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10/09/2008

Alain... en prison - 2 -

Quelques cas personnalisés qui, souvent, pourraient être généralisés…

Alain – 2 -

Je vous ai déjà parlé de lui dans le livret « Formation », l’interview « De la pâtisserie à la mécanique », c’est lui (paru dans le journal interne du Centre de détention et dans « 1019 jours de détention… ou la vie en prison, vue du dedans, comme si vous y étiez… » de Clémence et Paul Denis, et repris ci-après).
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Donc, il n’a pas connu son père naturel, il a toujours été sous la coupe d’un père qui l’a reconnu, mais qui, a priori, a été quelque peu violent envers ses enfants naturels et adoptés et même sa femme, au moins pendant quelques années. J’ai cru comprendre que ce père –homme n’était plus à la maison depuis sa douzième année. Il a dû conquérir – obtenir une liberté mal contrôlée, avec un mère bonne, mais insignifiante, pas d’autorité, qu’il chérit quand même, mais qui est incapable de l’empêcher de faire des bêtises.
Si bien que très jeune, il connaît le Juge pour enfants et, à ce que j’ai compris, il a même fait quelques séjours « en foyer », combien de temps ?... pourquoi ?... Je ne sais…
Bref… à 17-18 ans… il s’est retrouvé en prison, et il y était encore (et/ou de nouveau) quand je suis arrivé au JA Il quitte (libre) la Maison d’arrêt, un mois après mon arrivée. Il m’avait dit m’avoir vu et repéré, à l’époque, moi, je ne me souviens pas de lui… Il est vrai qu’ils étaient une cinquantaine de 18-21 ans, et que nous, les vieux, nous n’étions qu’un dizaine et même si nous n’avions aucune activité commune, nous étions sur le même étage et il se peut bien que lors d’un déplacement ou parloir, nous ayons pu nous côtoyer…
Dès sa sortie, il continue ses bêtises –délits (petits vols, braquage, conduite sans permis, etc…) et se retrouve, de nouveau, en prison avant l’hiver, à Nancy, son beau-frère (copain de sa sœur aînée) et complice était dans une autre prison de la région. En effet, entre temps, de la Moselle, sa famille était venue s’installer en Meuse… pour échapper à leur passé… en vain… Bref, il s’est retrouvé en Centre de détention, en janvier, un peu avant moi. Je ne l’ai connu, ici, qu’en octobre, début de la formation, mais lui m’avait repéré et se rappelait m’avoir vu/connu à Metz…

