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23/01/2008

Ecrivain public... en Prison

Mon activité : un métier ? en tous cas, un service

Les jours se suivent et ne se ressemblent pas toujours…
En effet, pour moi, il y a du neuf qui devrait me permettre de vivre « autrement » et de me sentir « mentalement » utile.
Tu vois, il suffit parfois de savoir attendre. A mon arrivée, j’avais fait connaître ma disponibilité et mon souhait d’être occupé à la bibliothèque dès qu’une place se libérerait…
Il y a quelques jours, j’ai renouvelé ma demande... ce ne fut pas en vain...
Depuis quelques jours, j'ai pris de nouvelles fonctions, celles d'écrivain-bibliothécaire.


Mon emploi d’écrivain–bibliothécaire peut être défini comme un service aux détenus : je les aide et/ou rédige pour eux, sous leur dictée (mais avec des mots corrects), toutes sortes de courriers administratifs, judiciaires ou internes à la prison, et même plus personnels, à leur famille/épouse/ copine/enfants….
Mon rôle n’est pas de conseiller, mais de transcrire et il peut m’arriver de faire des demandes « inutiles » (à mes yeux), mais « demandées » par les intéressés. Même si celle-ci ne sert à rien, c’est leur droit et cela leur fait du bien (ce qui est déjà pas mal).
Cette fonction d’écrivain me permet de côtoyer un « public » qu’on ne peut pas imaginer (mais qui est bien réel, crois-moi) – des jeunes de 20-25 ans qui ne savent ni lire, ni écrire bien qu’étant français ; pour les étrangers, c’est plus compréhensible, mais chaque jour m’apporte des « surprises » désagréables ; où va-t-on ?
Tu te doutes bien que cet emploi ne me pose aucun problème « intellectuel ».
Il y a une partie très répétitive et formelle. Il me faut parfois composer pour présenter au mieux les demandes ou justificatifs.
Il m’arrive même de créer des « lettres d’amour ».
Tu vois, je ne m’ennuie pas…
Ce qui représente, par jour, au minimum une vingtaine de documents, rarement plus de trente, et cela d’un intérêt (pour moi) d’inégale valeur, parfois quelques lignes, parfois plusieurs pages pour expliquer au juge, une situation compliquée que l’intéressé ne saura pas (ne pourra pas) mettre en valeur dans le peu de temps qui va lui être donné. Et je pratique le principe : « l’écrit reste »… et on ne peut pas dire qu’on ne l’a pas reçu.
En plus de cela, j'essaie de renseigner, à leur demande, les détenus sur leur avenir, en consultant le Code Pénal (CP), le Code de Procédure Pénale (CPP), et le Guide du prisonnier (édité par l'OIP - Observatoire International des Prisons).
Je peux te préciser que mon « activité » se passe en bibliothèque lorsque c’est leur jour de bibliothèque ou en étage, pour des demandes « urgentes » ou plus complexes et/ou plus confidentielles ou si ce n’est pas leur jour. Ainsi donc, cela me fait « voyager » et tout le monde me connaît. On m’appelle « l’écrivain », c’est mon nouveau « nom », ça me plait plus que « papy » et « pépé » qui, en situation « normale », m’aurait été attribué…
A ce travail d’écriture, s’ajoute la surveillance de dictionnaires, encyclopédies, livres en langue étrangère et œuvres diverses + la presse (le RL et une dizaine de revues, Paris Match, NouvelObs, Marianne, entre autres) qui sont « à consulter sur place ».
Pour cette tâche de surveillance, j’ai un acolyte qui s’efforce de surveiller la porte de la salle pour éviter que les ouvrages et revues précitées partent en cellule et en privent d’autres.
Avantage pour moi : cette activité m’occupe bien, de 8 h à 11 h et de 14 h à 17 h, chaque jour, sauf le samedi après-midi et le dimanche. Aussi l’inactivité et l’inutilité de mon temps m’obsèdent moins.
Autre avantage : les conditions matérielles. Je bénéficie d’une cellule « seul » (9 m²) que je peux aménager, à mon goût, sans gêner les autres, et ce, tout en respectant ce qui est permis/toléré. J’ai accès aux douches, chaque fois que je le souhaite… De plus, j’ai droit à un casse-croûte : fromage ou charcuterie (chaque jour) + 2 litres de lait et 2 l de jus d’orange (très bon) par semaine. Et une fiche de paie de 110 à 120 € selon le nombre de jours.
Il me paraît évident que la nature de l’emploi et mon âge appellent le respect aussi bien des détenus que des surveillants : « on ne me casse pas la tête » comme on dit ici.
Bref, la vie s’organise, la qualité de ma vie s’améliore.
Il n’empêche bien sûr que mon souhait le plus cher reste de quitter ces lieux dès que possible et de rejoindre les miens et tous nos amis.
Voici donc ce qui m’occupe 6 heures de mes journées.

