23.07.2008
Le voleur... en prison (suite)
Le voleur – Suite -
Encore un exemple (une constatation) : lorsque tu discutes avec un gars qui est en formation professionnelle (comme moi, en pâtisserie, mais il y en a d’autres : nettoyage industriel, soudure, informatique), tu te dis, tu es en droit d’espérer que si tu lui demandes pourquoi il fait cette formation, il va te répondre « pour avoir un métier »… eh bien, non…, la préoccupation principale est l’argent : les 2,26 € de l’heure donnés par heure de formation « faite » - c’est à dire que les absences (du stagiaire ou du formateur) ne sont pas payées : normale lorsqu’il s’agit du stagiaire, bizarre lorsqu’il s’agit du formateur ( !), mais c’est comme cela. On nous promet bien que toutes les heures seront faites… mais j’en doute… de plus en plus.
Bref, sur les 15 que nous étions au départ, il y avait un boulanger et un cuisinier (donc motivés) et à part eux, 2 ou 3 (dont moi) qui « envisageaient » pouvoir travailler, un jour, dans la pâtisserie… ce qui ne veut pas dire qu’il n’y en aura pas plus… mais l’objectif de leur présence n’était pas la perspective d’un emploi dans un secteur alimentaire…
Il en est de même pour les autres formations. Et cette « sélection » des candidats me semble quelque peu défaillante… J’ai du mal de croire que sur 400 détenus, on ne puisse pas trouver 15 candidats « motivés ». Certes, cette formation « rapporte » autant si ce n’est plus, que le travail en atelier… de plus, c’est plus sûr (cf contrat de 900 h sur 9 mois). A l’atelier, rien n’est garantie et le chômage technique plus fréquent que l’activité… !
Pour en revenir à mon « voleur ». Ma solution se trouve « hors prison ». En effet, on se rend compte, rapidement, à les fréquenter que leur « fond » n’est pas mauvais, j’allais dire « pervers »… souvent, ils deviennent voleurs par nécessité, au moins, en ce qui concerne les plus jeunes. J’ai rencontré par contre des « professionnels » (détrousseurs de châteaux) bien organisés, ceux-là, ils sont « irrécupérables »… c’est trop tard, ils ne savent faire que cela.
Pour les plus jeunes, à mon avis, la solution se trouve dans la structure familiale et le rejet qu’ils ont provoqué de toute structure éducative : école, formation professionnelle initiale. Et là, encore, il s’agit plus souvent d’un manque d’attention (de surveillance), de soutien en milieu « ouvert » et « normal ». L’alerte aurait dû être donnée, dès les premières absences à l’école, dès que l’enfant décroche. L’enfant est curieux par nature, tout le monde a, en soi, une soif d’apprendre. Ici, certains la retrouvent… Si l’enfant décroche, c’est qu’il y a malaise, ailleurs, et en particulier, dans sa cellule familiale, et c’est donc, par ce côté-là qu’il faudrait agir en premier, en faisant une prévention « individualisée ». Cela passe, certes, par une forte augmentation du nombre de travailleurs sociaux. Volontairement, je ne parle pas d’assistantes sociales, car je pense que dans ces « éducateurs », il peut y avoir, il doit y avoir plusieurs niveaux. Je sais que cela existe, il s’agit de ce que l’on appelle dans les cités « le grand frère »… Souvent un simple « accompagnement », une aide – soutien, au jour le jour, à résoudre les problèmes quotidiens du jeune et de son entourage immédiat, suffit. Rien que le problème de la gestion des subsides – revenus familiaux (salaire + aide sociale) apporte des difficultés.
Ce qui provoque aussi la délinquance –voleur, c’est l’inégalité visuelle, et elle passe par l’égalité vestimentaire, le style de vêtements, la politique des marques. C’est vraiment une catastrophe pour les budgets familiaux. Le paraître est vital. Je ne pense pas que l’on puisse revenir au port de la blouse (à l’école, au lycée), mais il faut faire quelque chose dans ce sens. Ici, même, je constate, chaque jour, cette différence vestimentaire et cette surenchère « quotidienne ». Pour certains, elle ne pose pas de problèmes, ils en ont les moyens financiers (les stups), et l’aide de la famille. Pour d’autres, le peu gagné est économisé, pour permettre l’achat de la dernière paire de baskets de chez… qui sera « périmée » dans 3 mois. Il faut paraître, même ici, si on veut être « considéré ». Autrefois il y avait des uniformes en prison, cela mettait tout le monde sur le même pied d’égalité… et je me demande si ce n’était pas mieux… Cette recherche de la « nouveauté » vestimentaire fait que le détenu (ici) se prive d’autres choses plus fondamentales.
Une petite parenthèse, pour les « dealers », ici comme dehors, ils n’ont pas de problèmes d’argent, leur seule préoccupation réelle est de paraître : d’où la surenchère vestimentaire (qu’ils communiquent aux autres) et leur activité favorite et recherchée est : la musculation…
Donc, ces familles en difficulté d’identité (famille recomposée) et d’équilibre financier (faibles revenus) n’ont guère le choix et si les parents regrettent « les vols » de leur progéniture (lorsqu’ils n’en sont pas eux-mêmes, les instigateurs), ils sont bien contents d’en profiter. Et le « voleur » mis en prison, apporte un nouveau et « réel » déséquilibre « social » au reste de la famille. Comment voulez-vous qu’une mère vive avec ses 4 enfants (petits, de surcroît) avec les seules allocations familiales.
A propos des allocations familiales, le système de calcul ou plutôt, le déclencheur est souvent « pernicieux »… les CAF partent toujours des revenus de l’année précédente (pour les allocs indexées), et souvent… lorsque tu les touches, tu n’en as plus besoin… ou moins besoin… et c’est tant mieux, mais il n’en demeure pas moins qu’au moment où tu en avais besoin le plus, elles n’étaient pas là. Je sais, il y a possibilité de pallier/rectifier ce système/méthode… Mais tout le monde en est-il informé ?
Ma proposition présente de travailleur social-relai permettrait de remédier à ce phénomène, de plus, il éviterait les abus. Mais pour cela, il faut qu’ils soient nombreux, qu’ils aient le temps d’écouter, d’observer, d’assister… Même ici, le problème existe : un travailleur social doit s’occuper de 100 détenus !!!
Comment voulez-vous que le détenu et le travailleur social soient satisfaits… Les entretiens sont bâclés quand ils ont lieu, les suites à donner sont traitées en urgence, le travailleur social part d’a priori, il n’a accès qu’à une partie de ton dossier, il ne te suit pas… donc il ne voit pas ton évolution… il ne connaît pas ton passé… il ne se préoccupe pas de ton avenir… il ne peut gérer que l’urgence et le reste, il le fait par habitude… de son propre chef sans te consulter…, et bien sûr, son avis est « prépondérant » dans ta vie carcérale, puisqu’il est censé être « neutre » et « l’observateur »… On lui demande son avis, avant toute décision te concernant.
Pour conclure sur le « voleur », sa place n’est pas en prison. Je ne sais ce qu’en pense les psy, mais je pense que, pour une bonne majorité, le vol débute par une nécessité de voler, nécessités alimentaire et matérielle. Celui qui vole, pour voler, est un malade… Donc, il faut le soigner…, et la nécessité et le besoin de voler disparaîtront.
Et le rôle de la société est d’aider ces personnes. Souvent, en prison, le coût d’un prisonnier est bien supérieur au préjudice subi, et ceci est d’autant plus grave que comme rien n’est fait pendant son absence, ne sera-t-il pas obligé de « recommencer » à sa sortie… ?
