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12/03/2008

Après 4 mois... en Centre de détention

4 mois en Meuse :

"Mon" unité (25 gars maxi, en ce moment 24) est calme et mixte (jeunes et vieux), pas de tête de turc, pas de conflits, une bonne ambiance et une bonne entente, un respect mutuel et pas trop de "quémandeurs"… Bref, ce que l'on peut souhaiter de mieux, et ce, d'autant plus que malgré le mélange "français + étrangers", l'entente et la propreté sont de rigueur… Pourvu que cela dure…
En ce qui me concerne, mes journées sont bien occupées avec mon emploi d'écrivain. J'ai, donc, repris une activité qui me convient… et m'intéresse.
Par rapport à Metz, c'est plus intéressant, dans la mesure où il y a moins de courriers répétitifs, et plus de courriers "personnalisés", du type "lettre de motivation" qui nécessite un peu de réflexion et un dialogue avec l'intéressé.
En règle générale, mes "clients" savent ce qu'ils veulent dire, mais ils ne savent pas comment cela doit être dit et c'est là que j'interviens, pour mettre "en forme" leurs souhaits. Je ne fais pas de censure.
Nous avons annoncé "ma présence", à travers le bulletin interne du CD, des affichettes ont été mises sur le panneau d'affichage de chaque unité, l'information est passée auprès des travailleurs sociaux et du centre de formation et le bouche à oreille fonctionne bien…
En plus de cette activité, à temps plein, j'ai accepté d'être aide-auxi (bénévole) d'unité pour aider l'auxi en place (rémunéré) et ma "fonction" se limite à l'aider lors de la distribution des repas… Nous sommes passés "au tout barquette" pelliculée – normes européennes exigent, paraît-il !
L'inconvénient, ma nouvelle fonction me prend un peu de temps, à un moment de la journée où, en général, j'étais tranquille et "isolé" : autour des repas (avant et après). L'avantage : nous nous partageons les "restes", ce qui me permet d'exclure de mon alimentation ce qui ne me convient pas trop et de choisir ce qui me plait le plus, et ce, je l'espère, en ne provoquant pas une reprise de poids… (j'ai déjà perdu 10 kgs, encore 5, serait bien…).
Comme autres activités, je suis pris, presque chaque jour de 17h à 18h15, par une activité "pour moi"… Ce qui fait que tout compte fait… je suis bien occupé.
Il n'en demeure pas moins que j'essaie d'écrire, très régulièrement à vous, mes enfants, … et, parfois, le week-end, … à mes correspondants… Je ne laisse pas de lettre sans réponse, mais parfois, je tarde, car j'essaie de respecter l'ordre de réception…
En fait, ce sont la TV et la lecture qui souffrent le plus de mon activité… effrénée… qui a le pouvoir d'occuper mon temps… mais ai-je d'autres obligations…
Ici, nous arriverons (bientôt) au maxi : 400, et ce, en tenant compte des sorties (-20) et entrées (+45) par mois, au courant de l'été, si mes calculs sont justes.
Pour moi, cela ne devrait pas changer, au quotidien, grand chose.
Mais pour ceux qui veulent travailler ou aller en formation (stage rémunéré), cela va être plus difficile (délicat), car il semble que le "travail" commence à manquer… C'est souvent par à-coups (heures en plus + samedis), avec des périodes "sans travail du tout"…
Mais quand ils travaillent, ils sont mieux payés qu’en maison d’arrêt (200 à 500 euros/mois), mais ils se plaignent de la cadence et de longues journées (7 heures). Cela ne laisse pas de place pour d'autres activités…sport, détente, cuisine…
Si le travail manque, l'ambiance va s'en ressentir… plus d'énervement, moins d'argent, et comme beaucoup ne savent pas "s'occuper", plus de bêtises, en vue…
Heureusement qu'au niveau "sport", le CD est bien équipé, c’est peut-être insuffisant, mais le matériel semble de qualité. Nombreux sont ceux qui y vont et l'activité fonctionne par roulement du matin jusqu'au soir (18h15).
Pour ce qui est de la promenade (je n'y vais que, parfois, lorsque je trouve un compagnon de "marche", avec lequel je pourrais marcher (tourner en rond), en échangeant nos opinions sur les évènements du jour et sur nos vies, en confiance…), il y a deux cours (1 par bâtiment d'hébergement, donc pour 200 gars). Elles sont 4 à 5 fois plus grandes qu'à Metz (soit la surface d'un terrain de foot) avec bancs (en béton), un peu d'herbe, un préau avec une table de ping-pong (béton) et WC.
