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03/09/2008

Maroco... en prison

Quelques cas personnalisés qui, souvent, pourraient être généralisés…

Maroco

Voilà un cas dont je ressens une certaine déception.
C’est un gars de 24 ans, qui était dans mon unité. Il était français par naturalisation, mais en fait, il est marocain d’origine, et donc de la 2ème génération, mais il subissait (ou acceptait) les coutumes de ses origines.

Quand j’ai dit qu’il m’a déçu, c’est parce qu’il nous a quitté libéré, nous avions convenu qu’il m’écrirait, je lui ai écrit, il ne m’a pas répondu. Je m’étais engagé à l’aider si nécessaire, et il n’a pas souhaité, semble-t-il, renouer, et donc mon aide.
Et pourtant, nous nous entendions bien, me semble-t-il. Nous avons beaucoup discuté, partagé. Je ne lui ai jamais rien demandé, mais nous échangions nos services mutuels. Certains autres disaient que j’étais son « daron », ce qui veut dire dans je ne sais quel jargon « père »… Vous voyez que notre entente semblait « parfaite »… et très amicale…
C’est avec lui que j’ai passé Noël et le Nouvel An (le repas) : seul moment où il était possible de partager un repas avec un autre détenu (en cellule).
Il était bien sûr d’origine musulmane et, comme beaucoup, plus ou moins pratiquant (sans porc, ramadan, etc…, mais pas prière, à ce qu’il me semble).
Grâce à lui, j’ai compris un peu mieux l’influence des ascendants sur cette 2ième génération.

En fait, il n’était pas mauvais et s’il a dérapé (falsification de papiers, chèques volés et trafiqués, conduite sans permis (il se l’était fait retiré) et sans assurance, alcool au volant, quelques vols), je pense que c’était un besoin de s’affirmer vis à vis de sa famille très conservatrice, très protectionniste, et à 18-20 ans, c’est quelque peu inacceptable et pour affirmer son indépendance, il a commis ses délits.

Il est bien clair, pour moi, qu’il regrettait ce qui l’avait amené en prison, mais ce qui était fait, était fait et il fallait assumer.
Ses rapports avec sa famille existaient, mais c’était assez distant. En 15 mois que je l’ai côtoyé, il a, peut-être, eu parloir 2 fois. Il m’a prétendu que son père travaillait souvent les week-ends, un autre jour, il me disait que son père travaillait dans une usine de filature… le week-end ? … à mon avis, non… Bref, il leur téléphonait rarement. Il était l’aîné ou le second d’une famille de 3 ou 4 enfants. Il me parlait d’un frère plus jeune. Il téléphonait, en fait, plus à sa sœur qu’à ses parents. D’ailleurs sa date de sortie, sa sœur l’a connue avant ses parents… ! Il n’a pas voulu que sa famille vienne le chercher… à sa sortie…

Au niveau réinsertion, il fit ce qui était nécessaire. Il est vrai qu’il avait de réelles difficultés, aussi bien en français qu’en maths.
En français, c’est relativement fréquent et compréhensible.
En maths, c’est plus rare et surprenant, en général, tout le monde sait à peu près « compter »… Mais lui, non, et je m’en suis rendu compte très vite. Même pour ses cantines, il avait beaucoup de mal à calculer ce qu’il dépensait et souvent, il se faisait avoir, commander plus qu’il ne pouvait payer. Les tables de multiplication lui étaient inconnues… ! J’ai essayé de les lui apprendre… en vain… ou presque. A ce jour, il ne doit plus se souvenir d’aucune…

Il a pourtant suivi, avec succès, une formation en « Nettoyage industriel », trois niveaux. La pratique ne posa aucun problème, bien au contraire. Pour le 3ième niveau (chef d’équipe), ils ne lui ont pas donné à cause de la théorie. Ce type d’activité lui plaisait bien, c’est lui qui m’a servi de base pour le texte – interview « Je nettoies », mais j’y ai rajouté beaucoup d’éléments qui n’étaient pas lui… (paru dans le journal interne du Centre de détention et dans « 1019 jours de détention… ou la vie en prison, vue du dedans, comme si vous y étiez… » de Clémence et Paul Denis, et repris ci-après).