Le remède se trouve donc dans une prise en charge dès le début de la délinquance, si elle n’a pas pu être « détectée » avant (ce qui, pour moi, est quelque peu incompréhensible). Et cette prise en charge passe par la création d’emploi de « tuteur » sous la responsabilité d’assistants sociaux, qui, eux, ont le savoir et les aptitudes pour aider ces « tuteurs »… Un accompagnement quasi-quotidien est nécessaire. Mais il faut que ces personnes soient « écoutées », pas seulement « entendues »…
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A travers : « 1019 jours de détention… ou la vie en prison, vue du dedans, comme si vous y étiez… » (index des notes sur la journée du 7 janvier)
Clémence et Paul Denis tentent de vous faire vivre le quotidien d’un détenu « moyen », pas inculte, mais pas VIP, non plus (vous avez l’intégral de ce bouquin, complété par vos questions / remarques et mes réponses…).
Nota : Sur la journée du 14 janvier, vous trouverez un lexique des mots qui méritent une explication et/ou un commentaire…
……..
Ma Prison… ou quelques questions qui fâchent… et des solutions proposées…
A travers ces pages, Paul Denis poursuit sa réflexion, il ne se considère plus comme un détenu, mais comme un observateur qui très souvent est devenu un confident.
Vous trouverez, sur la journée du 17 mai les dates de parution de mes articles…
……
Les bouquins de Paul DENYS n’ont pas encore trouvé d’éditeur.
Si vous désirez avoir leur version papier, vous pouvez acquérir (l’un ou l’autre ou les deux) en envoyant, par volume, un chèque de 17 € (frais d’envoi compris) à Ligue des Droits de l’Homme (LDH 57), 3 rue Gambetta à 57000 METZ. Pour 10 €, je peux vous l’envoyer par e-mail (150 pages A4 ou 220 pages A4).
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03:10 Publié dans Ambiance, Vie privée, en Prison , Vie quotidienne en Prison | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Justice, Prison, Détention, Maison d'Arrêt, Centre de Détention
21.07.2008
Le voleur... en prison
« Le voleur » :
C’est la plus « attachant », car il me semble qu’il est vraiment « la victime » de la société et de son milieu familial.
Il y a certes, peut-être, des voleurs « par vice »… mais, la plus grande majorité se trouve dans la catégorie « voleur par nécessité »… au moins, au départ.
Tout se vole car tout se revend, souvent à bas prix, mais tout trouve preneur.
Tous ces voleurs sont issus de famille « dans le besoin ». Il trouve dans le vol, un moyen de subsistance, de survie…
Dans 99 % des cas, il s’agit de famille en difficultés familiales et financières. Souvent, il est l’aîné ou dans les aînés d’une famille nombreuse (4 – 5 ou plus enfants) de père(s) ou mère(s) différents, sans père.
Par obligation, il a pris le rôle du père manquant et se sent obligé d’aider « la mère », souvent débordée par sa nichée qui doit vivre qu’avec les allocations familiales et des aides municipales ponctuelles : le tout restant insuffisant pour assurer une vie décente, honorable, équivalente à celle des voisins… ce qui provoque la nécessité.
Bien sûr, souvent la mère n’approuve pas, mais la famille profite des fruits de la délinquance.
Si, au début de paragraphe, j’ai dit « attachant », c’est parce que je me suis rendu compte que ces gars souffrent de cette situation et ils se rendent compte que leur détention a rendu encore plus difficile la vie de ceux qui restaient « dehors ».
Très souvent, ils sont là, en raison du raz le bol de la justice, ils viennent d’avoir 18 ans, mais ils ont à leur actif, plusieurs « petites » condamnations qui « tombent », à ce moment-là, parce qu’ils étaient « avec sursis » ou non mises en exécution. La dernière condamnation qui, parfois, n’est pas la plus importante, est celle qui l’a fait « tomber ». J’ai en mémoire le cas d’un jeune, arrivé pour 8 mois et qui est là, maintenant pour 7 ans (résultat de 9 condamnations antérieures).
Faisons un peu de vocabulaire avec le verbe « tomber » utilisé dans la phrase précédente avec les deux sens « utilisés » en milieu carcéral.
. « tomber » : se faire prendre, mais surtout « arriver en prison », être incarcéré…
. « tomber » : être mis en exécution. Comme je l’ai déjà dit en d’autres circonstances, de très nombreuses « peines » (condamnations) ne sont pas mises en exécution pour plusieurs raisons. Tout d’abord parce que la peine de prison a été prononcée « avec sursis », ce qui veut dire qu’elle ne sera « mise à exécution » qu’en cas de « récidive » (nouvelle condamnation). Tout le monde sait que la justice n’est pas en mesure de faire exécuter les peines inférieures à 12 mois, donc même si le tribunal prononce une peine ferme (inférieur à 12 mois) sauf exception, elle n’est pas exécutée « sur le champ ». Si elle est exécutée « sur le champ », on parle de « à la barre » : le condamné part en prison, à l’issue de son jugement.
Cet état de fait (non contestable et fort réaliste) fait qu’un nombre important de ceux qui arrivent ici, arrive « par hasard » pour 6 mois…et après quelques jours… le passé arrive.
Revenons à la famille de ceux-ci. Il s’agit « toujours », je ne pense pas que le mot est trop fort, de famille désunie – plusieurs mariages et/ou unions, plusieurs antécédents (père ou beau-père, ou frère aîné ont connu la prison, souvent pour le même motif). Au niveau scolaire, c’est la bas de classe, pour beaucoup à peine lire et écrire (compter, cela marche), car il n’y a pas eu de scolarité ou en tout cas, pas de formation professionnelle, donc pas de métier, pas de moyens de subsistances « réelles » légales…
Pour moi, leur présence, ici, est tout à fait inutile, pour ne pas dire « néfaste » à eux-mêmes, mais ce n’est pas l’essentiel, surtout néfaste à ceux qui restent « dehors » qui se trouvent dans un dénouement extrême.
Beaucoup de ces détenus, s’il leur reste une famille et c’est souvent le cas puisqu’ils ont été « délinquants » pour aider cette famille, n’obtiennent aucun soutien matériel (financier) de leur famille et même aucune visite. J’ai en tête le cas d’un jeune dont la famille habite à 20 km d’ici, et dont la mère et frères et sœurs ne viennent qu’une ou deux fois par mois (souvent pendant le même week-end) après l’arrivée des allocations familiales. Après le 10, il n’y a plus d’argent pour l’essence… ! Si les kilomètres les séparent… il n’y a aucun lien réel… un peu de téléphone… pas de courrier (ils ne savent pas écrire, pas plus d’un côté que de l’autre). Je dis « peu de téléphone », car, souvent, leur seul téléphone est, en fait, un téléphone portable à carte (plus accessible à tous), il n’arrive pas à gérer une ligne fixe qui serait moins coûteuse…, et avec les portables, les unités filent vite, pour 3 ou 4 minutes, il faut compter 15 à 20 unités.
Même s’il travaille « en prison » (gain autour de 150/180 €/mois), ne sachant pas s’organiser, en 1 ou 2 semaines, il n’y a plus rien, surtout s’il est fumeur, aussi, il achète des cartes de 50 unités au lieu de 120, et donc, même s’il prend « 2 cartes » de « 50 unités » (ce qui est souvent le cas) au lieu d’une de 120 U… il les paie le prix de la 120, donc, il « perd » 20 unités… Mais cela, il n’arrive pas à le comprendre… Souvent, il m’est « rétorqué » … avec 1 de 50, je dépense moins (d’unités), j’ai peur de l’oublier ou de la perdre ou de me la faire voler… tout cela est peut-être vrai, mais est, bien sûr, le signe d’un manque de maturité et surtout de confiance en soi…
Revenons à la famille : elle lui est présente, dans son esprit, à chaque instant, il en parle tout le temps, on ressent une réelle souffrance, il éprouve une certaine honte à en parler, souvent, j’ai dû prêcher le faux pour connaître le vrai. Souvent, au départ, même s’il paraît « en confiance », il te ment… Ils sont tous convaincus, et ils l’affirment que c’est la dernière fois qu’ils sont là… ils vont se réinsérer… « retravailler »… « vivre normalement »… « gagner de l’argent »… « créer une famille »… il faut mieux ne pas demander « comment », car la réponse, ils ne l’ont pas… et ce n’est pas leur présence, ici, qui va les aider et leur en donner les moyens.