Depuis qu’il est en Centre de détention, il est passé, au moins deux fois au tribunal et a repris chaque fois quelques mois…A priori, c’est fini… « il ne peut y avoir d’autres affaires », m’a-t-il dit.
D’ailleurs, je lui ai fait un « bon » dossier pour une confusion de peines, et le tribunal lui a retiré 9 mois… et nos liens « amicaux » s’en sont trouvés renforcés…
Il me faut vous parler de ses projets… et il en a…
Et je pense que s’il réussit à les mettre en pratique, il sera tiré d’affaire.
En fait, je pense qu’il a compris que sa délinquance ne l’amènerait à rien si ce n’est à un retour en prison…
Aussi, dès son arrivée à Nancy, il a entrepris une formation de Mécanicien Réparateur d’Automobiles afin de passer le CAP. Je vous l’ai dit, mais vous le verrez dans l’article que j’ai fait sur lui, cette passion pour l’automobile le motive vraiment bien, même si elle a été à l’origine, partiellement, de son incarcération.
Il a été transféré, ici, avant de pouvoir passer le CAP (une aberration de plus, n’était-il pas plus « honnête » et « constructif » de lui laisser finir sa formation, alors que l’administration savait bien qu’ici, cette formation n’existait pas…).
Bref, il est transféré avant de pouvoir passer le CAP. Mais le responsable de l’Unité scolaire (qui est un homme remarquable, au niveau humain) a compris sa motivation et lui a favorisé des cours adéquats et le passage de la partie théorique du CAP… qu’il a réussi.
Son premier objectif et j’essaie de l’y aider, est de sortir d’ici avec la perspective de faire un contrat de qualification (en libération conditionnelle).
Pourquoi cette formation, parce que malgré ses désirs qui semblent être bien réels, il a des lacunes qu’il faut combler et ce type de formation (assez contraignante : travail + cours) est bien adapté à lui. Il a besoin d’un cadre, d’un appui, d’une aide, d’une surveillance. Sans cela, le pire peut être craint.
Ce CAP serait une étape… Son objectif est de créer une casse-autos ou un garage. L’idée si elle n’est pas originale, n’en demeure pas moins réalisable… avec le peu de moyens qu’il a et l’appui d’un associé… à trouver…
Pour moi, c’est le type même du jeune qui a un bon fond.
Pourquoi est-il tombé dans la délinquance ?
Je pense que c’est, en partie, en raison d’une opposition « naturelle » à son milieu familial, peut-être, aussi, comme il le dit, poussé en vue d’aider financièrement sa famille… mais ne rêvons pas… il m’a avoué avoir claqué 20.000 Francs (résultat d’un vol) en 48 heures !
Ce qui lui a manqué ? Assurément un modèle masculin. Il n’a pas eu de père ou ce qui lui en a servi de père, a été plutôt un obstacle à son épanouissement. Plusieurs fois, il m’a parlé d’un oncle maternel, mais à un autre moment, il me dit « avoir fait des coups » avec lui… Que penser d’un tel modèle ?
Ce qui est sûr, c’est que le foyer (il y était à 9 ans, avec sa sœur aînée) n’a fait qu’amplifier sa révolte, si cela se trouve, il a même fait des fugues pour rentrer chez lui... !
A ce jour, je pense qu’il est sur la bonne voie… il prend conscience des réalités, de la nécessité d’une vie « normale », pour lui, pour sa copine, pour sa future famille… hors délinquance. Il s’y prépare… et il suit même, ici, les cours préparatoires au passage du Code de la route (qu’ils peuvent passer, en détention), pour la pratique, ce n’est « plus » possible… en raison d’une évasion… lors d’un cours de conduite… (fait malheureux qui pénalise tous les autres…). Où est la justice, la réinsertion… Donc dès sa sortie, il pourra passer le permis de conduire, car, pour la conduite, je lui fais confiance… il connaît…
Pour conclure, car j’ai été bien bavard, sur Alain, je vous avouerai, pour être honnête, qu’il y a des aspects de sa personnalité que je n’arrive pas à saisir… mais cela doit être normal, je ne suis pas lui, et je ne suis pas psy…
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A travers : « 1019 jours de détention… ou la vie en prison, vue du dedans, comme si vous y étiez… » (index des notes sur la journée du 7 janvier)
Clémence et Paul Denis tentent de vous faire vivre le quotidien d’un détenu « moyen », pas inculte, mais pas VIP, non plus (vous avez l’intégral de ce bouquin, complété par vos questions / remarques et mes réponses…).
Nota : Sur la journée du 14 janvier, vous trouverez un lexique des mots qui méritent une explication et/ou un commentaire…
……..
Ma Prison… ou quelques questions qui fâchent… et des solutions proposées…
A travers ces pages, Paul Denis poursuit sa réflexion, il ne se considère plus comme un détenu, mais comme un observateur qui très souvent est devenu un confident.
Vous trouverez, sur la journée du 17 mai les dates de parution de mes articles…
……
Les bouquins de Paul DENYS n’ont pas encore trouvé d’éditeur.
Si vous désirez avoir leur version papier, vous pouvez acquérir (l’un ou l’autre ou les deux) en envoyant, par volume, un chèque de 17 € (frais d’envoi compris) à Ligue des Droits de l’Homme (LDH 57), 3 rue Gambetta à 57000 METZ. Pour 10 €, je peux vous l’envoyer par e-mail (150 pages A4 ou 220 pages A4).