Bref, je m’étais un peu attaché à lui et je voulais l’aider. Peut-être mille fois, je lui ai proposé de l’aider à travailler ses cours, ne serait-ce qu’un quart d’heure par jour… En vain, on a essayé, avec beaucoup, mais vraiment beaucoup de mal, j’ai (peut-être) réussi, momentanément à lui faire apprendre quelques bases. Moi, sans l’apprendre, rien qu’à le lire et à lui faire répéter, je le savais par cœur, mais lui, au bout de dix ou vingt reprises… quand cela semblait acquis… et que le lendemain ou surlendemain, on reprenait, il fallait de nouveau, reprendre, et encore reprendre. Je n’avais jamais vu cela, je n’imaginais même pas que c’était possible.

Et ceci était d’autant surprenant qu’il semblait d’une intelligence moyenne et qu’il avait de la conversation…
Nous avons beaucoup discuté… Je l’ai beaucoup interrogé sur son style de vie à la maison, sur leurs traditions.

Pour moi, il est clair qu’il avait subi cette pression familiale « protectionniste ». Mais pour lui, s’opposer à ses parents semblait quasi « mission impossible » ou pour le moins, très difficile.

Il m’a dit avoir une copine, de surcroît française, mais j’en doute…
Il redoutait son retour en famille. Il craignait que, vu son âge, ses parents, son père allait essayer de le marier au pays. Ce qu’il ne souhaitait pas… mais je crains fort que ce sera pas lui qui aura le dernier mot, et si c’est lui, (ce que je lui souhaite), il y aurait rupture définitive avec sa famille…au moins pour un certain temps.
Nous en avons parlé plusieurs fois de ces mariages « arrangés »… et, pour lui qui avait toujours vécu en France, c’était difficile à accepter. Cependant je ne serai pas surpris qu’il épouse une jeune fille d’origine marocaine, mais française… Un compromis, en quelque sorte… Lorsqu’il parlait de sa sortie, il prévoyait d’aller au pays, passer quelques vacances, chez des cousins. Ces vacances « familiales » sont souvent une expédition… tout le monde part… L’a-t-il fait, l’a-t-il subi, en reviendra-t-il marié… ?
Nous avons aussi échangé, souvent, nos points de vue sur leurs traditions familiales, religieuses, leurs coutumes de vie, leurs relations avec la religion, le rôle de la femme et l’importance des rapports femme/homme, la circoncision, leurs habitudes alimentaires, les repas en commun (du pourquoi, du comment, des avantages et des inconvénients).

J’ai appris beaucoup par lui, et même, peut-être plus qu’avec mes amis turcs de longue date, que pourtant, je connais bien.
Pour son avenir, pour le soustraire à cette tutelle familiale (obsessionnelle pour lui, à ce qu’il m’a semblé, et je le comprends), c’était sa hantise…, j’étais prêt (je suis prêt) à l’aider, à m’investir pour lui trouver travail, hébergement, etc… mais encore faut-il qu’il le veule.
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A travers : « 1019 jours de détention… ou la vie en prison, vue du dedans, comme si vous y étiez… » (index des notes sur la journée du 7 janvier)
Clémence et Paul Denis tentent de vous faire vivre le quotidien d’un détenu « moyen », pas inculte, mais pas VIP, non plus (vous avez l’intégral de ce bouquin, complété par vos questions / remarques et mes réponses…).
Nota : Sur la journée du 14 janvier, vous trouverez un lexique des mots qui méritent une explication et/ou un commentaire…
……..
Ma Prison… ou quelques questions qui fâchent… et des solutions proposées…
A travers ces pages, Paul Denis poursuit sa réflexion, il ne se considère plus comme un détenu, mais comme un observateur qui très souvent est devenu un confident.
Vous trouverez, sur la journée du 17 mai les dates de parution de mes articles…
……
Les bouquins de Paul DENYS n’ont pas encore trouvé d’éditeur.
Si vous désirez avoir leur version papier, vous pouvez acquérir (l’un ou l’autre ou les deux) en envoyant, par volume, un chèque de 17 € (frais d’envoi compris) à Ligue des Droits de l’Homme (LDH 57), 3 rue Gambetta à 57000 METZ. Pour 10 €, je peux vous l’envoyer par e-mail (150 pages A4 ou 220 pages A4).

01/09/2008

Patrice... en prison

Quelques cas personnalisés qui, souvent, pourraient être généralisés…

Patrice

Je l’ai, d’abord, rencontré en cours de philo à Metz. Il a une petite quarantaine. Nous nous sommes souvent revus puisque nous marchions « côte à côte » lors de la promenade « auxi » (qui est aussi la promenade des détenus « protégés » - ceux qui sont protégés contre l’agressivité des autres (pointeurs) ou pour leur propre agressivité).