Ici, je suis obligé de faire pas mal de déplacement (à l'air libre), puisqu'il n'y a aucune activité (et services) dans les bâtiments d'hébergement, il faut donc, sans cesse, se déplacer, d'un bâtiment à l'autre, pour participer aux activités…
Au fait que, chaque fois, je prends un peu d'air, tu rajoutes que nous avons (en cellule) une grande fenêtre qui s'ouvre à 100 %, avec vue sur la campagne, donc mon besoin de m'échapper à l’extérieur, se fait moins sentir……, d’où mon « parfois, je vais en promenade ».
Rappel : les activités (donc la promenade) sont les seuls lieux où l’on peut discuter « longuement » avec un autre détenu qui n’est pas de son unité.
A propos de mon avenir… rien de neuf, pour le moment ; pour moi, le mieux est d'attendre et de m'occuper du moment présent, au mieux de mes intérêts, et, en ne tirant pas de plan sur la comète… "A chaque jour, suffit sa peine"…
Il est vrai qu’il est important de "se" prendre en charge. Ici, on cultive l'indépendance et la prise en responsabilité. Tu choisis, on accepte, et tu décides… Ainsi, il suffit de s'inscrire à une activité (ou travail) pour y participer… C'est à toi de le prévoir dans ton emploi du temps, comme ta porte est ouverte (en permanence), c'est à toi à ne pas "louper" l'heure…
Il est vrai que si tu "refuses" plusieurs fois (sans motif valable) d'aller "travailler" aux ateliers… ensuite, tu disparais de la liste des "autorisés" et, il est évident que pour t'y faire ré-inscrire, ce n'est pas facile…
C'est pareil pour les auxi. Une fois que tu es en place, il faut faire "correctement" ton boulot.
Ici, tout est fait pour que tu y sois bien.
Ce n'est que ton attitude qui peut t'empêcher de profiter de la "libre circulation"… et celui qui est remis en régime "semi-ouvert" (ouvert les après-midis) ou "fermé" (comme en Maison d'Arrêt), se trouve doublement frustré.
En effet, il subit un régime différent des autres et voit la "liberté" des autres… mais il faut reconnaître qu'en étant "objectif", c'est sa propre attitude qui l'a remis dans ce régime et sa situation est revue, chaque quinzaine, en commission d'affectation… donc, rien n'est définitif… mais il est sûr que pour certains, se prendre en charge, c'est dur.
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Rajout : 4 mois en Meuse
RAS, toujours aussi cool l’écrivain, et bien dans ses pompes… Un régal pour moi de te lire, je ne savais pas qu’on pouvait parler/raconter aussi bien, sur un lieu aussi infect… que j’ai quitté sans regret… A des moments, en te lisant, je me dis, ce type, quand il va sortir, il va regretter la prison, il y était si bien…. Je rigole, mais t’es trop cool, vieux.
De Alex, le 11 mars 2007
………………………………………………………………………………………
A travers : « 1019 jours de détention… ou la vie en prison, vue du dedans, comme si vous y étiez… » (index des notes sur la journée du 7 janvier)
Clémence et Paul Denis tentent de vous faire vivre le quotidien d’un détenu « moyen », pas inculte, mais pas VIP, non plus (vous avez l’intégral de ce bouquin, complété par vos questions / remarques et mes réponses…).
Nota : Sur la journée du 14 janvier, vous trouverez un lexique des mots qui méritent une explication et/ou un commentaire…
……..
Ma Prison… ou quelques questions qui fâchent… et des solutions proposées…
A travers ces pages, Paul Denis poursuit sa réflexion, il ne se considère plus comme un détenu, mais comme un observateur qui très souvent est devenu un confident.
Vous trouverez, sur la journée du 17 mai les dates de parution de mes articles…
……
Les bouquins de Paul DENYS n’ont pas encore trouvé d’éditeur.
Si vous désirez avoir leur version papier, vous pouvez acquérir (l’un ou l’autre ou les deux) en envoyant, par volume, un chèque de 17 € (frais d’envoi compris) à TOP SERVICES, 7 Bld d’Alsace à 57070 METZ. Pour 10 €, je peux vous l’envoyer par e-mail (150 pages A4 ou 220 pages A4).