08/09/2008

Alain... en prison

Quelques cas personnalisés qui, souvent, pourraient être généralisés…

Alain

22 ans et déjà un lourd passé…
Je l’ai connu en formation. Dès le départ, son comportement m’a intrigué, il dépareillait le lot, et il est vrai que je l’observais souvent.
Il m’en fit la remarque et je lui ai dit que j’aimais bien regarder les gens, pour les connaître.
Le temps passe et après le premier bilan, les formateurs m’ont demandé, si j’étais d’accord d’aider, de soutenir, certains stagiaires qui le souhaiteraient, car ayant plus ou moins de difficultés. J’ai répondu « oui »…
Et après la mise au point collective, Alain est venu s’installer à côté de moi, mais moi, je voyais en lui un jeune particulièrement perturbé intérieurement, et en rechercher/connaître les motifs ne me laissait pas indifférent. Et bien sûr cette proximité m’a permis d’en savoir plus.
Ce qui m’avait choqué au départ, ce sont ses divergences d’humeur, d’un jour à l’autre, d’une heure à l’autre, et ce, parfois, sans raison évidente extérieure.
Il avait en lui des qualités évidentes, visibles à tout moment.
Il avait reçu une certaine éducation, il était poli, il était soigneux de sa personne, peut-être même trop, il était fier de son physique, et il faisait de la musculation pour l’entretenir.
En fait, il était français, né d’un père marocain, expulsé dès son plus jeune âge (il n’en a donc aucun souvenir), de ce père, il avait une sœur et sa mère (une française) s’était remariée et avait eu encore deux filles et un fils.
Il est bien intégré français, et ses attaches marocaines sont, selon moi, très limitées, pourtant, il était content (fier) de ses origines et de son teint léger bronzé de naissance. Il n’était donc pas musulman, catholique par tradition, mais il n’a jamais été pratiquant, ce qui est bizarre, c’est qu’ici, il avait choisi le régime « sans porc » et n’en mangeait pas, alors que chez lui, m’a-t-il dit, il en mangeait… !
Déjà une énigme… un choix … qui me posa question.
Petit à petit, j’ai commencé à percer ses mystères. En fait, il est d’une intelligence bien au dessus de la moyenne, au niveau scolaire, il est moyen. Son problème, c’est sa faculté à s’impliquer dans ce qu’il fait. Lorsque c’est un bon jour, il était capable du meilleur. Lorsque c’était un mauvais jour, il ne fallait rien lui demander, surtout pas le contrarier, il se braquait et était capable des pires attitudes susceptibles de lui porter préjudices… On ne pouvait le contrarier. Lorsqu’il était dans ses périodes de crise, j’étais, avec le temps, le seul à pouvoir, non pas le contrôler, mais au moins, il m’écoutait sans se révolter, sans attaquer…
Pourquoi moi… nouvelle énigme…
Que voyait-il en moi ? Je ne sais. Je lui ai parlé bien sûr de ma famille, pour qu’un dialogue s’instaure, il faut que ce soit réciproque, et quand je lui ai dit que j’avais des enfants de son âge, deux fils et une fille, c’est bien sûr, la fille qui l’intéressait. Les questions ont fusé… Il m’a demandé si j’avais des photos, j’ai dû m’exécuter, de plus, il a vu Clémence au parloir… et il en est devenu … amoureux virtuel… Pour moi, c’était un peu un jeu. Mais il a voulu lui écrire et je lui ai donné l’ancienne adresse de Clémence et sa lettre est revenue… Cela l’a un peu « calmé » (le mot est trop fort, mais je n’en trouve pas d’autre), depuis, il m’appelle, parfois, beau-papa, et rêve de conquérir Clémence, lorsqu’il sera dehors… « Son mec ne faisant pas le poids… » (dixit Alain)…
Ce qui est surprenant, c’est qu’il avait l’air de parler sérieusement, alors que, dans le même temps, il correspondait avec sa copine… qui n’était pas la première… et peut-être pas la dernière…
Mais, un matin, il est arrivé en cours, effondré, abattu, à la limite de péter les plombs (contre lui-même). J’ai bien compris qu’il s’était passé quelque chose, mais quoi ? A toutes mes questions entre 4 yeux, il ne voulait pas répondre… La première partie du cours a été dans la même ambiance… Silence… silence… Lors de la pose de 10 h, j’ai pris mon courage à deux mains, et je l’ai secoué mentalement « Je vois bien que cela ne va pas, dis-moi ce qui te travaille, tu verras, après cela ira mieux… »…