La bibliothèque

Il y a encore, dans une salle vis-à-vis de la nôtre, deux bibliothécaires qui assurent le prêt et l’entretien de plus de 5.000 volumes (en tout genre) et des centaines de BD (dont j’ignorais l’existence même) qui peuvent être emportés en cellule (3 à la fois).
En plus de nous, il y a au sein de l’Ecole, une enseignante qui assure le suivi et l’approvisionnement, en nouveautés, et selon des demandes spécifiques d’intérêt général. En cas de demande particulière, elle peut, pour le détenu, emprunter à la Médiathèque.
C’est donc toute une organisation qui s’adresse aux 600 détenus qui peuvent venir 2 fois par semaine en bibliothèque (par roulement).
Il faut avouer que pour certains, ce n’est qu’un lieu de détente, et de convivialité, une occasion de sortir de leur cellule.
Aussi, nous sommes dans une salle de 30 m², en permanence, une dizaine (parfois une vingtaine) de personnes.

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Rajout :

Ecrivain public, c’est une bonne initiative de l'administration pénitentiaire. Il permet le contact et surtout la reconnaissance de l'autre en temps que personne à part entière. Les SDF et les défavorisés de la société demandent, bien souvent avant le ticket restaurant ou la pièce d'un euro, que tu les considères comme un être humain avec toute sa dignité. En tout cas, avec 6 h dehors de la cellule, au contact d'autres personnes et au milieu de bouquins, il y a un net confort pour l'esprit.
A plus tard et bonne journée. Ecrit par : Christian | 19.01.2007

La lecture, l'écriture aussi, ce sont d'excellents moyens...d'évasion.
Ecrit par : Crabillou | 20.01.2007

Mon rôle d’écrivain… je l’ai toujours considéré comme un « service aux autres détenus ». A vrai dire, je ne pense pas l’avoir outrepassé, même si à Saint Mihiel, cela a été évoqué…
Ecrivain-bibliothécaire, c’est effectivement un emploi d’auxi, prévu par la réglementation de l’administration pénitentiaire, au même titre qu’un aide cuisinier. Mais il n’en existe peut-être pas partout, ainsi à Saint-Mihiel, le poste était prévu, mais c’est moi qui l’ai créé (organisé) alors que le centre de détention existait depuis plus de 13 ans…
J’adhère tout à fait à ton approche de la mission : « Il permet le contact et surtout la reconnaissance de l'autre en temps que personne à part entière ». Il est toujours apprécié par les plus « demandeurs » que « tu les considères comme un être humain avec toute sa dignité », et je rajouterai avoir été surpris par certaines demandes, émanant de détenus que je considérai au dessus de la moyenne…
A propos de la bibliothèque, celle de Metz est particulièrement bien fournie, organisée et bien tenue, par 4 détenus auxi (avec moi) et ce, parce que nous avions « une chef-enseignante, donc non-administration pénitentiaire »… vigilante, très disponible aux demandes des détenus… A priori, les prisons ne sont pas trop demandeuses d’ouvrages… il y a, en effet, un budget prévu et, à ce qu’il m’a semblé, suffisant pour acquérir toutes les nouveautés qui pouvaient intéresser le plus grand nombre.
Comme livres, il y a de tout, pour tous les goûts, même certains critiquant la Justice et l’Administration… En fait, la loi prévoit que tout ce qui est « édité » peut « rentrer » en prison, c’est ainsi que le mien, n’ayant pas d’éditeur, n’a pas droit de cité. Mais en fait, il n’est pas destiné aux détenus, mais aux futurs… détenus, aux familles de détenus et à … qui veut bien le lire.
Tu vois juste : cet emploi d’écrivain m’a permis de « supporter » ma détention. Je l’ai eu au bout de 4 mois de détention, à un moment où j’avais une overdose d’attendre un jugement qui n’arrivait pas… et une overdose de lecture… et une overdose de n’avoir rien à faire… Pour moi, c’était un emploi à temps plein… et peu de temps pour moi… et « le confort » d’avoir un esprit bien occupé, ce qui m’a permis de ne pas déprimer, même si j’aurais préféré, bien sûr, être « dehors »…
Paul Denis à Christian, le 20/01/07