10/03/2008

Journée-type en Centre de Détention

Pour la cellule, je te donne quelques détails et différences, par rapport à Metz :
. en mieux : l’espace « toilettes » (plus petit, mais mieux agencé, avec un bon éclairage, une tablette (à Metz, il n’y en avait pas), une belle glace, un lavabo qui a la forme carrée d’un évier (ce qui facilite la vaisselle, avec une petite tablette pour poser (genre, mini égouttoir), un WC, une prise de courant.
Moi, j’y ai mis ma grande poubelle (au moins 60 l),
. en moins bien : le lit et l’armoire sont fixés au sol, donc pas d’initiative « privée ».
Moi, j’ai mis le frigo (sous la TV), à côté de la fenêtre (qui peut être ouverte à 100 %). Comme à Metz, les cellules, côte à côte, sont inversées, ce sont les sanitaires qui servent de pivot. Toutes les portes s’ouvrent dans le même sens (face à l’arrivée dans l’unité). Quand, je suis dans le coin « sanitaires », je peux voir la TV (à l’envers) dans la glace, en effet, en règle générale, je laisse la porte des sanitaires ouvertes, et je l’ai accrochée au lit, mais la nuit, elle doit être fermée, car autrement, son ouverture gêne la vision à partir de l’œilleton (et donc, la sécurité). Encore une précision, la table étant petite (57 x 63), je l’ai « libérée » au maximum et je me sers du dessus du frigo pour y déposer ma cruche qui me sert à chauffer l’eau du café et ma boîte à courrier… + Ricoré (l’ami du petit prisonnier) + bouteille d’eau, etc…