Avec mal, il commença à parler. Il me dit qu’il venait de téléphoner à sa copine et qu’elle lui avait dit qu’elle avait, il y a déjà quelques mois, avorté d’un enfant de lui. Il en était révolté, pour lui, c’était monstrueux, un tel acte… J’étais moi-même effondré… surpris et pris au dépourvu, comment m’y prendre pour lui faire remonter la pente… Et, tout à coup, j’ai eu un éclair de génie, et je lui ai dit la phrase qui tue : « C’est vrai que c’est terrible, ce que tu viens d’apprendre, mais au moins, cela a du bon… au moins, tu sais que tu peux avoir des enfants… Tu sais, moi, je me suis marié tard, et je suis sûr que comme moi, tu as déjà dû te demander si tu aurais des enfants… Là, tu es fixé… C’est déjà un acquis… »…
La crise était « décoincée ». Nous en avons parlé encore pendant dix minutes, plus moi que lui, lui expliquant qu’il devait se mettre à la place de sa copine, que, pour elle, c’était sûrement aussi très dur, la preuve, c’est qu’elle le lui avait caché pendant de longs mois, que pour l’enfant, c’était sûrement mieux que d’être élevé, avec beaucoup de difficultés matérielles (celles que tu as connues, en pire), par sa mère seule, que lui, était encore là pour quelques temps, et que s’il n’était pas en prison, cela ne se serait pas passé comme cela et qu’en fait, c’était plus sa faute à lui qu’à elle. Qu’en fait, je pensais que pour elle, pour lui, pour l’enfant, pour eux trois, elle avait sûrement fait le bon choix, qu’ils étaient encore très jeunes et que ce devait être qu’un mauvais souvenir et que l’avenir leur sourirait… etc… etc… Bref, qu’entre deux maux, il faut savoir choisir le moindre…
Tout cela dura 10 à 15 minutes, de déballage sentimental, de remontage de moral… par la suite, nous n’en avons que très rarement parlé, peut-être une fois, je sais qu’il correspond avec elle, qu’il lui téléphone régulièrement… et qu’ils sont toujours amoureux…
Ce qui est surprenant, à propos des femmes, cette jeunesse, lui et les autres, malgré une attache qui a l’air sérieuse et sincère, ils ont une approche surprenante de la femme qui devient et qui ne serait, pour eux, qu’un objet de leur plaisir. Quand je leur dis que je ne suis pas d’accord, ils s’amusent. En fait, je pense qu’entre eux, ils se jouent la comédie et que pris individuellement, ils sont meilleurs qu’ils veulent paraître… Ils se font un cinéma, un personnage… c’est plus de la vantardise que du concret… ils s’auto-persuadent d’être des Don Juan, alors qu’ils ne sont que des voyous, bien normaux, avec des désirs et peu de concret…
Est ce que c’est la prison qui les fait réagir de la sorte. Est-ce la stimulation mutuelle, est-ce un réel manque qui les fait délirer, fantasmer…
Encore une énigme que je n’ai pas réussi à percer… mais une attitude bien réelle…
Souvent, quand ils parlent de leur sortie… ils disent : « Dès que je sors, je me saoule la gueule et je vais voir les putes ». Tout un programme… que fort peu réalisent… à mon avis.
Revenons à Alain, bien que nous ne l’ayons jamais quitté, car cela reflète bien son attitude (personnalité) « apparente »…
Pour rentrer dans sa vie plus personnelle, que je n’ai pas encore réussi à percer, entièrement, vous le savez, je n’interroge pas, j’écoute, je recoupe, et cherche la vérité.
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A travers : « 1019 jours de détention… ou la vie en prison, vue du dedans, comme si vous y étiez… » (index des notes sur la journée du 7 janvier)
Clémence et Paul Denis tentent de vous faire vivre le quotidien d’un détenu « moyen », pas inculte, mais pas VIP, non plus (vous avez l’intégral de ce bouquin, complété par vos questions / remarques et mes réponses…).
Nota : Sur la journée du 14 janvier, vous trouverez un lexique des mots qui méritent une explication et/ou un commentaire…
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Ma Prison… ou quelques questions qui fâchent… et des solutions proposées…
A travers ces pages, Paul Denis poursuit sa réflexion, il ne se considère plus comme un détenu, mais comme un observateur qui très souvent est devenu un confident.
Vous trouverez, sur la journée du 17 mai les dates de parution de mes articles…
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Les bouquins de Paul DENYS n’ont pas encore trouvé d’éditeur.
Si vous désirez avoir leur version papier, vous pouvez acquérir (l’un ou l’autre ou les deux) en envoyant, par volume, un chèque de 17 € (frais d’envoi compris) à Ligue des Droits de l’Homme (LDH 57), 3 rue Gambetta à 57000 METZ. Pour 10 €, je peux vous l’envoyer par e-mail (150 pages A4 ou 220 pages A4).