En état d’overdose… c’est ce qui arrive quand tu lis, pendant 8/9 heures par jour…, même si tu aimes la lecture, un jour ou l’autre, tu décroches, et ce, d’autant plus que les sources lumineuses n’étaient pas au top – pas de néons, des ampoules dans un globe – nid de mouches… tu vois le tableau… Mais il est vrai que c’est un excellent moyen d’évasion et il m’est arrivé, parfois mais rarement quand même, de me surprendre à oublier que j’étais en prison…
Paul Denis à Crabillou,le 20.01.07

A te lire, je me disais bien que tu étais un intello et que tu étais prêt à aider les raclos. (mecs).
Il est vrai que l’écrivain est, en prison, un gars apprécié. J’en ai connu plusieurs. Chaque fois, c’était des gars bien et sur qui on pouvait compter.
Je ne sais pas si vous êtes « sélectionné », mais ce qui a de sûr, c’est que souvent, on est bien renseigné lorsque l’on va voir l’écrivain.
Moi, j’y suis allé le voir pour qu’il m’explique ce que le juge voulait dire et afin qu’il me dise ce que je risquais, il m’a aidé à faire une « confusion de peines ».
Au début, je croyais que c’était un « espion » des juges et un gars de l’administration. En fait, il n’en est rien, c’est un détenu comme nous qui accepte d’aider les autres. Et il aide bien, croyez-moi.
Il fait souvent plus que ce qu’il devrait, car il sait écouter et te conseiller.
Moi, j’aimais bien aller à la bibliothèque. On pouvait y discuter avec d’autres gars, c’était sympa, même si on n’avait pas envie de lire.
D’Alex, le 22/01/07
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A travers : « 1019 jours de détention… ou la vie en prison, vue du dedans, comme si vous y étiez… » (index des notes sur la journée du 7 janvier)
Clémence et Paul Denis tentent de vous faire vivre le quotidien d’un détenu « moyen », pas inculte, mais pas VIP, non plus (vous avez l’intégral de ce bouquin, complété par vos questions / remarques et mes réponses…).
Nota : Sur la journée du 14 janvier, vous trouverez un lexique des mots qui méritent une explication et/ou un commentaire…
……..
Ma Prison… ou quelques questions qui fâchent… et des solutions proposées…
A travers ces pages, Paul Denis poursuit sa réflexion, il ne se considère plus comme un détenu, mais comme un observateur qui très souvent est devenu un confident.
Vous trouverez, sur la journée du 17 mai les dates de parution de mes articles…
……
Les bouquins de Paul DENYS n’ont pas encore trouvé d’éditeur.
Si vous désirez avoir leur version papier, vous pouvez acquérir (l’un ou l’autre ou les deux) en envoyant, par volume, un chèque de 17 € (frais d’envoi compris) à TOP SERVICES, 7 Bld d’Alsace à 57070 METZ. Pour 10 €, je peux vous l’envoyer par e-mail (150 pages A4 ou 220 pages A4).


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21/01/2008

Notre vie quotidienne... en Prison

A la bibliothèque, j’ai trouvé un livre très intéressant qui s’appelle « Le Guide du Prisonnier », il est édité par l’O.I.P. « Observatoire International des Prisons »
Je t’en ai copié quelques lignes qui te situeront sous quels régimes fonctionne une prison :

. « Le but de la prison est de priver la personne détenue de la liberté d’aller et venir »… mais dans les faits, lui sont imposées des règles et des contraintes qui dépassent cette mission,
. la réglementation applicable aux prisons se trouve dans le Code de Procédure Pénale (CPP),
. à ce code, il faut ajouter un nombre considérable de circulaires et de notes de service de l’administration pénitentiaire qui ont pour objet de combler les lacunes ou imprécisions du CPP,
. à tout cela, se rajoute le Règlement intérieur (« la loi interne ») qui, lui, précise certaines règles, propres à l’établissement. Il existe quand même une grande partie des règlements intérieurs commune à tous les établissements,
. souvent, ce règlement sert de base à l’information des détenus, c’est souvent un fascicule d’une quarantaine de pages dactylographiées et s’il est prévu qu’il soit « à la disposition de tout arrivant », dans la pratique, en principe (mais ce n’est pas toujours le cas), il est « consultable » à la bibliothèque, auprès du chef de détention et auprès des travailleurs sociaux,
. malgré « ces » cadres rigides, il y a, encore, entre les « droits et obligations » et les « pratiques »… un fossé… qui a, pour origine, aussi souvent les personnes chargées de les appliquer que ceux qui sont détenus.