Journée – type en Centre de détention

Je m'étais dit que je pouvais aussi, te parler de ma semaine "type", en Centre de détention.
Avant que je sois "écrivain", mes journées étaient simples : ouverture de la porte à 7 h + lever pour la refermer de l'intérieur, je me recouchais jusqu'à 8 h 30 avec France 2, en fond sonore. 8 h 30 : lever + petit-déjeuner + toilette + un peu de rangement, nous arrivons à 9 h 30. A partir de là : TV ou écriture ou lecture jusqu'à 15 h 30 (avec interruption pour le repas de midi). 15 h 45 à 17 h : travail à l'infirmerie (nettoyage). 17 h à 18 h (activités : voir ci-dessous), 18 h 15 : douche + repas + fermeture de la cellule (vers 19 h) + TV couché + dodo…
Depuis quelques mois, j'ai donc "repris" l'activité d'écrivain que j'avais abandonnée, avec regret, en quittant Metz. Dès mon arrivée, il était prévu que ce "poste" me serait confié et ne voyant rien venir, j'ai pris contact avec le directeur de l'école d'ici qui m'a autorisé à venir en salle d'informatique et nous avons discuté de mon futur "emploi" et en particulier des conditions matérielles. D'emblée, il est apparu que, sans problème particulier, je pourrais utiliser un ordinateur pour la réalisation de courriers « importants ».
Donc, fin avril, le chef de détention me confirme que mon poste est créé et que je commence dès lundi et qu’ainsi, je quitte le poste d'auxi-infirmerie.
Mais, comme c'était encore les vacances scolaires et donc, de certains de mes "interlocuteurs" susceptibles de mettre en place, concrètement, mon "emploi", pendant encore 20 jours, j'ai été "écrivain officiel", non connu, puisque l'information et les définitions de l'emploi n'avaient pas été faites… ce qui ne m'a pas empêché de répondre aux demandes spontanées.
A ce jour, tout le monde étant là, il a été décidé :
. que j'assurerai une permanence (aux heures de bibliothèque),
. que, pour "ma sécurité", je n'irais pas dans les unités,
. que, si la situation (la confidentialité) l'exigeait, je pourrais utiliser une salle de l'école.
Voilà les bases actuelles qui pourront être revues, en fonction de l'évolution de la demande.
Donc, cela roule… et occupe mes journées qui se partagent entre un temps en bibliothèque et le reste, en salle informatique…
Comme autres activités, je vais 2 fois par semaine (en principe, les mardis et jeudis) en "Santé par le sport", en fait (pour moi) : 1 heure de vélo d'appartement, pour affiner ma ligne, le mercredi : 1h15 de "relaxation" (essentiellement des exercices respiratoires, des étirements et de maîtrise du corps (sentir chaque partie de notre corps, à la demande), cela détend… : voilà pour l'activité physique…
Je participe, également, à l'équipe de rédaction (six ou sept gars) du bulletin interne du CD (réunion hebdomadaire, chaque vendredi) qui s'appelle : "L'Escapade" : tout un programme… Il n’est pas mal fait, mais il passe à la "censure" et ne reflète que partiellement ce que nous voudrions qu'il soit : plus complet, plus pratique et plus intéressant pour nos co-détenus…
Toutes ces activités ont lieu de 17h à 18h15, afin que tous (y compris ceux qui travaillent) puissent y participer… Mais, en fait, les travailleurs ont quelques difficultés à y participer pleinement, car de 17h à l’heure du repas, c’est aussi, pour eux, le moment de la douche, du téléphone, de la préparation du repas (ou complément) et en tout cas, un moment où ils sont un peu libre…
Pour te préciser encore un peu la "bonne" ambiance qui règne dans notre "unité de vie", je te dirais (aux dires des surveillants) que nous sommes une unité "calme" dans laquelle ils aiment bien venir.
Ce qui implique que, comme on ne leur casse pas la tête, ils ne nous cassent pas les pieds par toutes sortes de tracasseries, même si celles-ci sont réglementaires…
Ils nous font donc confiance et on leur rend en n'en abusant pas… et en nous "gérant" nous-mêmes, en particulier, lors des repas qui, en général, subissent un certain rituel : retour en cellule, porte refermée, puis réouverture (4 par 4), puis re-fermeture… Cela peut te sembler bizarre que nous considérions que le fait de ne pas «réintégrer » (rentrer en cellule) soit considéré comme une « faveur », alors que c’est la règle… et pourtant, le fait de nous laisser nous organiser dans la distribution des repas est ressenti par la totalité des membres de notre unité comme un signe de "reconnaissance" de notre "sérieux". Je pense que tu as saisi…
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Rajout : Journée type

Comme d’hab, tu as réussi à faire ton trou. Je vois que tu sais mener ton jeu et t’organiser une petite vie cool… même en prison. Bravo, tu es un bon, et au fil des pages, je comprends pourquoi tu as réussi à écrire ce bouquin et que cela te fait rien d’y penser, à cette sacrée prison que nous avons connue. Allez, écrivain, avoue, dis-moi que c’était pas cool la prison…
De Alex, le 11 mars 2007
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A travers : « 1019 jours de détention… ou la vie en prison, vue du dedans, comme si vous y étiez… » (index des notes sur la journée du 7 janvier)
Clémence et Paul Denis tentent de vous faire vivre le quotidien d’un détenu « moyen », pas inculte, mais pas VIP, non plus (vous avez l’intégral de ce bouquin, complété par vos questions / remarques et mes réponses…).
Nota : Sur la journée du 14 janvier, vous trouverez un lexique des mots qui méritent une explication et/ou un commentaire…
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Ma Prison… ou quelques questions qui fâchent… et des solutions proposées…
A travers ces pages, Paul Denis poursuit sa réflexion, il ne se considère plus comme un détenu, mais comme un observateur qui très souvent est devenu un confident.
Vous trouverez, sur la journée du 17 mai les dates de parution de mes articles…
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Les bouquins de Paul DENYS n’ont pas encore trouvé d’éditeur.
Si vous désirez avoir leur version papier, vous pouvez acquérir (l’un ou l’autre ou les deux) en envoyant, par volume, un chèque de 17 € (frais d’envoi compris) à TOP SERVICES, 7 Bld d’Alsace à 57070 METZ. Pour 10 €, je peux vous l’envoyer par e-mail (150 pages A4 ou 220 pages A4).