Sur lui, je ne sais pas grand-chose. Il était accusé d’attouchements sur sa belle-fille (fille de son ex-femme), il avait un « vrai » fils de 13-14 ans, ces deux enfants correspondaient avec lui par l’intermédiaire de leurs grand’parents (ses parents). Il prétendait que c’était un coup de son ex-femme, mais ne pouvait rien prouver. Mais il a pris 10 ans et était satisfait de son sort, il est vrai que le procès est arrivé au bout de 3 ans…
Outre le côté philosophique, et donc, le fait qu’il avait un peu de conversation sur les sujets les plus divers… J’aimais marcher (me promener) avec lui, car nous discutions beaucoup de son métier, il était mineur de fond, depuis son plus jeune âge, et chef porion, ainsi que pompier volontaire et secouriste. Bref, il m’expliqua comment tout cela fonctionnait, son travail, ses charmes et ses difficultés, l’évolution constatée avec le temps, ses bonnes relations de travail, bref, tout ce qui fait que l’on peut travailler dans de bonnes conditions même si ce travail est dur, et il l’était…
J’ai d’autant plus apprécié ce qu’il m’avait appris que j’ai eu l’occasion de constater que ce n’était pas de l’esbroufe. En effet, j’ai vu, depuis que je suis à Saint Mihiel, un film qui parlait des premières grèves auxquelles il avait, d’ailleurs, participé, et leurs conséquences. La vie retracée de ceux du fond était bien ce qu’il m’en avait dit. Et depuis, l’actualité, avec la fermeture du dernier puit m’a rappelé tout cela. J’ai pensé, aussi, à notre beau-frère qui y travaillait et qui est mort (maladie du mineur)…
Bref, cela fait partie des bons souvenirs que je garderai de la prison, il m’appelait « ma canne », car nous marchions toujours, côté à côte, et que de plus, je me mettais à sa gauche, le côté de la canne… et en fonction de notre sens de la marche, à l’intérieur, donc, le plus court chemin…
Il était d’un relationnel agréable, parfois sujet à des crises d’isolement, de déprime…

Au niveau humain, il était quand même, assez bizarre. Je sais qu’il avait été dans une bagarre (familiale, je crois) dont il fut la victime et il fut bien indemnisé…
Il se faisait un point d’honneur de ne rien demander à ses parents, et pour cela, travaillait « souvent » en cellule : mettre des agrafes dans leurs boîtes… !
Il avait une copine, mais l’avait « jetée », il ne voulait plus qu’elle vienne le voir au parloir, ce qu’elle faisait avant sa décision (et que je le connaisse). C’était, à son égard, assez bizarre, car elle, pendant très longtemps, continuait, m’a-t-il dit, à lui écrire. Cela d’ailleurs semblait lui faire plaisir. Mais lui ne voulait pas répondre… il voulait mettre une distance… Je ne sais si elle saura l’attendre les 6-7 ans qu’il va faire (encore 3-4, à ce jour).
Je lui écris, de temps en temps, mais ses réponses ne sont que des banalités… En fait, il était plus « intéressant », de vive voix…
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A travers : « 1019 jours de détention… ou la vie en prison, vue du dedans, comme si vous y étiez… » (index des notes sur la journée du 7 janvier)
Clémence et Paul Denis tentent de vous faire vivre le quotidien d’un détenu « moyen », pas inculte, mais pas VIP, non plus (vous avez l’intégral de ce bouquin, complété par vos questions / remarques et mes réponses…).
Nota : Sur la journée du 14 janvier, vous trouverez un lexique des mots qui méritent une explication et/ou un commentaire…
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Ma Prison… ou quelques questions qui fâchent… et des solutions proposées…
A travers ces pages, Paul Denis poursuit sa réflexion, il ne se considère plus comme un détenu, mais comme un observateur qui très souvent est devenu un confident.
Vous trouverez, sur la journée du 17 mai les dates de parution de mes articles…
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29/08/2008

Mes arabes (suite)... en prison

Quelques cas personnalisés qui, souvent, pourraient être généralisés…

Mes arabes : - 2 -

Mon autre « arabe » est l’exemple type de ce qui se produit souvent :
Quand je l’ai connu, il avait une bonne cinquantaine.
Il est algérien, parlait presque bien le français, mais l’écrivait très mal, phonétiquement, et donc, il m’appelait de nombreuses fois, pour écrire et/ou lui lire ce qu’il recevait du tribunal.