05/09/2008

Maroco... en prison (suite)

Quelques cas personnalisés qui, souvent, pourraient être généralisés…

Maroco (suite)


Avant son départ, je le pensais.
Son silence me perturbe et me laisse perplexe… Je ne veux pas m’imposer. J’ai l’intention de faire encore deux tentatives : dès que je connaîtrais ma date (prévisible) de sortie, je lui re-écrirai. S’il n’y a toujours pas de retour, dès ma sortie, j’essaierai de la joindre au téléphone, et nous verrons bien.
J’avoue être déçu. Certes, je ne me suis jamais imposé à lui, et souvent, je lui disais, lorsque nous discutions, si tu ne veux pas en parler, si cela te gêne d’être près de moi (vis à vis des autres détenus), dis-le moi.

Mais, visiblement, ma compagnie lui était agréable, ou pour le moins, ne le dérangeait pas, c’est avec lui que j’ai renoué avec la promenade, nous allions courir « ensemble »… !
L’avenir nous dira s’il a su s’affirmer et vivre sa propre vie, s’il a su convaincre ses parents de l’absurdité du « trop » respect des traditions…

Post-scriptum : Je lui ai téléphoné… Je l’ai revu… je l’ai aidé… Malgré mes efforts, malgré ses efforts…il n’a pas réussi à se réinsérer… En fait, je ne l’ai appris qu’après sa sortie, Maroco a un réel problème avec l’alcool… il ne supporte rien, pas même une bière… et il a l’alcool mauvais… il devient violent…
Cinq mois après sa sortie, il avait déjà perdu son permis, il avait déjà été condamné pour conduite sans permis, sans assurance, en état d’ébriété si ce n’est d’ivresse,… Il fallait faire quelque chose… J’ai tenté… Je n’ai pas réussi…
Assurément, en prison, il réussissait à s’en passer, très bien, à aucun moment, nous n’avons parlé de ce problème, à aucun moment, je n’ai soupçonné ce problème…
Mais il est bien là, et cela lui a valu… un retour en prison… pour quelques mois ou années… en fonction des sursis qui sont « tombés »…