07/03/2008

Programme 13.000

Spécificité du Programme 13.000 :

Revenons à la structure
. Elle date, à ce que l’on m’a dit, de 1989 (Metz en 1979). Elle fait partie du programme « 13.000 », c’est à dire 13.000 cellules construites et gérées par des sociétés privées (donc avec capital, actionnaires et bénéfice).

Tout ce qui est bâtiment et gestion (repas, hôtellerie (linge de maison), entretien général et travaux, cantine, formation professionnelle, ateliers) est assuré par du personnel non administration pénitentiaire.

Ici, la prison est prévue pour 400, mais nous ne sommes que 250 ; en effet, une restructuration a eu lieu, fin 2002.

Les surveillants et gradés ne font que de la surveillance et sécurité.

Donc, nous côtoyons des « civils » et des « hommes en bleu » (administration pénitentiaire). Le fait que la gestion soit privée, fait que tout est en bon état et que le matériel adéquat est fourni aux auxi pour qu’ils puissent assurer l’entretien dans de bonnes conditions et avec sérieux… Ayant un double regard (administration + privé) sur nous, fait que cela tourne bien… et les places étant chères (et recherchées), la sanction d’un laisser-aller serait le « déclassement » (renvoi du poste).

Au niveau des surveillants et gradés, ils font leur travail dans les règles et, en particulier les visites-contrôle obligatoires : ouverture de la porte et quelques mots au lever et au coucher + plusieurs visites « nocturnes » (œilleton + allumage lumière quelques secondes) pour voir si tout va bien…

La cellule est équipée d’un bouton « d’appel », pour manifester notre demande de voir un surveillant arriver. Il y a un système d’écoute et/ou d’interphone…

Je peux vous confirmer, hélas, que les interphones fonctionnent bien.

En effet, j’en ai eu la confirmation lors de tentatives de suicide ou d’accident dont, si je n’ai pas été le témoin oculaire (puisque cela s’est passé la nuit), j’en ai été le témoin auditif et j’en ai entendu les « confidences ».

En cellule, nous n’avons qu’un bouton d’appel qui, de jour, actionne un voyant lumineux extérieur à la cellule et visible (de loin) par le surveillant qui passe.

La nuit, le système est relié au PC (poste de commandement), et alors, c’est lui (eux) qui interroge la cellule et essaie de savoir ce qui se passe… On peut lui répondre… Mais il faut avouer que le temps de la mise en route d’éventuels secours, peut être long.

En effet, la nuit, les cellules sont fermées et les surveillants (qui ne font que des rondes) n’ont pas la clef (rappel : les portes sont équipées de trois fermetures : une clef de confort, celle que j’ai, une clef de sécurité (passe) qui ne se manœuvre que de l’extérieur et qui fait coulisser deux pennes d’un bon 1,5 cm de diamètre, et un loquet sur lequel peut être fixé un cadenas, par exemple, en attente d’expertise ou passage de la police en cas de décès douteux).

Bref, la nuit, seul un gradé, appelé par les surveillants, peut intervenir et ouvrir la cellule. Cela prend donc un certain temps et c’est lui qui décide de l’appel ou non du SAMU, en sachant que dans les prisons que je connais (Metz, Saint-Mihiel, Nancy, Bar le Duc, Epinal, par ouie dire), il n’y a pas de service médical « de nuit ».

Et c’est aussi pour cette raison, je pense, que l’infirmerie n’est pas équipée de chambre-cellule-lit de nuit et que le cas échéant, tu es soigné en cellule ou à l’hôpital, il n’y a pas de lieu intermédiaire…


Un environnement campagnard…

La première fois que ton frère Victor est venu ici, il a eu, alors, m’a-t-il dit, vraiment l’impression de rentrer dans un « camp ».

Cette réflexion m’a laissé perplexe, parce que, en fait, elle ne correspond pas du tout à l’impression que, moi, j’ai, de l’intérieur.

Il est vrai que de l’extérieur, ce que l’on voit, me semble-t-il, c’est avant tout des murs, surmontés d’un grillage, et lui-même, de fil de fer barbelé, enroulé sur le haut du grillage. Le tout doit faire 6 m de haut. A Metz, nous avions un mur de 6 m, également, qui masquait les bâtiments jusqu’au 2ème étage. L’accès aux parloirs « famille » était simple et direct, quelques mètres, la traversée d’une cour. Ici, il me semble que c’est un long couloir, un long cheminement « abrité » avec un mur d’un côté et un grillage de l’autre, le trajet se fait « accompagné » par un surveillant.