En fait, ce qu’il souhaitait aussi, c’était parler et se confiait, je l’ai vu pleurer…
Bref, il arriva de France, il y a 25 ou 30 ans. Il travaillait à la SNCF, et gagnait bien sa vie.
Il était marié, mais pendant longtemps, lui vivait en France, sa femme, au pays, avec leurs enfants, et chacun de ses séjours en Algérie se soldait, neuf mois plus tard, par une naissance.
Bref, la vie « harmonieuse » de nombreux ressortissants du Magreb.
Il avait au moins, 5 ou 6 enfants, garçons et filles.

Arriva ce qui arrive souvent et devait arriver. Bon bricoleur, il racheta une ruine dans un petit village, et avec des copains, il refit toute la maison et la rendit plus que confortable… et il fit venir sa famille.

C’était il y a, au moins, 15 ans, puisque l’aîné de ses enfants avait une dizaine d’années et, à l’époque des faits, il en avait 25 ou 26, je ne sais plus.

Ce qui veut dire qu’en fait, assez facilement et normalement, ils ont fait une scolarité « moyenne » et une bonne intégration.
Mais la génération du dessus, les parents, n’a pas suivi.
La mère trouvait ce mari bien encombrant, visiblement, elle ne l’avait pas choisi, lorsqu’il venait en Algérie pour un ou deux mois, et qu’il envoyait des mandats, c’était le meilleur des hommes.

Lui, le père, était le père, et à ses dires, je résume, il était le maître absolu de sa femme et de ses enfants, comme au pays, comme il y a 50 ans… Ce qui veut dire qu’il a toujours été fidèle à sa femme et à sa famille.
Pour lui, cette famille, c’est tout, sa seule raison de vivre, et les faire venir en France, leur apporter le confort, était dans son esprit, la preuve de sa réussite.
Tant que les enfants ont été petits, même si, au village, il n’y avait que peu d’étrangers, et peut-être à cause de cela, et parce que, lui, travaillait, 20h/24 ou presque, il ne les vit pas grandir et n’a pas su s’adapter à cette nouvelle vie familiale.

En fait, l’intégration des « arrivants » me semble mieux réussie que celle du père qui, lui, pourtant, était là depuis plus longtemps.
Il me semble même qu’un de ses enfants est marié à un (une) français (e)… un scandale… familiale…
Le motif, je ne le connais pas, mais ce qu’il y a de sûr, c’est que sa femme a demandé le divorce et l’a obtenu, deux ans avant les faits. Mais le partage des biens n’avait pas été fait. Ce nouveau statut, en fait, n’a rien changé dans sa vie quotidienne. Il n’a jamais quitté la maison familiale, il a toujours continué à travailler et à amener son argent à la famille. Les comptes bancaires sont restés communs et/ou sa femme garda la procuration.
Certes un divorce, mais pas de changement, si ce n’est « chambre à part », mais je ne suis pas sûr que cet état n’était pas « déjà » antérieur au divorce.

Qu’est ce qui a basculé ?
En fait, il ne supporta « jamais » que ses enfants (et sa femme) s’intègrent, les aînés, avec l’âge, ont quitté le foyer familial, ce qui ne se fait pas avant le mariage et même souvent, les premiers mois (années) de mariage se passent sous le toit familial.
Cela fit que, parfois, l’ambiance était chaude… et les éclats de voix et les coups se sont multipliés, bien vite regrettés, de part et d’autre.
Il avait un fusil de chasse, et il l’avait même, une nuit, amené à la Gendarmerie, pour être sûr de ne pas s’en servir…
Mais quelques jours, plus tard, ce fusil lui fut rendu… Allez savoir pourquoi… ?... !!!

La goutte qui a fait débordé le vase…
Un jour, il apprit, constata, que sa fille aînée (24 ans) qui était infirmière ou aide-soignante, s’était fait installé une ligne téléphonique « perso », dans sa chambre…
Ce fut la crise, le ton est monté. Sa femme l’a jeté dehors avec ses affaires, mises dans sa voiture…
Mais lui ne voulait pas partir. En pleine nuit, c’est l’affrontement entre les époux… Il s’installe dans sa voiture, au garage.

