège), chaque jour et plus, ce qui fait du monde et immanquablement une certaine négligence « individuelle » (emballages vides laissés sur place, etc…).
. les installations (mal conçues, au départ) ont mal vieilli, l’écoulement est difficile, à cause des cheveux, poils, débris de savon.
Il s’agit de douches individuelles (groupées par 2 ou 5), fermées sur 3 côtés, de taille limitée (un peu plus d’aisance aurait évité le frottement accidentel aux murs « douteux »).
De plus, de perpétuelles rénovations font que la capacité maximale n’est jamais au top niveau…
Au niveau du lavabo de la cellule qui sert aussi de lave-linge et de lave-vaisselle, tout dépend des occupants, mais, a priori, des produits sont distribués pour que l’entretien soit fait dans de bonnes conditions. Il s’agit donc, là, plus de la responsabilité et de l’initiative de chacun…
Une remarque : même si les douches sont semi-collectives (non en cabine individuelle fermée), on peut dire que le voyeurisme est peu fréquent, ce serait plutôt le contraire, des manifestations d’exhibitionnisme pour montrer « leur » belle musculature (et le reste), due à la pratique (parfois) effrénée de la musculation… !!!

Et le linge, la lessive…
Pour une bonne partie de détenus, le problème se trouve résolu par la sortie régulière du linge sale, lors des parloirs – famille, donc, le linge est lavé « hors détention ».
Pour ceux qui n’ont pas cette chance, c’est la galère… Certes le linge de maison (draps, serviette de toilette) est pris en charge par l’administration, mais pour le linge perso, il faut se débrouiller en tenant compte du fait qu’il n’y a pas d’eau chaude en cellule, du fait qu’habituellement, les surveillants autorisent la prise d’eau chaude dans les douches. Le lavage est souvent confié à un seau et à « Génie sans bouillir ». Les plus raisonnables changent de linge souvent afin qu’il soit plus facile à laver. Les plus crades se changent rarement et sentent mauvais, et ceci est d’autant plus pénible, pour les autres, que ce sont les mêmes qui ne fréquentent pas les douches… !
Il est vrai que le règlement impose le passage aux douches, mais, en ce point, les contrôles sont rares. J’ai, cependant, vu des détenus qui, avec l’accord tacite des surveillants, mettaient de force, un tel sous la douche tout habillé… il devait donc s’exécuter… le plus dur étant fait…
Les crades sont quand même des cas. La majorité des détenus souhaiterait plus de douches (à volonté) et des moyens techniques pour faire leur lessive. Nota : ces commodités et moyens existent en Centre de détention, nous en reparlerons.
Pour revenir au linge lavé, son séchage pose problème et des « étendards » sont présents, en permanence, dans les cellules.
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Rajout : Hygiène
Ah oui, l’hygiène, c’est pas cela…et c’est vraiment, pour un raclo normal, le problème. Ne pas pouvoir se doucher, chaque jour, le matin me pesait. J’ai utilisé la combine du sport même si, à mon avis, ce n’était pas au top…. pour la douche après… dans des douches crasseuses et vétustes, où il fallait regarder où on met les pieds…, mais pas le choix.
On a beau dire et être pote, faire sa toilette « intime » devant ou à côté des autres, ce n’est pas le top… vous voyez le tableau.
Je suis d’accord avec toi, certains se la jouaient et tournaient, dans les douches, à poils, rien que pour se montrer, parfois en bandant mou… ou dur… Il n’y a, hélas, pas que des gars réglos… en prison… et la promiscuité aidant, on se prend au jeu des comparaisons.

Rajout : Le linge
Encore un truc pas facile à gérer.
Celui qui n’a pas de parloir est en galère pour le linge. D’ailleurs tout le monde est en galère, il n’est pas possible de se changer chaque jour ou chaque fois que nécessaire. On n’a pas de place pour ranger le linge, aussi, on économise. J’aimais pas au sortir de la douche d’être obligé de remettre du linge sale… C’est dégueu, mais pas le choix
Pour celui qui doit laver son linge, c’est pire que tout et la cellule sert de séche-linge… d’où la bouée, l’humidité et la sensation de mouate, plus le spectacle et la place que cela prend, mais on ne peut pas faire autrement.
En CD, on avait machine à laver + sèche linge (le tout gratos)… le luxe… non une nécessité.
De Alex, le 10 février 2007
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A travers : « 1019 jours de détention… ou la vie en prison, vue du dedans, comme si vous y étiez… » (index des notes sur la journée du 7 janvier)
Clémence et Paul Denis tentent de vous faire vivre le quotidien d’un détenu « moyen », pas inculte, mais pas VIP, non plus (vous avez l’intégral de ce bouquin, complété par vos questions / remarques et mes réponses…).
Nota : Sur la journée du 14 janvier, vous trouverez un lexique des mots qui méritent une explication et/ou un commentaire…
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Ma Prison… ou quelques questions qui fâchent… et des solutions proposées…
A travers ces pages, Paul Denis poursuit sa réflexion, il ne se considère plus comme un détenu, mais comme un observateur qui très souvent est devenu un confident.
Vous trouverez, sur la journée du 17 mai les dates de parution de mes articles…
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08/02/2008