Je nettoies, Nettoyons…

- Tu vois, j'ai 24 ans, jusqu’à maintenant, je n'ai fait que des petits boulots et des conneries. Cela m’a valu trois jugements, le même jour, 24 mois de prison et des parties civiles à payer.
- Eh, alors ?
- Bon, quand je suis arrivé à Saint Mihiel, je me suis dit qu’il fallait que ma présence, ici, me soit utile.
- Et…
- Quand j'ai fait les tests d’évaluation et d’élaboration de projet (BEEP) de SIGES, on m'a dit que c'était bon, mais les maths, un peu faible. Alors, je me suis inscrit à l'école pour faire des maths (remise à niveau).
- Pendant combien de temps ?
- 3 mois, deux fois par semaine, pendant deux heures, j'ai arrêté, car on m’a proposé une formation.
- Ah bon !
- Oui. Tu sais, quand j’ai appris que c’était un métier le nettoyage, je me suis dit pourquoi pas. Et je me suis mis sur la liste d’attente.
- Mais, tu avais déjà fait du nettoyage ?
- Non, mais j’aime être propre et ce qui est propre. Dès le début, on nous a mis au parfum : du boulot soigné, de l’hygiène et du bon sens. Tout cela, j’avais. J’ai donc, commencé la formation, il y a trois niveaux, j’en suis au deuxième.
- Tu es payé ?
- Oui, un peu, 2,26 € de l’heure, mais, pour moi, c’est pas l’essentiel, ce que je veux, c’est apprendre un métier « utile » et comme dans cette branche, il y a du boulot « dehors », j’y vais franco.
- Tu bosses tout le temps ?
- Non, il y a de la théorie et de la pratique de 9 h à 16 h 45, avec une pause de 2 heures, entre midi. On est libre le week-end, bien sûr et le mercredi. Je vais au sport de 17 h à 18h. Tu sais, l’heure qui est réservée aux travailleurs des ateliers et à ceux qui sont en formation. Le mercredi, je vais à l’informatique (à l’école). Cela me fera un plus. D’ailleurs, pendant les vacances, j’ai fait un stage informatique – initiation avec SIGES. C’était cool.
- Tes objectifs ?
- Faire les 3 niveaux, cela devrait m’amener à la fin de ma peine. J’espère pouvoir faire un chantier extérieur, quelques mois. Affaire d’acquérir un peu d’expérience et de me mettre au boulot, pour de vrai.(1)
- Et après ?
- Bon, travailler dans une entreprise de nettoyage, 1 ou 2 ans, et ensuite, créer une boîte avec 2 ou 3 raclots ou meufs, on nous a dit que c’était un bon créneau pour faire une petite entreprise. On m'a dit aussi que, pour apprendre les bases en gestion, la Chambre de Métiers organisait des stages. (2)
- Ta boîte, elle fera quoi ?
- Du nettoyage, bien sûr, des bureaux, des cages d’escaliers, des parties communes d’immeubles, le nettoyage de chantiers. On verra bien, mais pour le moment, il faut que je te quitte, je vais en pratique. On est en train de nettoyer l’ancien gymnase, tu sais, la salle où il y a eu le concert de Hard Rock et le tournoi de Baby-foot, et où il y a « Santé par le Sport » et « la Relaxation ».
- Ah oui, en face de la « Sortie »…
- Oui, c’est çà…
- Tchao, Maroco.
(1) : Cela n’a pas été fait, il n’a pas fait la demande… Par contre, je lui ai fait un CV et des lettres de motivation à adresser à des organismes tels que HLM, mairies et/ou entreprises de nettoyage.
(2) : Hélas, je ne le sens pas capable d’assurer la gestion d’une entreprise, si petite soit-elle.

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A travers : « 1019 jours de détention… ou la vie en prison, vue du dedans, comme si vous y étiez… » (index des notes sur la journée du 7 janvier)
Clémence et Paul Denis tentent de vous faire vivre le quotidien d’un détenu « moyen », pas inculte, mais pas VIP, non plus (vous avez l’intégral de ce bouquin, complété par vos questions / remarques et mes réponses…).
Nota : Sur la journée du 14 janvier, vous trouverez un lexique des mots qui méritent une explication et/ou un commentaire…
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Ma Prison… ou quelques questions qui fâchent… et des solutions proposées…
A travers ces pages, Paul Denis poursuit sa réflexion, il ne se considère plus comme un détenu, mais comme un observateur qui très souvent est devenu un confident.
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