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A travers : « 1019 jours de détention… ou la vie en prison, vue du dedans, comme si vous y étiez… » (index des notes sur la journée du 7 janvier)
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Nota : Sur la journée du 14 janvier, vous trouverez un lexique des mots qui méritent une explication et/ou un commentaire…
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Ma Prison… ou quelques questions qui fâchent… et des solutions proposées…
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18.07.2008
Le délinquant... en prison
Le « délinquant »
Je vais essayer de vous présenter le pourquoi du comment. Il n’y a pas de fatalité…
Curieux de nature, lorsque j’entre dans « l’intimité » de quelqu’un, j’essaie de savoir d’où il vient, et essaie de lui trouver « des excuses ».
Il est vrai qu’il existe une certaine similitude entre la situation sociale du délinquant, en rapport avec son délit.
J’avoue que, spontanément, et aussi en raison du rôle social (involontaire) que j’ai eu en qualité d’écrivain, j’ai eu connaissance d’un certain nombre de situations.
Mes sources sont multiples, mais la plus fiable est le dossier pénal (avis à partie ou jugement), la principale est les dires de l’intéressé, mais aussi, le « on dit que »…
Je vais schématiser, mais je pense que je ne peux pas faire autrement, et pour « simplifier »…, je vais tenter d’expliquer que certains délits sont liés à certaines situations sociales.
Commençons par le plus simple.
« Les stupéfiants » ou « le négoce de mort » :
Il y a plusieurs types de délinquants dans le domaine des stupéfiants, mais l’objectif du délinquant est avant tout : le gain facile de sommes importantes, rapidement. Pour le « passeur » : c’est simple, il s’agit d’une rémunération d’un risque calculé (ou non). Pour le dealer (celui qui vend) : un moyen de vivre « facile », souvent, il revend une partie de ses achats pour payer sa propre consommation.
J’ai rencontré plusieurs (beaucoup) de passeurs et de dealers qui n’étaient pas « consommateurs ».
Le lien avec le milieu social est difficile à faire, il y a de tout, et pas de fatalité… En fait, pas de lien avec le milieu social. Il est vrai qu’en général, au départ, il y a désoeuvrement, le manque d’occupation et de travail, la mainmise des autres… Le rôle de la famille est souvent bizarre. Certains avouent avoir agi, en le cachant à leur famille… Je trouve les familles « un peu légères », puisque le train de vie du délinquant (voiture, habits neufs et de marque) ne les aurait pas « surpris »…
Certains agissent en milieu familial. Ici et ailleurs, on retrouve des fratries – 3 ou 4 de la même famille ou cousins. Tout le monde est au courant et en profite. C’est une activité familiale et, en fait, ils sont, à ce jour, soutenus par leur famille et réseau… et ici, il ne leur manque rien.
Une anecdote : à la lecture d’un dossier, je constate qu’une femme était impliquée dans le trafic, sa date de naissance était très proche de la mienne. Je dis au gars : « C’est drôle, ta mère a le même âge que moi », sa réponse : « Mais ce n’est pas ma mère, c’est ma grand’mère »… Du coup, j’ai pris un coup de vieux… Ceci vous prouve bien que « l’union familiale » existe…
Si certains prétendent qu’ils ne recommenceront plus… je suis très sceptique… car, ici, ils continuent leur trafic… Beaucoup pensent et souhaitent « recommencer » jusqu’à un certain âge : 30-40 ans et se faire un magot et en vivre. Ce dont je doute, car, à les entendre, le fruit de leur business est quasi utilisé, sur le champ, en dépenses journalières : voiture, restau, vêtements, entourage. Ils ne sont pas économes, encore moins fourmis…
Nouvelle digression : parmi les plus jeunes qui sont ici, et encore plus à Metz, dans les jeunes mineurs… il y a beaucoup de dealers… en fait, ils sont utilisés par des adultes… car « souvent »… les plus jeunes ne sont pas mis en prison, et s’ils sont là, c’est en raison de la « répétition » des délits et des arrestations. A mon avis, dans les – de 20 ans : 80 % sont là pour stupéfiants pour cette seule raison. Et puis, une fois commencée… on continue…
Pour la majorité, on ne peut pas dire que l’origine de leur délinquance trouve leurs origines dans leur « source familiale »…
Je suis donc « hors sujet », mais comme ils sont nombreux « en prison », je ne pouvais les passer sous silence.
Espoir de réinsertion : nul. Et je ne pense pas être sévère. En effet, même si une bonne volonté est affichée… ici…, une fois dehors, elle disparaît et en 30 mois, j’ai entendu plusieurs fois qu’un tel était « retombé » après 3 ou 4 mois de « liberté »… Ils sont, ici, demandeurs d’aucune formation, d’aucun travail, et à la sortie, ils ne peuvent que retourner dans leur milieu « naturel ».
La seule solution serait : la libération conditionnelle avec l’obligation de travailler « normalement » et d’en vivre, avec un suivi et une surveillance « efficaces »… mais ce n’est pas dans l’air du temps, puisque l’on préfère la répression… !
A la relecture, je m’aperçois que je ne vous ai pas expliqué pourquoi, j’avais écrit à côté de « les stupéfiants » : « le négoce de mort ».
Vous l’avez compris, cette expression, je l’ai retrouvé dans plusieurs dossiers pénaux, dans la bouche de juges, et cela se comprend.
Quand vous le faites remarquer aux intéressés, ceux-ci vous répondent, à juste titre à leurs yeux, qu’ils ne sont pas des meurtriers et qu’ils ne répondent qu’à une demande, ce en quoi, le terme de « négoce » se justifie…
J’avoue que cette catégorie de détenus n’est « particulièrement » sympathique, non pas en raison de leur délinquance, mais parce que, pour moi, ils reflètent bien la carence de nos systèmes éducatifs et judiciaires.
En effet, au départ, ils sont rejetés par un système qui ne les a pas compris. Etant brouillé avec l’école et sans formation initiale, ce n’est pas, en prison, que cela va changer. En fait, ils ne connaissent pas la contrainte, et toute contrainte leur est « insupportable »… et le proverbe « Aide-toi, le ciel t’aidera » n’a pas de sens pour eux.
A un moment donné, il leur a été fait une proposition alléchante… ils l’ont acceptée… et la suite vous la connaissait. Ici, en Centre de détention, ils sont très nombreux, pour un ou deux ans, et souvent très jeunes (- de 25 ans). Et je me dis que c’est du gâchis… Mais je ne sais comment on peut les aider à s’en sortir si telle était leur volonté… ce dont je ne suis pas sûr du tout… De toute façon, cela ne pourrait se faire sans contrainte et qu’avec un suivi…
C’est ce que je pense… et c’est, hélas, pas pour demain…
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16.07.2008
En prison... Un confident
Ecrivain = confident ( ?)
En prenant mes fonctions d'écrivain, je changeais de secteur et surtout de public, de fréquentation et ce rôle d'écrivain m'a fait "fréquenter" par obligation, un public des plus divers et des personnages vraiment exceptionnels et typiques.
Avant de passer à ceux-ci, je voudrais vous parler encore de ceux avec qui j’ai vécus. Il est vrai qu’en devenant « écrivain », je devais bénéficier de certains avantages dont le principal, à mes yeux, était de bénéficier d’une cellule où j’y serai « seul ». Cet avantage, nous l’avons perdu… (cf. surpeuplement), et j’ai donc séjourné quelque temps avec un autre détenu, par deux fois. Ensuite j’ai quitté la Maison d’arrêt, sans regret… et dans ce sans regret, il faut y trouver les conditions matérielles de logement… Nous aurons l’occasion d’en reparler.