Voici les faits, comme ils apparaissent dans son dossier pénal :
Sa femme serait intervenue pour qu’il sorte du garage. Des éclats de voix ont été entendus par les enfants présents, sa fille « fautive », un fils, âgé alors de 16/17 ans, la plus jeune dormait. La fille apparaît, à la porte intérieure, dans le garage, un coup de feu part, un deuxième, la fille est blessée gravement par le premier coup de feu (elle risque d’être handicapée à vie).
Le fusil était bien dans le coffre de sa voiture, il prétend que ce n’est pas lui qui l’a chargé, il voulait faire peur, en menaçant, c’est un coup parti tout seul. Le jeune fils n’a rien vu, arrivé trop tard, mais c’est lui qui a prévenu les secours et la gendarmerie qui sont arrivés sur les lieux rapidement.
La jeune fille est transportée à Metz, puis Toul.
Il a, bien sûr, conscience de la gravité des faits, mais il ne peut les expliquer, ce n’est pas ce qu’il voulait, loin de là.
Son amour pour ses enfants est toujours aussi vif. Il souffre beaucoup de leur silence. Personne ne venait le voir, mais il avait correspondu avec son fils, quelques temps. Il écrivait à sa plus jeune fille (une dizaine d’années) qui lui avait répondu, il m’a montré ses lettres qu’il conservait amoureusement, mais il n’avait plus de réponses… et il pensait que son ex-épouse faisait le barrage et ne lui donnait pas ses lettres. D’ailleurs, il pensait que c’était elle qui manoeuvrait ses enfants contre lui… A la limite, je ne sentais même pas de haine, vis à vis de son ex-épouse…

C’était la faute à pas de chance… un accident…
Ses seules relations, avec l’extérieur, étaient les courriers qu’il avait envoyés à sa banque, à son avocat et ceux qu’il adressait à un copain qui venait le voir, de temps en temps, et surtout qui lui achetait les vêtements qui lui étaient nécessaires et qu’il payait, bien sûr. Il lui envoyait des mandats.
Il souffrait de cet isolement, de ce rejet familial, et ce, d’autant plus qu’il avait le sentiment d’avoir été et d’être un « bon père ».
Mes arguments pour lui faire comprendre que ce qui se passait, il y a 50 ans, en Algérie, ne pouvait pas se passer en 2000, en France… ont été vains. Il écoutait, semblait être d’accord, mais ne pouvait se les approprier, les appliquer à son propre cas, à sa propre famille…
Ce qui le faisait, visiblement, le plus souffrir, c’est de ne pas avoir des nouvelles de sa plus jeune fille… Du reste, il s’accommodait et il le subissait, avec résignation.
Outre la côté judiciaire et sa condamnation qui n’a pas retenu le thèse de l’accident : 15 ans + expulsion du territoire français (il a fait appel et je n’en connais pas le résultat)… Ce qui est déplorable, c’est l’attitude de son ex-femme qui a retiré de « leurs » comptes, plus de 400.000 francs en 12 mois… alors qu’il avait un crédit sur la maison et que l’organisme prêteur lui réclamait, à lui, les échéances non payées… depuis son incarcération.
En fait, elle lui a tout piqué, en un temps record, et hélas, en pure légalité puisqu’elle avait la procuration… ! Après coup, je me dis qu’elle a, peut-être, bien fait, si elle a utilisé cet argent pour ses enfants, c’est ce qu’elle affirmait. Sa part, à lui, aurait été prise par d’autres créanciers…

A priori, il va tout perdre, mais je ne suis pas sûr qu’il s’en soit déjà rendu compte : famille, biens, même la maison qui sera, avec vraisemblance, vendu pour payer la CPAM qui lui réclame, à juste titre, les frais d’hospitalisation et de soins de sa fille.
A l’issue de sa peine, il va être expulsé, en Algérie. J’ai cru comprendre qu’il y avait encore des frères… et une maison. Il aura largement plus de 65 ans.
A vouloir bien faire, il a tout perdu… je ne dis pas qu’il ne pourra pas y finir « agréablement » ses jours, mais il aura assurément le sentiment d’avoir raté sa vie et de cela, il va souffrir…

En prison, il a su se faire une vie frugale, mais bien « huilée », il travaillait « sans bruit » (ce qui est apprécié, par les chefs), il avait peu de contact avec les autres (ce qui est apprécié, par les chefs), et surtout pas d’ennemis… (ce qui est apprécié, par les chefs). Jamais une vague… il avait assez d’argent pour vivre et payer ses frais (cantine, avocat, etc…).
Sa tristesse était intérieure et s’il la supportait, ce n’était pas sans mal… Mais un avenir « heureux » me semble lui être interdit… (refusé) à moins que le temps fasse son œuvre et qu’un retour se produise…
A l’avoir côtoyé pendant de longues heures, je pense que la thèse de l’accident n’est pas à exclure… mis je ne suis pas la Justice…

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A travers : « 1019 jours de détention… ou la vie en prison, vue du dedans, comme si vous y étiez… » (index des notes sur la journée du 7 janvier)
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