Anniversaire... en Prison

Un an déjà, ou, douze mois seulement…

Tous les anniversaires sont-ils à souhaiter ?
En tous cas, pour mon premier anniversaire en prison, je tiens à te faire un petit bilan, ne serait ce que pour t’expliquer et te faire comprendre que dans chaque situation difficile, on peut y trouver le bien que l’on veut y mettre.
En ce jour anniversaire, j’ai envie de faire un petit point sur ma situation actuelle.
Si ma situation était exceptionnelle, je pourrais me révolter, mais crois-moi, je constate et j’ai connaissance de situations vraiment plus critiques et irréalistes que la mienne, que la nôtre.
Néanmoins, il est bien clair que mon souhait le plus cher (fort) et le plus réel est de sortir d’ici, au plus tôt afin qu’il me soit possible de rejoindre les miens et nos amis, et je fais et ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour réduire ce temps de « captivité ».
Comme tu le comprends facilement, l’essentiel, ici, est de savoir « occuper » son temps.
Pour ma part, j’ai, à ce jour, eu un parcours sans faute : au début, la vie collective (à 3), pour s’adapter et prendre le temps de faire le point sur soi-même et sur mon affaire.
Après 4 mois et alors que l’inutilité de mon temps, l’ennui et le désœuvrement commençaient à se faire sentir, cet emploi d’écrivain m’est proposé avec d’autres conditions intellectuelles et matérielles de vie.
Au niveau « travail », bien sûr, aucune difficulté particulière, mais, à chaque instant, l’impression d’être utile et de rendre service.
Souvent, après coup, la satisfaction d’avoir été, d’être celui qui a permis à tel de mes co-détenus, de mieux se sentir et de répondre à ses attentes. Il est vrai que je ne fais aucun effort pour m’impliquer d’une manière ou d’une autre dans leur « affaire ». J’aide, je m’investis, je retranscris leurs souhaits et m’efforce (sans mal) à ne pas mémoriser le cas de chacun. Ainsi, je peux ne pas me sentir « complice » ou « participant », l’être rendrait ma vie mentale « insupportable », je le crains.
Comme tu le vois, j’essaie de passer au mieux cette épreuve, en faisant en sorte que ma présence n’y soit pas entièrement négative.
Si je devais analyser ma situation, je ne te dirais pas que mes nouvelles conditions matérielles de vie sont bonnes, mais pour le moins, au risque de choquer certains, je dirais qu’elles sont supportables.
Au niveau « matériel », le fait d’être seul, en cellule, m’a permis de m’isoler quelque peu et d’organiser un semblant de vie personnelle, et à aucun moment, je ne souffre de la solitude, ce qui ne m’empêche pas de m’ennuyer parfois…
Comme je le pense et il me plait de le dire maintenant : Ici, « la journée passe vite, mais les jours ne passent pas… ».
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Rajout :
Tout compte fait… on dirait que tu étais bien… en prison.
Je ne suis pas trop d’accord avec ta maxime : « la journée passe vite, mais les jours ne passent pas ».
Pour moi, rien ne passait et j’attendais la sortie, chaque jour…en vain.
De Alex, le 10 février 2007
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A travers : « 1019 jours de détention… ou la vie en prison, vue du dedans, comme si vous y étiez… » (index des notes sur la journée du 7 janvier)
Clémence et Paul Denis tentent de vous faire vivre le quotidien d’un détenu « moyen », pas inculte, mais pas VIP, non plus (vous avez l’intégral de ce bouquin, complété par vos questions / remarques et mes réponses…).
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……..
Ma Prison… ou quelques questions qui fâchent… et des solutions proposées…
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