Comme « écrivain », par obligation, je suis souvent rentrer dans la vie intime de mes co-détenus…
Il est vrai que le plus dur est de comprendre et de faire le tri entre ce qui paraît, ce qui se dit et ce qui est la réalité.
La prison est un lieu où le mensonge est "roi".
Pour chacun, c'est un passage, plus ou moins long, avec parfois un ou des retours, et donc, de l'extérieur, de sa vie à l'extérieur, on n'en connaît que ce qui t'est dit. Et une fois qu'il est sorti, tu n'entends plus parler de lui, et cela ton interlocuteur le sait et souvent, il en use...
Au départ et par force, souvent, il me fallait connaître un peu mieux mes "clients" et "leur affaire". Sur eux-mêmes et leur extérieur (famille, passé), j'ai toujours pris ce qu'ils me disaient.
Après avoir été "pris" et avoir "écrit" des informations "fausses", à propos de "leur affaire", j'ai toujours essayé (et obtenu) de voir "un document" qui me permettait de rédiger "sans erreur" et c'est là que je me suis rendu compte que la façade était bien différente de l'intérieur.
Le plus surprenant est la faculté qu'a un individu de se contredire lui-même et cela sans honte, sans hésitation, sans regret, en fait en ne s'en rendant pas compte. Discrétion oblige, je ne le faisais pas remarquer, mais je n'acceptais plus de rédiger n'importe quoi... même si, en fait, je n'étais pas très concerné.
Voilà pour le cadre général... On se trouve, là, plus qu'en tout autre endroit, dans un monde plein de mystères, de mensonges, tout à fait irréel... où le paraître n'a rien à voir avec le réel.
Il est sûr qu'il ne faut pas généraliser, mais ceux qui avaient le plus besoin de soutien et d'aide, étaient souvent les plus mystérieux.
Cette fonction m’a appris beaucoup… sur l’être humain et ses mystères…
Je me suis « amusé » à les « classer »…
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14.07.2008
Hervé - une rencontre imposée... en prison
Quelques rencontres imposées : Hervé - Maurice
Encore un cas, mais cette fois sympathique, c’est Hervé, un vieux de 70 ans, un ancien garçon de café, en retraite,…accusé et condamné pour attouchements sexuels sur sa petite fille. Il prétend que non… Mais il a été condamné et accepte cette condamnation. Il était peu bavard, mais il voyait son avenir, avec son épouse qui venait le voir, une fois par semaine depuis de nombreux mois, années… et surtout loin de tout ce qui était… « jeune ». Il était brouillé avec tout le reste de sa famille et n’espérait pas d’amélioration. En fait, il était résigné, ne demandait rien à personne, souhaitait qu’on le laisse en paix…
Il avait une passion ou une occupation, peut-être l’avait-il démarrée en prison, celle de créer des mots croisés. Il en faisait du matin jusqu’au soir, sa seule sortie était la promenade, entre midi. N’étant pas adepte de ce sport cérébral, je ne pouvais qu’admirer sa ténacité. Chaque semaine, il envoyait sa production à son épouse qui s’efforçait de les résoudre. Sa seule ambition était de passer son temps et de réaliser cet échange avec son épouse.
En vous parlant de lui, je vais vous donner un exemple de ce que l’on peut parfois faire, avec un rien, pour combler un autre détenu. Je savais qu’il avait comme seul outil de travail : un dictionnaire. Lorsque j’ai été à la bibliothèque du grand quartier, j’y ai trouvé un dictionnaire/répertoire de mots en 2, 3, 4, 5 et plus lettres… J’en ignorais l’usage lorsque, au bout d’une année, j’ai eu un flash et je me suis dit que ce devait être bien utile pour les cruciverbistes… Je ne m’étais pas trompé et je lui ai « offert » (au nom de la collectivité ignorante et qui n’en avait nul usage). Je crois que je ne pouvais pas lui faire plus plaisir, il m’a semblé qu’il en ignorait également l’existence, ce qui me confirmait son goût nouveau (et en prison) pour les mots croisés… A ce jour, comme il doit être encore en prison, il doit encore me remercier, chaque matin…
Je ne peux pas quitter le JA, sans vous parler de Maurice. En fait, je ne l'ai connu qu'après mon départ du JA. A priori, je n'avais aucune raison d'y revenir. Mais en pratique, certains dimanches, sous prétexte d'aller y prendre des informations ou documents pour ma fonction d'écrivain, j'y suis retourné jouer aux cartes avec les anciens et c'est là que je l'ai connu. Puis par la suite, j'y suis revenu, toujours les dimanches après-midis, pour discuter avec lui et "revoir" mon dossier, mon affaire et la sienne. Il m'était agréable de dialoguer avec lui, car il avait de la conversation et on pouvait parler de tout et de rien, de l'actualité, de nos problèmes réciproques, "avec intelligence et intérêt", ce qui est un fait assez rare pour être "noté".
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A travers : « 1019 jours de détention… ou la vie en prison, vue du dedans, comme si vous y étiez… » (index des notes sur la journée du 7 janvier)
Clémence et Paul Denis tentent de vous faire vivre le quotidien d’un détenu « moyen », pas inculte, mais pas VIP, non plus (vous avez l’intégral de ce bouquin, complété par vos questions / remarques et mes réponses…).
Nota : Sur la journée du 14 janvier, vous trouverez un lexique des mots qui méritent une explication et/ou un commentaire…
……..
Ma Prison… ou quelques questions qui fâchent… et des solutions proposées…
A travers ces pages, Paul Denis poursuit sa réflexion, il ne se considère plus comme un détenu, mais comme un observateur qui très souvent est devenu un confident.
Vous trouverez, sur la journée du 17 mai les dates de parution de mes articles…
……
Les bouquins de Paul DENYS n’ont pas encore trouvé d’éditeur.
Si vous désirez avoir leur version papier, vous pouvez acquérir (l’un ou l’autre ou les deux) en envoyant, par volume, un chèque de 17 € (frais d’envoi compris) à Ligue des Droits de l’Homme (LDH 57), 3 rue Gambetta à 57000 METZ. Pour 10 €, je peux vous l’envoyer par e-mail (150 pages A4 ou 220 pages A4).
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03:10 Publié dans Ambiance, Vie privée, en Prison , Vie quotidienne en Prison | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Justice, Prison, Détention, Maison d'Arrêt, Centre de détention
11.07.2008
David - une rencontre imposée... en prison
Quelques rencontres imposées : David - Ali
Donc, au JA, j’ai encore côtoyé, David, un intello, Bac + 5, un procédurier, copain ou amant d’une étudiante en droit… bref, la grosse tête, il était dans l’informatique, il a fait un procès à son employeur, aux flics qui sont venus l’arrêter, etc… Bref, vraiment le casse-pieds pour la justice et l’administration, jamais content, toujours à demander quelque chose, à râler parce que le journal qu’il cantinait, était lu, souvent par les surveillants avant lui. Pour se distraire (ou …) il s’était inscrit à des cours de… à Grenoble.
Avant le moment où je l’ai connu, il avait, déjà, été libéré en provisoire, et il est revenu après jugement + appel + … Bref, c’était un féru du Code pénal et du CPP…, prêt à donner des conseils, j’ai beaucoup appris avec lui, parce que, autant il était casse-pieds pour l’administration, autant il était sympa et prêt à rendre service à un autre détenu. Il y en a qu’un qu’il ne pouvait pas voir, mais nous en reparlerons.
Il avait vraiment le cœur sur la main et même, il était prêt à aider « financièrement », celui qui n’avait rien, en cantinant pour lui. Chaque semaine, il faisait la distribution de croissants... Lorsque nous jouions au tarot, il apportait toujours café et Choco BN. Plusieurs fois, j'ai voulu le "devancer", non, c'était lui... et il le faisait de bon coeur, sans arrière pensée.