Tu vois que même cette autorité « reconnue » s’étonne des disparités entre les établissements et des variantes en ce qui concerne l’application d’un même texte.

Et poursuivons notre chronique, aujourd'hui, voyons la vie de chaque instant, notre vie à trois.
Comme déjà dit précédemment, l'ambiance de la cellule dépend de ses occupants, celle de l'étage, des détenus et des surveillants.
Pour nous, la vie (les autres, l'autre) est tout à fait correcte. Chacun sait respecter l'autre, chacun à son coin et son petit espace plus intime que l'autre ne "viole" pas. On sait aussi respecter les silences de l'autre, et éviter les sujets de conversation qui irritent ou fâchent.
Cette partie de l'individualisme que l'on s'impose "naturellement" fait la "qualité" de notre vie commune. Et cette façon de vivre n'est pas pour me déplaire, comme tu le sais.
En fait, cette vie interne est souvent "perturbée" par les allers et venus de chaque jour (la vie interne de la prison à laquelle s'ajoutent nos propres besoins).
En fait, on est toujours "dérangé". C'est, bien sûr, un paradoxe, mais cependant une réalité.
Avant même le lever, pour « l’appel » (vérification oblige) des présents et le ramassage du courrier et les bons de cantine.
Ensuite, c'est moi qui sors, les lundi, mercredi et vendredi, pour la douche à prendre avant 8 heures, donc 7 h 55. Les autres jours, c'est la possibilité de faire une mini-grasse matinée, s'il n'y a rien de prévu.
En principe, ce qui est prévu, est annoncé la veille (parloir, prise de sang, sortie au tribunal ; on appelle cela "extrait").
Donc, le lever se fait "calme", chacun à son rythme et sans bruit, on essaie de respecter les derniers instants de sommeil de l'autre.
Chacun se fait son petit déjeuner. Je me suis mis au chocolat et je mange un morceau de brioche (cantinée, chaque semaine). En effet, le pain (baguette donnée chaque jour à 11 h 30) est bon à 11 h 35, passable à 17 h 30, immangeable le lendemain. Pour finir la semaine et prévoir les imprévus, j'ai, en réserve, un paquet de Rem (on n’en a jamais eu à la maison, mais dans ma jeunesse, nous en avions déjà chez mes parents).
Après ce moment (agréable), c'est le temps de la toilette. Après cette étape, je fais mon lit et c'est mon activité principale qui commence : j’écris, je lis et regarde la TV en alternance, selon l'intérêt de la TV, et ce, assis (couché) sur mon lit (en effet, l'inconfort des chaises rend son usage « intensif » douloureux pour mon céans). Bref, on prend ses aises et pourquoi s'en priver.
Toute cette activité nous amène à 11 h 30 (heure du repas).
Mais entre temps, il y a eu, presque chaque jour, des visites ou des déplacements, des "activités".
Ainsi donc, ce matin, mardi, j'ai été appelé à l'infirmerie, pour une prise de sang (vérification du cholestérol), puis, pour aller apporter mon linge (sale) au parloir, pour qu'il soit donné (après vérification) à Maman, demain. Le fait que mon co-locataire soit le bibliothécaire-écrivain public de notre secteur « jeunes », provoque des déplacements supplémentaires et des visites (apport du journal quotidien) et/ou passage d'un détenu qui vient demander un conseil ou la rédaction d'une lettre.
En principe, ces courriers se font à la bibliothèque, mais parfois, c'est dans notre cellule, tout dépend de l'humeur du surveillant.
L'après-midi ressemble, en tout point, à la matinée, jusqu'à 17 h 30 (heure du repas du soir), après c'est la nuit.
Les autres "visites" sont principalement la livraison des produits cantinés, il y a des livraisons presque chaque jour, parfois même deux. Il y a la buanderie : changement des draps le lundi matin (chaque 15 jours) et la serviette + gant (chaque semaine), le mercredi. Il y a la livraison du courrier et, pour nous, le journal (que nous lisons en cellule avant qu'il soit mis en bibliothèque). Il y a le greffier qui a souvent quelque document à remettre ou à faire signer, c'est lui qui fait le lien entre le tribunal et nous.
J'allais oublier de parler des "roulées", des "tiges", en fait des cigarettes. Il est vrai qu'avant, j'étais à un étage, dit de jeunes qui souvent ne sont pas très riches et, en tout cas, pas très bien organisés. Ils ne savent pas prévoir leur semaine (il y a une livraison (cantine tabac) chaque semaine) et dès le vendredi jusqu'au mercredi suivant, c'est le défilé ou plutôt la demande, à tout moment, à la porte des cellules, dans les couloirs, à l'infirmerie, au parloir, bref tout le temps. C'est au moins 5 ou 6 demandes par jour.
En prison, la proportion de fumeurs est importante.
Mais, pour moi, c'est simple, je ne fume pas. Un de mes co-locataires ne fume que des Gauloises. En fait, les jeunes fument surtout des blondes ou roulent leurs cigarettes (moins chères).
On peut dire que la cigarette est l'objet de toutes les convoitises, la source d'animosité et de conflit aussi bien chez les jeunes que chez les adultes.
Notre 3ème co-locataire fume des blondes et de plus, il est généreux et "dépanne" souvent les quémandeurs. Sa popularité, son ancienneté, le bouche à oreille, sa générosité font qu'il est, à chaque instant, sollicité.
Une grande partie des mouvements "mal contrôlés" dans les couloirs a pour origine la cigarette (qui manque).
Il faut reconnaître que, si le tabac est néfaste pour la santé…, en prison, il a une valeur « calmante » indéniable. S’arrêter de fumer (en prison) semble un exploit… « Commencer à fumer » n’est pas l’exception.
Je te fais une petite parenthèse pour t’expliquer comment se fume une roulée, ici.
En effet, beaucoup de détenus fument des roulées dont la base est du tabac blond et la feuille de papier à une cigarette. Pour faire des économies de tabac, le fumeur fabrique une espèce de filtre à partir de papier cartonné (qui ne filtre rien, bien sûr). La cigarette, ainsi faite, certes avec moins de tabac qu’une cigarette du commerce, n’a donc pas de filtre. Comme tout est fumé, le mégot étant le cartonné, je pense que c’est encore plus néfaste qu’une cigarette avec filtre.
Tout au long de la semaine, "nous" avons un certain nombre d’activités « proposées ».
Par semaine : la bibliothèque : 3 x 1 heure, pour l'échange de livres et la consultation d'un certain nombre de volumes qui "ne sortent pas", il s'agit essentiellement d'encyclopédies, dictionnaires.
Chaque matin, à 8 h 15 et chaque après-midi, il y a "sport" collectif, gym ou foot /hand-ball, avec un moniteur. Il s'adresse à tout notre étage, mais nous (les vieux) nous n'y participons pas. Il y a aussi, une salle de musculation. N'étant pas, par goût, sportif, je n'ai pas envie d'y participer.
Par ailleurs, c’est en sport (et en promenade) que, souvent, se règle un certain nombre de comptes.
De plus, le temps ne m'invite pas à profiter de l'extérieur.
Nouveau pour moi :
deux rendez-vous hebdomadaires : Ecole. Je me suis inscrit au cours de philo, le jeudi de 14 h à 16 h, et en informatique, le vendredi de 15 h 30 à 17 heures. En philo, nous sommes, en principe, une dizaine, mais, en pratique, le dernier cours : 6. L'animateur est un prof de philo de lycée. En fait, c'est un groupe de réflexion sur un thème central "annuel". Mais l'actualité permet des digressions ou parenthèses...