Vu de l’intérieur, et compte-tenu du fait que « nous » sommes « habitués » aux grillages et barbelés (il y en a partout), nous ne les voyons plus, ou en tout cas, ils ne sont pas gênants. Ils sont là et divisent les différents espaces (promenade, sport, accès bâtiment) et canalisent les mouvements. Ils sont là, autant pour protéger que pour sécuriser les lieux.

A Metz, il était tout à fait possible, et cela m’est arrivé, de faire en sorte de ne pas mettre le nez dehors, pendant plusieurs jours, voire plusieurs semaines. Aller dehors était associé à une démarche volontaire pour aller en promenade et/ou en sport. J’ai connu des détenus qui ne sortaient jamais… et qui étaient, en apparence, très heureux…, ce qui me semble tout à fait « inhumain »…

Ici, aller dehors est « obligatoire », et ce, par tous les temps. En effet, comme déjà dit, la prison se divise en trois bâtiments, tout à fait indépendants. Deux bâtiments à usage « exclusif » de logement. Pour toutes les autres démarches et besoins, il faut aller à « La Rue », le bâtiment d’entrée qui contient tous les services communs et/ou administratifs. Ce qui fait que, pour ne pas sortir, il faut vraiment ne rien faire, ne pas être malade, ne pas avoir de parloir, vivre en reclus…

Il est sûr que l’essentiel nous est apporté : repas, cantine, courrier, médicaments, etc..., et cela pose même des problèmes matériels, car pour eux, les auxi et le personnel, il faut, chaque fois « aller » dans les bâtiments d’hébergement. Rassure-toi, il y a des ascenseurs et tout arrive en contenairs réfrigérés, ou, pour le moins « fermés », et d’ailleurs, ces ascenseurs ne servent qu’à cet usage, nous n’avons pas le droit de les utiliser. Ils sont réservés aux charges et au personnel pénitentiaire. Il est vrai qu’ils sont parfois « en panne », pendant quelques heures… aussi, ne pas les utiliser, ne me prive pas…

Donc, pour revenir à notre vue de l’intérieur, le fait que la prison soit sur une colline, avec un mur béton (peu haut), fait que nous avons une vue directe sur l’extérieur. A Metz, il fallait être au 4ème ou 5ème étage pour bien voir l’extérieur. De plus, la présence des miradors faisait qu’on se savait « surveillé ». Ici, il n’y a pas de miradors, mais des caméras vidéo, il y en aurait 17. En fait, elles surveillent les murs d’enceinte + tous les lieux stratégiques (passages importants (principaux). Certains ont du mal de « supporter » cet œil du XXI° siècle. Pour ma part, leur présence ne me gêne pas du tout, bien au contraire, et certaines fois, les portes s’ouvrent avant même que tu en demandes l’ouverture.

En effet, au niveau des portes, ce n’est pas du tout organisé de la même façon qu’à Metz.

A Metz, et cela me semblait logique et « primordial », toutes les portes ne pouvaient être ouvertes que « de visu », le surveillant qui ouvrait la porte, voyait celui qui arrivait. Ici, beaucoup de portes sont ouvertes « électriquement », sur appel (bouton sonnette qui actionne un voyant lumineux au PC) et/ou surtout, sur appel d’un surveillant par « talkie-walkie », entre lui et le PC, et d’autres portes, et c’est peut-être la majorité, c’est le surveillant qui ouvre la porte, mais là (comme c’est mal prévu), il n’y a pas de bouton d’appel et il faut « tambouriner » la porte pour que le surveillant « préposé » t’entende et vienne… et là… parfois, c’est « long » et toujours « bruyant ». Autrement, le bruit des portes et l’impression ressentie ne sont pas comparables à ceux de Metz, et ce, pour plusieurs raisons, d’abord parce que « notre » porte est très souvent ouverte, et les autres portes sont éloignées de ma cellule et donc, j’entends « mal » (moins) leur ouverture.