Par la suite, pour je ne sais quelle raison, mais peut-être qu'il n'y en avait aucune..., il a été "sorti" du JA, pour être mis sur notre étage, donc je le voyais souvent à la bibliothèque, il n'avait pas changé, sauf que là, au grand quartier, il n'était pas question de tarot et de croissants, mais il était toujours aussi aimable et prévenant avec ceux qu'ils connaissaient et ses voisins. Toujours aussi casse-pieds pour l'administration.
Je ne sais par quel mystère, il a réussi à obtenir, en un temps record, une "libération conditionnelle" pour suivre ses études à Grenoble... Je pense qu'en fait, l'administration était contente de s'en débarrasser. Certes, il était "chicaneur", mais en fait, il était toujours "dans son droit", pour tout dire, il avait comme réflexe et obsession de mettre l'accent sur tous les dysfonctionnements (et ils sont nombreux) qu'il subissait ou dont il avait connaissance.
Il est vrai qu'être avec lui, en cellule, je crois que je ne l'aurai pas supporté, car il était un peu "m'as-tu vu" et employait le "je" et nous n'avions qu'à écouter.
J'ai oublié de vous dire qu'il était là aussi pour une affaire de moeurs consentis (à ses dires) ou non, je ne sais.
Un autre personnage du JA, c'est Ali. Un pauvre type, SDF ou presque, pas de famille, pas de métier, niveau CP, tout à fait inculte. Il était impliqué dans un meurtre d'un gamin de 12 ans qui a effrayé les journaux, en son temps.
Bref, il avait pris perpette, donc à vie, donc 30 ans maxi... Il avait autour de 35 ans... vous voyez l'avenir. Et autant David était ouvert à tous, autant Ali ramenait tout à lui, et était très égocentrique, à l'excès... je pense même qu'il ne s'en rendait pas compte, mais à force de faire, il énervait tout le monde... et avec le temps, plus personne, sauf J.B., ne lui parlait, pour beaucoup dont moi, la conversation se limitait à "Bonjour"... mais David, je ne sais pour quelle pécatille, tout à coup, l'a rejeté. Mais il avait l'art de se faire détester...
Quand "ils" ont commencé à vider le JA pour faire de la place pour les jeunes, il a été mis au grand quartier et je l'ai retrouvé et le voyais en promenade "protégé". Il s'était un peu calmé... mais j'ai cru comprendre qu'il avait reçu quelques coups et que cela l'avait calmé et que, maintenant, il ne se mêlait plus de ce qui ne le regardait pas... mais il a encore 25 ans à faire !
Il est vrai que si nous l'avons rejeté, cela me revient, nous en avions eu une bonne raison, pour cela, et je vais vous l'expliquer, pour vous faire comprendre comment, en milieu carcéral, tout peut changer, du jour au lendemain, et ce, pour peu de choses.
Donc, au JA, notre petit groupe de "vieux" avait quelques privilèges, dont le principal était, et ce n'était pas le moindre, de pouvoir utiliser la salle de détente, matin et après-midi, tous les jours, une grande salle pour nous dix, en fait 5 ou 6, car les autres ne sortaient pas de leur cellule. Donc, dans cette salle spacieuse, avec moquette, chauffeuses, petites tables, on pouvait y aller pour lire (le journal ou autre) et/ou pour jouer aux cartes, ou pour simplement discuter. Les 3-4 qui travaillaient "en cellule" s'étaient faits un coin pour travailler, ensemble, en musique, c'était plus sympa et convivial. Il m'est même arrivé d'aller les aider "bénévolement"...
Or, il s'est trouvé qu'Ali a eu à supporter les affronts de jeunes adultes (cousins de sa victime), il a même pris des coups, en cette occasion, il me semble.
Bref, cela a fait une histoire pas possible, et après cela, on pouvait aller dans cette salle mais pour notre sécurité ou plutôt pour celle d'Ali, la porte a été fermée par le surveillant et il fallait respecter les horaires et "devoir" aller au WC, était tout un problème... Et cet imbécile, je ne trouve pas d'autre mot, mais je crois qu'il faut le prendre au sens propre "faible d'esprit", cet imbécile d'Ali a continué et cela, malgré nos demandes et supplications, à narguer ses protagonistes (bourreaux), bien protégé, par la porte fermée, et les barreaux de la salle...
Bien sûr, notre "privilège" s'est su. Eux n'avaient qu'une salle "pourrie", plus petite que la nôtre avec une table de ping-pong... bref... ils se sont plaints (à mon avis, à juste titre). On ne pouvait pas leur donner tort. Résultat : salle réservée au travail, à la détente des vieux, les samedi après-midi et dimanche matin et après-midi, moquette retirée, chauffeuses retirées, radiateur mobile retiré, donc une salle bien banale, de surcroît froide (c'était l'hiver), même trop froide pour jouer aux cartes ou presque... On (David, surtout) avait essayer de négocier, et je pense que nous aurions pu obtenir satisfaction, à condition qu'Ali "accepte" de n'y plus paraître. Il n'a jamais voulu entendre raison. C'était son droit, au même titre que nous, c'est vrai... mais, il nous a fait bien "souffrir" et c'est une des raisons pour lesquelles, j'ai quitté le JA sans regret car les "avantages" d'y être, n'étaient plus ceux que j'avais connus, l'ambiance non plus. A cause de lui, chacun était replié dans son coin (sa cellule) et le seul moment où nous nous retrouvions, était la promenade. Et là, Ali marchait avec J.B., complaisant et compatissant, nous autres, en représailles, nous le tenions à l'écart...
Il y aurait peut-être encore d'autres choses à dire sur les détenus du JA, mais cela risquerait d'être lassant. Je vous ai "dépeint" ceux qui m'ont été les plus proches et les plus typiques...!
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A travers : « 1019 jours de détention… ou la vie en prison, vue du dedans, comme si vous y étiez… » (index des notes sur la journée du 7 janvier)
Clémence et Paul Denis tentent de vous faire vivre le quotidien d’un détenu « moyen », pas inculte, mais pas VIP, non plus (vous avez l’intégral de ce bouquin, complété par vos questions / remarques et mes réponses…).
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Ma Prison… ou quelques questions qui fâchent… et des solutions proposées…
A travers ces pages, Paul Denis poursuit sa réflexion, il ne se considère plus comme un détenu, mais comme un observateur qui très souvent est devenu un confident.
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27.06.2008
Le parcours - 3 - du détenu... en Prison
Le Parcours du détenu (prévenu / condamné) – 3 -
Le condamné :
Il est là pour purger sa peine. Si elle est inférieure à 12 mois, il restera en Maison d’arrêt (MA). Si la détention doit durer plus de 12 mois (remises de peine déduites), la MA ne sera, en principe, qu’une étape et d’ici 3 ou 4 mois, il devrait aller en Centre de détention (CD) ou Centrale.
Le prévenu :
En théorie, il est considéré comme « présumé innocent » jusqu’à son jugement.
Au cours de cette détention provisoire, il sera entendu une ou plusieurs fois (autant que nécessaire) par le juge d’instruction qui préparera son dossier qui sera présenté à un juge.
Pendant sa détention provisoire, le détenu peut demander sa remise en liberté, s’il juge que celle-ci n’a pas (plus) de raison d’être. Le juge d’instruction peut (souvent) ne pas être de cet avis. On peut faire appel d’un refus. La libération provisoire peut être demandée dès l’arrivée en prison, puis renouvelée chaque 20 jours.
Pour préparer son jugement, le prévenu peut rencontrer son avocat, autant de fois que nécessaire.
La détention faite avant le jugement sera décomptée sur la peine décidée par le tribunal, aussi il n’est pas toujours judicieux et agréable de sortir quelques mois pour y revenir après le jugement. A chacun de faire son choix.
Le jugement :
Il est possible de faire appel d’un jugement.
C’est une étape importante dans la vie du détenu, car outre le fait qu’il est en mesure de connaître la durée de son temps de détention, il va changer de régime et passera du statut de prévenu à celui de condamné.