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Rajout :

J’aime bien comment tu racontes, ta vie au chtar.
Pour moi, c’était quand même un endroit où je m’emmerdais, pas triste.
Je suis moins cool que toi. Il est vrai que le calme n’existe pas, et que le bruit, les cris des mecs et le reste sont là pour t’aider à péter les plombs.
Cà se voit que tu n’es pas fumeur. Pour moi, pour les fumeurs, c’est un peu une drogue qui permet d’occuper et de se doper : quand t’as rien, pas de tabac, il faut bien en trouver.
D’Alex, le 21/01/07

Surpopulation : Par expérience, je sais que de nombreux jeunes (surtout) préfèrent être à trois que seul… Ce qui est plus déplorable, c’est que les infrastructures ne suivent pas le surnombre (douches, salle de détente, sport, école, etc…) et de cela, on souffre…
De Paul Denis à Chris, le 22 mai 2007
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A travers : « 1019 jours de détention… ou la vie en prison, vue du dedans, comme si vous y étiez… » (index des notes sur la journée du 7 janvier)
Clémence et Paul Denis tentent de vous faire vivre le quotidien d’un détenu « moyen », pas inculte, mais pas VIP, non plus (vous avez l’intégral de ce bouquin, complété par vos questions / remarques et mes réponses…).
Nota : Sur la journée du 14 janvier, vous trouverez un lexique des mots qui méritent une explication et/ou un commentaire…
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Ma Prison… ou quelques questions qui fâchent… et des solutions proposées…
A travers ces pages, Paul Denis poursuit sa réflexion, il ne se considère plus comme un détenu, mais comme un observateur qui très souvent est devenu un confident.
Vous trouverez, sur la journée du 17 mai les dates de parution de mes articles…
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Les bouquins de Paul DENYS n’ont pas encore trouvé d’éditeur.
Si vous désirez avoir leur version papier, vous pouvez acquérir (l’un ou l’autre ou les deux) en envoyant, par volume, un chèque de 17 € (frais d’envoi compris) à TOP SERVICES, 7 Bld d’Alsace à 57070 METZ. Pour 10 €, je peux vous l’envoyer par e-mail (150 pages A4 ou 220 pages A4).


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18/01/2008

Cellule de 4... en prison

La vie quotidienne, en prison, est souvent décevante, car monotone et sans surprise…

Le moral se maintient malgré le fait que l'inactivité et le sentiment de ne servir à rien commencent à me peser.
Tu m’as interrogé sur l’alcool et le vin. Ceux-ci sont strictement interdits depuis quelques années, sous toutes ses formes, ainsi même certains après-rasages ou déodorants sont « interdits » de séjour en détention.
Pour ma part, je m’y fais, mais, j’avoue qu’un peu de vin avec le fromage me manque…