Pour revenir à l’extérieur, comme à Metz, il y a double rangée de grillage : le mur d’enceinte + un grillage et entre les deux, un espace de six mètres qui est goudronné et qui sert à la circulation d’un véhicule (type 4 x 4) qui passe de « nombreuses » fois dans la journée et la nuit pour « surveiller » les murs.

Il y a, bien sûr, un éclairage conséquent qui évite les points d’ombre, certains espaces sont équipés de détecteurs de présence (rayons infrarouges ou autres).

Pour parler de mon environnement immédiat, il y a donc deux bâtiments identiques, le passage d’un bâtiment à l’autre est « interdit ».

Chaque bâtiment contient 8 unités de 25 détenus, il est en croix, l’accès se fait par le milieu.
Il y a deux entrées, chacune desservant 4 unités (2, au RDC, 2, en étage), étage contrôlé par un escalier (accès autorisé par le surveillant qui autorise l’accès au bâtiment). Ainsi, donc, pour moi qui suis en hauteur, je n’ai pas moins de 4 portes pour arriver à mon unité (2 au RDC + 2 à l’étage).

L’accès à l’unité est « protégé » par une grille (porte) qui dessert 2 niveaux de 12 + 13 détenus, moi, je suis donc au niveau supérieur, donc je monte quelques marches (10), ceux d’en bas, en descendent 4.

Sur chaque niveau, il y a, en son milieu une grande fenêtre, (vue de l’extérieur sur la même face que mon côté), et un espace libre avec une grande table. C’est là que nous jouons au tarot et/ou certains mangent, ensemble, les plats qu’ils se sont faits… (à l’office).

Au niveau inférieur, il n’y a pas de table, mais un baby-foot, et il y a un autre espace avec deux tables qui servent au service des repas. Au-dessus de cet espace : rien, donc d’en haut, nous voyons un trou, entouré, bien sûr, d’une rampe, mais, en théorie, on pourrait « sauter ». Tu vois, ce n’est pas le schéma habituel de la prison, avec les cellules autour d’un grand trou.

Il y a un surveillant pour 2 unités (50 détenus, maxi) et, en fait, 2 surveillants (pour 100), car, à notre niveau, les deux entrées communiquent, si bien que parfois, il peut n’y avoir, pendant quelques minutes, qu’un surveillant pour 100 détenus…

A l’heure du repas, surtout lorsqu’il s’agit d’un « novice », un surveillant vient en renfort, pour la fermeture + ouverture + re-fermeture des portes de cellules.

Les repas sont amenés dans des chariots isothermes. Sur place, il y a un « four » qui sert à chauffer (chaleur maxi : 70 °), donc il ne cuit pas. L’auxi va chercher le chariot vers 10 h 30 et vers 16 h 30.

Il met ce qui doit être réchauffé dans le four et en assure le « réchauffage », par module de ½ heure (souvent 2 modules) : ce qui fait que parfois, ce n’est pas assez chaud, suivant le zèle et/ou le respect des consignes de l’auxi… Mais, dans l’ensemble, c’est correct.

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Rajout : Programme 13.000

Programme 13.000, j’en avais entendu parler, mais je ne savais pas trop ce que c’était. C’est vrai que les bâtiments étaient bien entretenus et la casse ou les fuites réparées tout de suite. Quand tout est clean, on n’a pas envie de tout dégueulasser et on respecte plus, c’est logique.

Environnement campagnard


J’aime vraiment bien comment tu décris. Je revoie tout comme quand j’y étais…Tu ne fous le bourdon.
Avec le recul, je suis d’accord avec toi, mais quand j’y étais, j’étais en prison et je le ressentais comme tel, pas comme une colo (de vacances).

De Alex, le 10 mars 2007

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A travers : « 1019 jours de détention… ou la vie en prison, vue du dedans, comme si vous y étiez… » (index des notes sur la journée du 7 janvier)
Clémence et Paul Denis tentent de vous faire vivre le quotidien d’un détenu « moyen », pas inculte, mais pas VIP, non plus (vous avez l’intégral de ce bouquin, complété par vos questions / remarques et mes réponses…).
Nota : Sur la journée du 14 janvier, vous trouverez un lexique des mots qui méritent une explication et/ou un commentaire…
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Ma Prison… ou quelques questions qui fâchent… et des solutions proposées…
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