En pratique, cela, au départ, ne changera pas grand-chose si ce n’est que les parloirs possibles ne seront plus que 2 au lieu de 3 pour les prévenus, et les jours changent. Le courrier arrivera plus vite (plus de passage chez le juge d’instruction). Mais au final, s’il lui reste plus de 12 mois de détention à faire, il devra (devrait) aller en Centre de détention ou en Centrale (si la peine restant à faire est supérieure à 5 ans).
Le Centre de détention :
Il ne regroupe que des condamnés. On y arrive donc qu’après un jugement, en principe, après un minimum de 3 ou 4 mois en MA.
Le régime y est dit « ouvert », c'est-à-dire que la porte de la cellule est ouverte, tout le temps (le détenu a une clef), sauf pendant le repas de midi et la nuit de 19 h à 7 h. Chacun a sa cellule.
La circulation (contrôlée) dans l’établissement est libre et chacun doit se prendre en charge pour se rendre aux activités (en MA, on vient vous chercher). On peut téléphoner, les parloirs ont lieu les week-ends et jours fériés.
En attendant la jour de la sortie, on est sensé y préparer sa réinsertion.
On retrouve les activités qui existaient en MA. Parfois, on peut y suivre des formations qualifiantes, mais il y a peu de places.
Les possibilités de réduire le temps de détention :
Outre les remises de peine pour bonne conduite et les grâces présidentielles, le temps de détention peut être réduit par différentes procédures :
. la confusion de peines si le détenu purge plusieurs condamnations,
. la non-révocation d’un sursis, si une peine avec sursis avait été prononcée, précédemment à celle qui l’a conduit en prison, et qui, alors, sera à exécuter,
. la libération conditionnelle, c’est la remise en liberté, avant la date prévue, sous certaines conditions (travail, hébergement, famille, etc…) et avec un certain nombre de contraintes – contrôle,
. le placement extérieur, c’est de la réinsertion « dehors », encadrée ; mais les places sont limitées,
. la semi-liberté, c’est comme la libération conditionnelle, cependant le détenu doit « dormir » en prison, en général, les week-ends sont libres,
. le placement sous surveillance électronique, c’est comme la libération conditionnelle, le détenu porte un bracelet électronique qui le relie à la prison. Il ne peut circuler librement, à certaines heures.
Il est possible d’obtenir une permission de sortir pour raisons familiales (décès, mariage, etc…) ou sous certaines conditions.
Quelques mots (soulignés dans le texte) expliqués :
Aide juridictionnelle : prise en charge totale ou partielle (selon les revenus du demandeur) des frais d’avocat (forfaitaires) par la Justice. On peut choisir son avocat, il n’est pas obligé d’accepter. L’avocat peut être « commis d’office », c'est-à-dire désigné (et pris en charge) pour assurer la défense d’un délinquant ou de sa victime.
Appel : voie « normale » de recours, en vue de réformer ou d’annuler une décision prise, en premier ressort. Doit être fait dans les 10 jours. En général, l’appel est suspensif de l’exécution de la peine. Ne pas faire appel signifie, en pratique, que le condamné est d’accord avec le jugement en premier ressort. Le procureur a deux mois pour faire appel, s’il juge la sentence rendue (condamnation) insuffisante.
Avocat : son rôle = conseiller, représenter (à la place de), défendre. Il peut être choisi (payant) ou « commis d’office ». On peut le rencontrer « sans témoin ». Les honoraires d’un avocat (payant) sont dits « libres », donc, discutés de gré à gré. Il est préférable de prévoir une convention d’honoraires, en début de procédure pour éviter les mauvaises surprises. Les honoraires sont fonction de la difficulté du dossier, de la notoriété de l’avocat, de la solvabilité/richesse du mis en cause.
Certificat de présence : attestation faite par l’établissement pénitentiaire qui certifie (justifie) la présence du détenu dans ses murs. Il n’indique pas le motif d’incarcération, ni le statut du détenu (prévenu, condamné). Il indique, de plus, la date d’entrée en prison, même si ce fut dans un autre établissement. Il ne peut être refusé. Il n’y a pas à justifier de son usage. Il peut être utile à la famille pour obtenir certaines aides…
Code pénal : CP = Livre volumineux qui renferme tous les textes législatifs, concernant la répression des infractions ou crimes, sous toutes ses formes. Il fixe les peines maximales.
Code de Procédure Pénale : CPP = Le complément indispensable du CP. C’est lui qui renferme les conditions d’application du CP et le déroulement des procédures. Il organise la Justice…
Fouille à corps (nu) ou par palpation : avant et après chaque sortie ou contact avec quelqu’un de l’extérieur (parloir ou extraction – sortie hors de la prison) : étape obligée pour s’assurer que rien d’interdit ou de dangereux ne pénètre dans une prison. La cellule peut aussi faire l’objet d’une fouille…
Pécule : la Provision Alimentaire Mensuelle (non saisissable) est de 200 €uros.
Elle comprend toutes les sommes que le détenu perçoit : mandats-cash ainsi que salaire s’il travaille (atelier ou auxi) ou rémunération de stage.
Une répartition est faite. Elle ne pénalise pas les plus démunis, ceux qui disposent de beaucoup d’argent, remboursent plus les Parties Civiles : le barème est le suivant : jusqu’à 200 € : aucune retenue ; de 200 à 400 € : 20 % de retenue ; de 400 à 600 € : 25 % ; de 600 à 1000 € : 30 % ; au-delà de 1000 € : 10 %.
En plus, pour le pécule de libération (épargne obligatoire qui est rendue à la libération), il est également retenu 10 % sur la partie supérieure à 200 € (plafonné à 1000 €, donc de 201 à 1000 €).
Prenons un exemple : Si le détenu dispose de 650 € (salaire + mandats) pour un mois. Il lui sera donc retenu : pour les Parties Civiles : rien sur les 200 premiers €uros, 20 % donc 40 € (de 201 à 400 €) + 25 % donc 50 € (de 401 à 600 €) + 30 % donc 15 € (601 à 650 €), soit 105 €uros ; pour le Pécule de Libération : rien sur les 200 premiers €uros, 10 % donc 45 € (de 201 à 650 €) ; il restera donc pour le Pécule disponible (cantinable) : 650 € - 105 € - 45 € = 500 €.
La majorité des détenus ne disposent pas, souvent, de plus de 200 €.
Permission : permission de sortir, d’aller « dehors ». Elle peut être obtenue à demi-peine (en MA), au tiers de la peine (en CD). Elle dure de 1 à 3 jours ou plus, une fois par an : 10 jours. Sa demande peut être renouvelée, chaque trois mois. Elle peut être ajournée, par le JAP.
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25.06.2008
Le parcours - 2 - du détenu... en Prison
Le Parcours du détenu (prévenu / condamné) – 2 -
La santé :
Le détenu est pris en charge par la Sécurité sociale (ainsi que ses ayants-droits) et l’administration pénitentiaire. Il est soigné par du personnel médical (infirmier, médecin, spécialiste), rattaché à un hôpital « civil ».
Donc, à priori, il est aussi bien soigné que s’il était « dehors ».
Les problèmes rencontrés se situent surtout dans les délais d’intervention et l’absence de personnel médical, la nuit. Il lui sera possible de poursuivre les traitements en cours et d’en avoir d’autres, pour calmer son stress et les problèmes qu’il rencontrera en détention (maladie, blessures, insomnie, nervosité, drogue, etc…).
Les activités :
Elles permettent au détenu de sortir de sa cellule, elles sont, cependant, peu variées et réduites (en durée) :
. promenade, c'est-à-dire, tourner en rond pendant 2 heures, le matin et l’après-midi,
. bibliothèque, 1 ou 2 fois par semaine,
. sport, 2 fois par semaine, pendant 2 heures,
. école, selon le programme choisi,
. quelques activités ponctuelles et/ou culturelles.
Le travail :
En théorie, il est possible de travailler, en prison, mais, en pratique, le nombre de places est limité.