Aujourd'hui, je vais te parler de l'organisation de notre vie plus intime, dans nos 20 m2 – (nous parlerons, une autre fois de la cellule pour deux), et où nous ne sommes que trois, donc en surface le double d'une cellule pour 2, et, en pratique, plus d'espace vital et de confort. Avec 2 lits à étage (moi, je suis en haut de l'un), 4 chaises, en principe 2 tables (nous en avons trois), en principe 2 armoires (nous en avons 3). Nous bénéficions d'un "vrai" coin "toilettes", avec WC et lavabo, quand je dis "vrai", en fait cela veut dire que ceux-ci sont dans un coin avec deux cloisons, une de 1,9 m de haut, une autre de 1,2 m avec une porte.
Ce niveau de confort qui n'existe pas dans les cellules de 2, permet une "certaine" intimité lorsqu'il faut aller aux toilettes, se laver ou se changer.
Bien sûr, tout dépend des co-locataires, mais je dois dire que je suis bien tombé et qu'à ce niveau, il n'y a pas d'ambiguïté et la discrétion est de rigueur (chacun a son heure).
Evidemment, nous n'avons pas d'eau chaude et pas de vrais robinets, tout est à poussoir - ce, pour éviter, je pense, les robinets qui coulent tout le temps et les inondations (volontaires).
Au niveau décor, tout notre étage a été repeint en juillet 2001, et notre cellule est impeccable (encore une exception, par rapport à ce que j'ai pu voir plus tard), en peinture jaune cassée et bleue et plafond blanc. Il est interdit de fixer quelque chose aux murs si ce n'est sur un panneau (matérialisé par une autre couleur de peinture). Le nôtre comprend : quelques photos de chanteuses (découpées dans des revues), un calendrier (planning), une table de conversion (franc/euro), la pensée d'Albert Camus (dont je t'ai déjà parlé), un éphéméride (calendrier - feuille à feuille), le planning des cantines.
Pour compléter notre décor, il ne faut pas faire abstraction du décor (utilitaire) que sont les chaussures (alignées au sol), et les séchoirs (du type séchoir de radiateur) qui reçoivent les serviettes de bain (douche) et le linge que nous lavons sur place. Sur les tables : cruche pour chauffer l'eau, verre pour le café (Ricoré), les tables ont des niches (faux tiroirs) pour les papiers à lettres, livres, timbres, crayons à bille, courrier, etc... Bref, tout ce que tu veux. Le fait d'avoir chacun une table apporte un confort et une intimité supplémentaire très appréciée. C'est notre seul "chez nous". Chacun a la sienne et on ne se permettrait pas de fouiller dans celle du voisin.
Mais je te rappelle qu'il s'agit là d'une situation privilégiée, puisque, pour la majorité des autres détenus, ces deux objets (meubles) se partagent.
En fait, il faut reconnaître que l'individualisme est très cultivé : à chacun, ses affaires, tout se fait à l'individu, sauf le chauffage de l'eau pour le café (mais à chacun, son café), à chacun "sa" cantine. Le collectivisme et le partage sont rares. J'essaie de l'instaurer pour quelques situations particulières mais c'est dur : lavage de la vaisselle (individuelle) 2/3, le nettoyage de la cellule et des sanitaires : chacun son tour, j'essaie de le faire faire ensemble. Au repas, j'essaie et fais la proposition de partager : réponse (souvent) : "j'en ai". C'est vrai, mais ce n'est pas la même chose. En fait, je constate que si tu demandes, tu n'obtiens pas de refus, mais la proposition spontanée est rare. L’ambiance est bonne et ce qui précède ne fait partie que du détail.
J'ai oublié de préciser pour le décor, qu'est fixé au mur, un support TV, il est vrai que nous ne l'utilisons pas parce qu'il est mal situé et ne nous permettrait pas de voir la TV de nos lits. Au plafond, il y a 3 plafonniers qui sont actionnables de l'intérieur et de l'extérieur de la cellule. Il pourrait (l'interrupteur extérieur) être actionné la nuit, lors des rondes (mais il y en a fort peu), je pense ne l'avoir vu s'allumer qu'une fois depuis que je suis là, et encore, je pense que c'était pour s'amuser...
Il n'y a qu'une prise de courant : un problème qui oblige l'emploi de multiples rallonges (6) et de plusieurs multiprises (5) qui, sur une seule prise, alimentent : TV, frigo, thermoplongeurs (3), radio. Et cela ne saute pas...
Au niveau de la "sécurité", car sécurité, il devrait y avoir, la porte est équipée d'un oeilleton qui permet de voir de l'extérieur (pendant les rondes). En plus de cela, il y a normalement un système d'interphone et de haut parleur, couplé à un système d'écoute. Mais dans notre zone (étage), ce système ne fonctionne pas.
Bref, de la sécurité, il n'y en a pas, et ce, pas plus le jour que la nuit. Pour le jour, si on veut faire ouvrir la porte, il faut mettre (passer) une feuille de papier dans la porte, on appelle cela un drapeau… ! Le surveillant vient quand il la voit, s’il le veut ou en a envie. Si cela tarde, c'est souvent (pas chez nous), des cris et interpellations "surveillant" et des coups dans la porte. La nuit, il y a encore moins de sécurité puisqu'il n'y a que 2 ou 3 passages sur l'étage et une écoute plus que superficielle (à mon avis, la durée de passage ne doit pas excéder la minute).
Inutile de dire que s'il devait y avoir (ou lorsqu’il y a) "un pétage de plomb" et/ou une agression, ou, une maladie (crise) la nuit, l'issue et la résolution poseraient (posent) problème.

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Rajout :

J’ai connu aussi, mais on était 6, mais à 6 dans une cellule double, c’est mieux qu’à 3 dans une cellule de 2. De plus, le coin toilettes est mieux.

Pour la déco, j’ai rien connu de cool, c’était toujours limite pour ne pas dire crade et délabré vieille peinture sâle qui s’écaille et du scotch, partout… On voulait repeindre, mais ils n’ont pas voulu nous donner de la peinture… on aurait pu rendre la piaule plus acceptable.

Cà c’est vrai, en prison, c’est chacun pour soi. De toute façon, t’es obligé, si tu es trop bon et tout juste cool, tu te fais baiser chaque fois et on te rend jamais ce que tu « prêtes ».

Il est vrai que pour se faire entendre, il fallait souvent gueuler ou taper dans la porte, mais bon, je comprends que tu n’aimais pas, mais on avait pas le choix, si on voulait sortir, demander quelque chose et pas louper un RDV (parloir ou autre).
De Alex, le 21/01/07

Pour compléter Alex. Mon avocat venait souvent (chaque fois que nécessaire) me voir. Chaque fois ou presque, il était « obligé » de m’attendre parfois une bonne demi-heure, au point qu’il me demandait… « Mais que faisais-tu ? »…
9 fois sur 10 (avant d’être écrivain), j’étais en cellule, à ne rien faire, donc disponible. Lui était à peine surpris… et il se prenait du boulot car il savait qu’il allait attendre…
Tout cela dit, pour vous faire comprendre que « passer un coup de fil à l’étage où tu habites, pour prévenir que tu es attendu par ton avocat, n’est pas une chose simple… en prison…
De qui se moque-t-on ? Qu’on fasse attendre un détenu qui n’a rien à faire, certes, mais faire poiroter un avocat qui est souvent surbooké… c’est d’un sans gêne que je ne peux admettre, encore aujourd’hui, j’en suis révolté. Je me rappelle en avoir fait la réflexion (poliment), réponse : « c’est pas moi… »
De Paul Denis, le 22/01/07 à 19 h