Les ateliers proposent, principalement, du travail de manutention (conditionnement de produits divers). Il est possible de travailler comme auxi (auxiliaires), c'est-à-dire, pour assurer l’entretien de la prison et les services communs (cuisine, services d’étage, etc…).
Les rémunérations sont faibles, souvent en dessous de 120 €/mois.
Le courrier :
Le détenu peut écrire et recevoir du courrier. On peut lui envoyer des timbres, des photos, des documents relatifs à la scolarité de ses enfants, tout document qui ne peut être considéré comme dangereux pour la sécurité de l’administration, des biens et des personnes.
L’arrivée du courrier est un moment attendu. Quelques mots suffisent pour mettre le moral au beau fixe…
Il faut savoir que le courrier est contrôlé, à l’arrivée et à la sortie, par l’administration pénitentiaire si le détenu est « condamné », par le juge d’instruction (ce qui explique le délai d’acheminement, parfois long) si le détenu est « prévenu ».
Les parloirs :
C’est la possibilité pour les familles et amis de rendre visite au détenu. Il faut obtenir un permis de visite.
Les jours et durée des parloirs varient d’un établissement à l’autre. Il ont lieu, en semaine, en Maison d’arrêt, les week-ends en Centre de détention et Centrale.
Le parloir est toujours un moment « attendu », c’est pour le détenu la preuve qu’il existe, que quelqu’un pense encore à lui. C’est, aussi, un moment « difficile », car il plonge le détenu dans la vie extérieure et c’est, souvent, à cette occasion, que les mauvaises nouvelles arrivent… et cela casse le moral…pour plusieurs jours.
Le parloir est un droit du détenu, sauf si… le juge d’instruction pense que le contact avec ce visiteur peut contrarier l’instruction. Le permis de visite peut être « suspendu » en cas de problème lors d’un parloir.
Il est interdit d’amener de la nourriture au parloir (sauf à l’occasion des fêtes de fin d’année : 5 kgs).
Les sanctions :
S’il ne respecte pas le règlement intérieur ou le Code de Procédure Pénale (CPP), le détenu peut être sanctionné, après un passage au prétoire (tribunal interne à la prison) devant la commission de discipline.
Les sanctions sont multiples et peuvent aller jusqu’au mitard (cachot) et la suppression de parloirs et des remises de peines.
Le travailleur social :
Il est le lien entre le détenu et l’extérieur. Il est le lien entre la famille du détenu et le détenu.
Il peut être consulté et sollicité pour résoudre les problèmes que le détenu et/ou sa famille rencontre pour organiser leur nouvelle vie (sans le détenu).
Il aide le détenu à préparer sa réinsertion et sa sortie.
La famille peut lui demander un certificat de présence. Le détenu peut faire cette demande, directement, au greffe.
Les remises de peines :
Dès la mise à l’écrou (entrée en prison), ou dès la mise à exécution de la peine (après le jugement et tous les recours possibles), pour les personnes déjà détenues, il est accordé à tout condamné un crédit de réduction de peine (CRP), il remplace les RPO (Remise de peines ordinaires), pour « bonne conduite ».
Ce crédit est calculé sur la base de la condamnation prononcée (c’est le greffe qui informe le détenu) : soit 3 mois pour la 1ère année de détention, 2 mois pour les années suivantes, 7 jours par mois pour une année incomplète.
Attention : lorsque le condamné est en récidive légale, le CRP est réduit à 5 jours par mois, si la peine prononcée est de moins de 12 mois. Si la peine est supérieure à 1 an, le CRP sera de deux mois pour la première année, à un mois pour les années suivantes et à cinq jours par mois (dans la limite d’un mois) pour la partie restante.
RPS (Remise de peines supplémentaires) : elle est prononcée par le JAP (Juge d’Application des Peines), annuellement : primaire (condamné pour la 1ère fois) : maxi 3 mois ou 7 jours par mois pour une année incomplète. Détenu en récidive légale (ayant déjà été condamné pour des faits similaires) : 2 mois par année ou 4 jours par mois pour une année incomplète.
Grâces :
Depuis 2007, le Président de la République, à l’occasion de son élection, et chaque année, au 14 juillet, n’accorde plus de grâces collectives.
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23.06.2008
Le parcours - 1 - du détenu... en Prison
Le Parcours du détenu (prévenu / condamné)
Le texte ci-dessous reprend, en résumé, ce qui a été dit dans le chapitre précédent (l’avant-jugement) et dans le blog/bouquin : « 1019 jours de détention… ou la vie en prison, vue du dedans, comme si vous y étiez… »
.
Il a été rédigé sous forme de fiche. Celle-ci est distribuée aux familles qui viennent visiter un proche détenu lors d’un parloir-famille.
Le point de départ :
La détention est le résultat d’une décision de justice.
Cette décision est l’aboutissement ou le début d’une affaire ou la sanction de l’accomplissement d’un délit.
Les motifs d’avoir affaire avec la Justice sont multiples, ce sont :
. soit le résultat d’une plainte (émanant d’un tiers se trouvant lésé par quelqu’un),
. soit le fait d’avoir commis un délit (ou crime),
. soit à la demande du Procureur qui vous reproche, à la suite d’une plainte, d’avoir commis un délit/crime.
La première étape d’une affaire passe, la plupart du temps, par un séjour, plus ou moins long, dans un commissariat de police ou une gendarmerie, c’est ce que l’on appelle « la garde à vue ». Elle peut durer plusieurs jours.
Tout justiciable a droit à l’assistance d’un avocat, dès la garde à vue. Il peut bénéficier de l’aide juridictionnelle.
Le flagrant-délit et/ou l’affaire :
Le délit est constaté sur le fait et devient, dans certains cas simples, condamnable et susceptible d’être jugé sur le champ, en comparution immédiate. Aucune enquête complémentaire n’est nécessaire, l’intéressé reconnaît les faits et, il est possible au Juge de condamner en fonction de la faute, selon ce que prévoit le Code Pénal.
Si le délit est commis par un ou plusieurs auteurs et s’il est difficile de déterminer les responsabilités de chacun, l’enquêteur veut en savoir plus, les intéressés sont interrogés et leur cas est soumis à un procureur qui décide, soit :
. qu’il n’y a pas lieu de poursuivre cette ou ces personnes,
. de les mettre en examen, mais de les laisser « libre », l’enquête continue,
. de confier le dossier à un Juge d’Instruction qui poursuivra l’enquête (et recueillera toutes les informations, à charge et à décharge) et qui décidera si la personne doit rester « libre » ou s’il faut le mettre en détention provisoire.
L’arrivée en prison :
Donc, après une « garde à vue » plus ou moins longue, après un jugement en comparution immédiate, ou après un passage chez le juge d’instruction (+ juge des libertés et de la détention), la personne mise en examen ou condamnée devient un détenu.
L’arrivée en prison se fait, menotté, entre deux gendarmes ou policiers, à n’importe quelle heure du jour et de la nuit, souvent après plusieurs jours sans vraiment dormir et en étant quelque peu sous-alimenté.
Bref, l’individu n’est pas dans un état que l’on peut qualifier de normal. De plus, on lui a fait connaître sa nouvelle condition de détenu, ce qui n’est pas pour le réjouir.
Donc, même si l’agressivité n’est pas de mise, l’accueil de part et d’autre est, en général, froid : l’un dit, l’autre écoute et exécute.
Après le passage au greffe (identité, dépôt des objets de valeur, de l’argent que l’on a sur soi), c’est une première fouille à corps (nu complètement) et la remise d’un paquetage (draps, couverture, couverts, produits d’hygiène de première nécessité), puis c’est l’arrivée dans le secteur « logement ».
Suivant l’heure d’arrivée, le détenu peut être mis en « cellule d’arrivant » : cellule de passage (souvent d’une propreté douteuse), où le détenu restera, quelques heures et/ou une nuit, avant son affectation définitive.
Pendant les premiers 24 h, c’est le passage chez un chef qui, en quelques mots, définira les droits et les obligations du détenu, la visite médicale, le travailleur social, le scolaire.
Les premiers 48 heures sont, en général, bien occupées, et il faut s’adapter à ces « nouveaux » lieu et rythme de vie imposés.
En cellule :
A son arrivée, le détenu reçoit, à priori, du matériel propre (matelas et paquetage) et de quoi survivre.
Il est mis en cellule, presque toujours à deux. Il lui sera possible d’en changer, en cas d’humeur « contraire ».
On y vit « fermé », c'est-à-dire « porte fermée, 24 h/24 », sauf pour se rendre à des activités ou sur appel (douche, parloir, médecin, chef, avocat, etc …). La vie est rythmée par l’heure des repas et les heures de lever et de la fermeture définitive de la porte, pour la nuit.
La cellule est équipée de deux lits superposés, une table, une armoire (60 x 60 cms, hauteur 150 cms), deux chaises, un lavabo, un WC. Les douches (collectives) sont à l’étage, 3 fois par semaine et après les activités sportives et le travail (en atelier).
On y prend ses repas, on y dort, on s’y lave, bref, on y vit à 2, dans ces 9 m², la plupart du temps, 24h/24. C’est un lieu très impersonnel, peu de décoration est autorisée, on peut y avoir la TV.
La cantine :
L’argent ne circule pas en prison. A l’arrivée, les sommes détenues sont prises et mises sur un compte individuel (pécule), géré par l’administration. Le détenu peut recevoir de l’argent par mandat-cash, exclusivement.
Avec cet argent ou avec son salaire (s’il travaille), le détenu pourra se payer la TV (40 €/mois) et s’acheter de quoi améliorer l’ordinaire (alimentaire et non alimentaire – hygiène et divertissement).
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A travers : « 1019 jours de détention… ou la vie en prison, vue du dedans, comme si vous y étiez… » (index des notes sur la journée du 7 janvier)
Clémence et Paul Denis tentent de vous faire vivre le quotidien d’un détenu « moyen », pas inculte, mais pas VIP, non plus (vous avez l’intégral de ce bouquin, complété par vos questions / remarques et mes réponses…).
Nota : Sur la journée du 14 janvier, vous trouverez un lexique des mots qui méritent une explication et/ou un commentaire…
……..
Ma Prison… ou quelques questions qui fâchent… et des solutions proposées…
A travers ces pages, Paul Denis poursuit sa réflexion, il ne se considère plus comme un détenu, mais comme un observateur qui très souvent est devenu un confident.
Vous trouverez, sur la journée du 17 mai les dates de parution de mes articles…
……
Les bouquins de Paul DENYS n’ont pas encore trouvé d’éditeur.
Si vous désirez avoir leur version papier, vous pouvez acquérir (l’un ou l’autre ou les deux) en envoyant, par volume, un chèque de 17 € (frais d’envoi compris) à Ligue des Droits de l’Homme (LDH 57), 3 rue Gambetta à 57000 METZ. Pour 10 €, je peux vous l’envoyer par e-mail (150 pages A4 ou 220 pages A4).
03:10 Publié dans Ambiance, Vie privée, en Prison , Justice, Réglementation , Vie quotidienne en Prison | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Justice, Prison, Détention, Maison d'Arrêt, Centre de détention
20.06.2008
Le rôle du JAP
Rôle du JAP (Juge d’Application des Peines) :
Le JAP peut influer sur les décisions prises, même s’il est chargé d’appliquer les décisions (c’est son rôle).
En effet, certaines circonstances, propres au condamné, ou, propres aux possibilités/conditions matérielles d’accueil en prison font que le JAP n’est pas en mesure de prévoir une application stricte.
Dans la pratique, cela fait qu’un certain nombre de condamnations ne sont jamais mises en application… !!! (Tant mieux pour les intéressés, mais quel gâchis… !!!).
Lorsque la « prison ferme » a été mise en application, le « prévenu » devient « condamné » et il change de régime pénitentiaire. Il a de nouveaux droits et de nouvelles obligations.
En fait, c’est une nouvelle vie qui commence.
Le stress de l’avant-jugement disparaît. Enfin, on est fixé sur le temps de détention qu’il faudra faire.
Depuis le 01/01/2005 (application de la loi du 9 mars 2003), les RP (Remise de peines) sont calculées, dès ce moment. Voir ci-après.
Tout n’est pas forcément simple, car des surprises peuvent « arriver ».
En effet, si tu es « récidiviste », ou, as été « condamné » mais la peine n’a pas été mise à exécution, ou, « condamné avec sursis », il est fréquent (normal) que les peines non encore exécutées « tombent ». Ainsi, tu crois être là pour (par exemple) 12 mois, et tu t’y retrouves pour 48, en raison de ton passé judiciaire (retour sur 5 années).
Il arrive aussi que d’autres affaires, un peu laissées sous la pile de dossiers du procureur, remontent et te valent de nouveaux jugements « entre 2 policiers » parce que tu es déjà détenu, et, bien souvent, la peine prononcée sera plus « sévère » en raison de ton incarcération actuelle, même si celle-ci ne devrait pas influencer.
Il est vrai, aussi, que, s’il y a lieu, tes peines accumulées peuvent être réduites en temps, sur ta demande, par une confusion de peines, et/ou, par la non-révocation d’un sursis antérieur. La confusion de peines et la non-révocation d’un sursis peuvent être demandées lors du jugement ou par la suite.
Si ta bonne conduite et un projet « sérieux » de réinsertion sont présentés au JAP qui s’occupe de ton lieu d’incarcération, tu peux demander à bénéficier d’une « libération conditionnelle » ou d’un régime plus souple, « semi-liberté » et/ou « bracelet électronique » et/ou « placement extérieur » (contrat de type CES, dans un organisme agréé, sous surveillance judiciaire). Nous en reparlerons.
Mais ces décisions appartiennent au JAP. On peut « faire appel », en cas de non-satisfaction.
Il est possible de représenter une demande avec un nouveau dossier.
Toutes ces possibilités font que rares sont les condamnés qui n’espèrent pas une sortie anticipée à celle annoncée sur le papier.
Et comme en prison, « rares » sont les détenus qui y sont pour une seule affaire…
Cet espoir permet « souvent » de mieux supporter la détention.
Rappel : La détention provisoire (préventive) se passe en Maison d’Arrêt (régime fermé 24h/24, sauf pendant les activités et le travail). Les petites peines (moins de 12 mois) sont également exécutées, en Maison d’Arrêt.
La peine d’un condamné doit se faire dans un « centre de détention » (CD), régime ouvert de 7h à 19 h, sauf 1h entre midi, « libre » circulation dans l’établissement, et de meilleures conditions matérielles, ou en maison « Centrale », pour les peines restantes, supérieures à 10 ans, régime plus sévère, moins de libertés.
Il est à noter que la surpopulation n’est pas ressentie en Centre pour peines (CD et Centrale).
Par contre, en Maison d’arrêt, la surpopulation est partout présente et dépasse l’humain… jusqu’à 200 à 300 % des possibilités matérielles.
Depuis le 1er janvier 2005, (loi Perben II, du 9 mars 2004), l’administration a un rôle décisionnel, parallèle à celui du JAP. Elle peut présenter au JAP un aménagement de peine, pour un détenu, sous forme de demande de semi-liberté, placement extérieur, placement sous surveillance électronique. Tous les détenus dont il reste un reliquat, soit de 3 mois pour les condamnés à moins de 2 ans, ou 6 mois sur une peine de 2 à 5 ans, peuvent bénéficier de cette mesure, y compris les condamnés détenus pour révocation d’une mesure d’aménagement de peine, les contraintes par corps, les interdictions du territoire français.
Suite à cette décision, le JAP a 3 semaines pour statuer, sa décision est susceptible d’appel. Sans réponse de sa part, la mesure envisagée peut être appliquée.
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