Une fidèle… déjà, merci de votre participation. Ma conviction est la même que la vôtre, Jacqueline, il faut que tout le monde puisse « connaître la vérité sur ce qu’est une prison française ».
Mes états d’âme, vous allez les connaître dans quelques notes… et aussi mes inquiétudes sur le bien-fondé de la prison actuelle qui met à l’ombre, mais qui n’améliore pas l’individu.
Je ne sais si je suis quelqu’un de bien, sûrement pas puisque mon pays m’a condamné… Mais quoiqu’il arrive, en chaque circonstance, j’essaie d’assumer mes convictions et je ne veux pas que ma conscience me reproche de n’avoir pas fait ce qu’il fallait pour aider mon semblable en difficulté. Je suis comme cela et je ne veux pas en changer, je m’y trouve bien…
Tout le monde (les politiques) dit qu’il faut modifier la Justice, mais rien n’est fait depuis des décennies. Mon témoignage qui m’est propre et ne reflète pas la vision que certains ont de la prison, car j’ai conscience d’être un privilégié… en ayant un emploi (écrivain public) qui correspondait à mes aspirations de justice et de l’idée que je me fais de l’être humain qui mérite une aide plus qu’un punition…
De plus, je n’ai été quand dans deux prisons, somme toute, acceptables, mais j’en ai entendu de bonnes, et si je n’en parle pas trop, c’est parce que je crains (j’espère) que mes informateurs exagéraient la vérité en la noircissant.
Ce qui serait bien, c’est que d’anciens détenus, comme Alex, puisse apporter leurs témoignages sur d’autres lieux… C’est un appel…
De Paul Denis à Jacqueline, le 22 janvier 2007 à 23 h.

Si vous n'étiez pas là à qui s'adresser pour tous ces renseignements qui semblent peut-être futiles aux yeux de certains. Tant que je n’avais pas touché le milieu carcéral, j'avoue que ce n'était pas ma préoccupation mais depuis que mon mari a été incarcéré mon opinion sur la population carcérale a changé. Il faut malheureusement connaitre ce drame pour comprendre les autres. Dominique
Il est vrai que la prison et la chose judiciaire ont su se cacher et se protéger des indiscrets… pour mieux se gérer sans contrôle. Il semble que ce temps est révolu… Tant mieux. Pour ma part, avant d’y être passé, j’étais comme toi et tout le monde…indifférent… C’est l’inquiétude que j’ai senti dans ma famille (et le temps libre) qui m’ont fait écrire tout cela… Je suis heureux de pouvoir vous en faire partager le contenu… s’il peut vous aider…
Il faut m’aider à le (le blog) faire connaître afin que le maximum de familles puisse mieux passer ce moment difficile…Paul Denis

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A travers : « 1019 jours de détention… ou la vie en prison, vue du dedans, comme si vous y étiez… » (index des notes sur la journée du 7 janvier)
Clémence et Paul Denis tentent de vous faire vivre le quotidien d’un détenu « moyen », pas inculte, mais pas VIP, non plus (vous avez l’intégral de ce bouquin, complété par vos questions / remarques et mes réponses…).
Nota : Sur la journée du 14 janvier, vous trouverez un lexique des mots qui méritent une explication et/ou un commentaire…
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Ma Prison… ou quelques questions qui fâchent… et des solutions proposées…
A travers ces pages, Paul Denis poursuit sa réflexion, il ne se considère plus comme un détenu, mais comme un observateur qui très souvent est devenu un confident.
Vous trouverez, sur la journée du 17 mai les dates de parution de mes articles…
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Les bouquins de Paul DENYS n’ont pas encore trouvé d’éditeur.
Si vous désirez avoir leur version papier, vous pouvez acquérir (l’un ou l’autre ou les deux) en envoyant, par volume, un chèque de 17 € (frais d’envoi compris) à TOP SERVICES, 7 Bld d’Alsace à 57070 METZ. Pour 10 €, je peux vous l’envoyer par e-mail (150 pages A4 ou 220 pages A4).


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